Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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jeudi, novembre 30, 2006

2007: Juste l'ordre (grammatical)

Le ministre de l'Education, Gilles de Robien, propose de réformer l'enseignement de la grammaire, se basant sur le rapport d'Alain Bentolila (Université Paris-V). Pourquoi pas? Cela mérite en tous cas débat. Mais je suis sûr qu'il raccourcit un peu la pensée de notre collègue lorsqu'il déclare d'une formule qu'Orwell n'aurait sans doute pas renié (29 novembre) :
L'ordre juste : c'est l'ordre des mots, celui qu'enseigne la grammaire.
L'expression a décidemment du succès. Peut-être pourrait-on lui rétorquer, paraphrasant une autre réplique célèbre :
La grammaire ce n'est pas juste l'ordre...

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mercredi, novembre 29, 2006

Lexique: Nicolas, c'est nickel !

C'est peut-être ce que lui diront ses conseillers en communication jeudi soir après son passage chez Arlette Chabot (A vous de juger). On verra ! Louis-Jean et moi vous commenterons le show à chaud chez Colombe Schneck le lendemain matin (vendredi 1er, 10h30 à 11h France Inter, Emission J'ai mes sources). Si j'en juge par son passage au JT de PPDA la semaine dernière, le Nico en question a singulièrement mis de l'eau dans son vin de grand messe !



Mais ce n'est pas de ça que je veux vous parler. Mon ami Thierry Fontenelle, du Microsoft Natural Language Group, m'envoie un message de Redmond, pour me complimenter sur mes petites élucubrations minéralo-érotiques (L'enquête chypriote). C'est gentil et ça fait toujours plaisir. Et il me dit que je n'ai pas parlé du cupronickel, cet alliage de cuivre et de nickel cher aux numismates (vous savez, le coeur brillant de la pièce d'un euro).



C'est vrai. Il y a d'ailleurs tout un tas de mots formés avec le suffixe cupro (ou cupr, cupri), dont le plus intéressant à mon avis est la cupro-uranite, un minerai d'uranium. Comme on sait, l'uranium a pris son nom à la fin du XVIIIe siècle de la planète Uranus découverte peu de temps auparavant. Ouranos, le ciel. Amusant : le père et la fille mêlés dans le même minerai...

Mais je ne peux pas m'empêcher de vous parler du nickel. Le mot vient du germanique Nikolaus, c'est-à-dire le prénom Nicolas, qui était l'un des surnoms du diable (on dit toujours « Old Nick » en anglais pour désigner le démon). Cela amusera peut-être certains humoristes qui représentent le ministre de l'Intérieur sous les traits d'un diablotin aux oreilles pointues ! Les mineurs allemands désignaient ainsi le démon de la mine, le lutin facétieux qui y jouait des tours, provoquait des feux follets et autres phénomènes inquiétants. Les métallurgistes se sont acharnés pendant longtemps à extraire du cuivre du minerai de nickel, à cause de sa couleur rouge. Mais rien n'y faisait, évidemment, et ils ont fini par appeler ce minerai Kupfernickel, c'est-à-dire le « lutin du cuivre », qui leur faisait la nique. Amusant, non ?

En tous cas, Nicolas c'est le diable. Voilà qui fera plaisir à certains lecteurs. Tout juste un mauvais lutin si vous voulez mon avis.


Je ne voudrais pas vous lasser par mes pérégrinations étymologiques matinales, mais savez-vous d'où vient à son tour Nikolaus, ou Nicolas ? Le nom vient du Grec : νικη (nikè) « victoire » and λαος (laos) « peuple ». La victoire du peuple.

Tout un symbole, non ? Enfin, à condition que la Dame blanche ne vienne pas perturber le mauvais lutin...


Pour réécouter l'émission

  • L'émission passera en direct vendredi de 10h30 à 11h sur France Inter. Elle sera ensuite diffusée sur le Web et en podcast (ici).

6 Commentaires:

Anonymous Jean-Christophe Courte a écrit...

Jean, c'est la seconde fois chez Colombe…?! Notez que je vous comprends…

29 novembre, 2006 14:58  
Anonymous Marie-Christine a écrit...

Et pourtant Saint-Nicolas est représenté comme un gentil vieillard aimant les enfants, grâce à qui ils ont des cadeaux...
Marie-Christine

29 novembre, 2006 21:18  
Anonymous titou a écrit...

A propos du petit nicolas de l'intérieur et de carambolage linguistique :
Savez-vous comment s'appelle le président des jeunes UMP ? Fabien de Sans Nicolas !
son interview dans le nouvel obs
sarkosy a du croire à une mauvaise blague !

29 novembre, 2006 22:22  
Blogger all a écrit...

Colombe Schneck : Un prénom si doux près d'un nom si rude.

Et puis quel chemin parcouru ! Un blog qui démarra de façon quasi-confidentielle et vous voila reconnu spécialiste du langage dans les media tradionnels.

30 novembre, 2006 11:03  
Blogger Jean Véronis a écrit...

All> Merci... En fait, c'est plutôt la sortie du livre qui a déclenché cet intérêt des médias. Le blog a eu, c'est vrai, un certain succès d'estime (les "influenceurs" du Monde, etc.), mais sans vraiment de conséquence particulière. La plupart des journalistes qui me contactent ces temps-ci ne sont même pas au courant que j'ai un blog... La blogosphère semble être vraiment une sphère : les médias la regardent, mais je me demande si quand ils veulent des "référents", ils ne se fient pas plus au papier et aux circuits d'édition classique...

03 décembre, 2006 20:20  
Anonymous Alphoenix a écrit...

http://works.music.columbia.edu/~jason/itsm/
Un site intéressant qui synthétise vos préférences musicales si vous utiliser iTunes, une espèce de Nébuloscope de la musique..

05 décembre, 2006 15:09  

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mardi, novembre 28, 2006

Bayrou: La gifle

Tout le monde se souvient de l'image de François Bayrou donnant une gifle à un gamin qui lui faisait les poches pendant la campagne 2002. Je ne sais pas si vous avez la même perception que moi, mais je n'ai pas souvenir que les médias aient parlé du contexte. C'est dommage.

François Bayrou le raconte dans l'interview qu'il a accordée récemment à Nicolas Voisin (PoliTIC'Show). Vous verrez que l'image prend plus de profondeur de champ quand on restitue les mots qui sont autour.

C'est une histoire qui n'a pas été racontée. On a gardé la gifle mais pas son contexte, alors je le raconte si on a cinq minutes. Ca se passe à Strasbourg... Je suis dans une mairie du quartier avec la maire de Strasbourg, une femme donc, qui est à l'époque une de mes amies, que j'ai contribué à faire élire. On entre dans la mairie de quartier, tout d'un coup les vitres se mettent à voler parce que des pierres sont jetées. Il y a une espèce d'émeute à l'extérieur. Le préfet téléphone en disant : « Vous n'êtes pas en sécurité, vous ne pouvez pas restez là, échappez-vous. » Alors on décide d'évacuer la mairie, toujours sous les vitres qui volent. Les forces de l'ordre sont à deux cent mètres et n'osent pas approcher tant la réputation du quartier est une réputation catastrophique. Et on on part vers les voitures. Tout d'un coup jaillissent du groupe de jeunes qui étaient là --beurs, immigrés, durs-- jaillissent de ce groupe des insultes à l'égard de la maire de Strasbourg. Des insultes sexistes d'une violence telle que je ne peux évidemment pas les répéter devant vous.

Et alors mon sang ne fait qu'un tour, et je me dis : moi vivant ça ne se passera pas comme ça. Donc au lieu de partir dans la voiture, je pars vers le groupe des gens. Je file sur eux. A ce moment-là commence une discussion extrêmement violente, notamment avec le père du gamin qui aura cet accident quelques minutes après, sur le thème islam. Parce que j'avais pris un texte sur le voile islamique qui était l'objet de polémiques intenses sur ce sujet à cette époque. C'est extrêmement violent, extrêmement dur avec plusieurs dizaines de personnes autour de moi --vous regarderez les images-- quand machinalement je passe la main dans mes poches pour voir si j'ai tout à sa place, passeport et carnet et stylo.

Tout d'un coup dans ma poche, sur ma carte bleue, je trouve une main qui était en train de me faire les poches. Et a claque est partie, évidemment plus vite l'éclair parce que je n'ai pas réfléchi. C'était un réflexe. En réalité les gens ont apprécié ça. Parce que c'était un geste non pas de policier, mais un geste de père de famille.
Pourquoi les médias n'ont-ils pas pris le temps de nous raconter la totalité de l'histoire ? Le choc des images serait-il désormais plus important que le poids des mots ? En regardant la télé, j'ai parfois l'impression de lire une BD dont on aurait effacé les bulles...

La transcription intégrale (près de trois heures d'entretien) a été réalisée dans le cadre du projet Parole 2007, que nous avons lancé avec les étudiants de l'université de Provence. Le but est de constituer une archive pour des études futures. Il y aura bientôt d'autres paroles de prétendants à l'Elysée, avec peut-être d'autres petites perles comme celle-ci.

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lundi, novembre 27, 2006

Presse: Elle parle de moi

Non, pas Elle ! Nous n'en sommes pas encore là... Tout est dans la typographie. J'aurais dû écrire « Elle parle de moi ». Mais cette planche à billets assez rustique sur laquelle j'écris ne tolère pas de telles fioritures dans les titres. Alors, vous me direz, j'aurais pu mettre des guillemets : « “Elle” parle de moi ». Non plus. Réfléchissez bien, ça reste ambigu. Il y a des situations comme ça où ce sont les italiques qu'il faut, et rien d'autre.

En fait, c'est plutôt moi qui parle d'Elle. Philomène Piégay a eu la gentillesse de me demander mon avis sur Elle pour Elle :



Philomène a eu beaucoup de patience. Quand on me branche sur mon thème favori, le langage, je peux être désespérément bavard... Et le magazine, lui (non, pas le magazine Lui, tout est affaire de typographie, vous dis-je), a un nombre de pages limités. J'admire toujours les journalistes. Résumer une heure de parlotte en un encadré d'un quart de page, ouvrez les guillemets, fermez les guillemets, c'est un art.

Et bonne chance pour Elle. En italiques, bien sûr.

6 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

Quand passez-vous dans "Ya que la vérité qui compte" et au journal de JP Pernault ? Ca aussi, c'est bon pour l'ego ?

27 novembre, 2006 12:23  
Anonymous Alphoenix a écrit...

Excellent message digne de feu Raymond Devos... Lui est mort, lui aussi. Je vous propose un site intéressant, qui fait avec les images ce que vous faites, excellement, avec les mots. Il propose de retrouver toutes les images de Flickr correspondant dans la forme ou la couleur à celle dessinée par vous. Intéressant...

27 novembre, 2006 17:17  
Anonymous alphoenix a écrit...

http://labs.systemone.at/retrievr/ Voilà qui serait mieux...

27 novembre, 2006 17:26  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Alphoenix> Merci pour ces compliments ! Hélas je n'arrive pas à la cheville de ce grand homme. Je suis un véritable dévôt de Devos. J'ai eu eaucoup de tristesse à sa mort. J'avais commencé à faire un billet pour lui rendre hommage : "Dévos dévisse". Et puis j'ai eu honte : je me suis dit que c'était comme un poète du dimanche qui rendrait hommage à Victor Hugo en vers de mirliton.

Génial le lien. J'adore. Parfois ça ne donne rien, mais parfois c'est proprement étonnant. Il sort de véritables poèmes d'images... Un grand merci!

28 novembre, 2006 11:51  
Anonymous Alphoenix a écrit...

Publiez-le discrètement, il faut toujours rendre hommage, même si cela n'est pas à la mesure de la personne recevant le sus-dit hommage. Je suis sûr que le message est enfoui dans les antres de Blogger, changez son statut.

28 novembre, 2006 20:27  
Anonymous Franz a écrit...

Petit faute : «un nombre de pages limitéS»

13 décembre, 2006 15:31  

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vendredi, novembre 24, 2006

Lexique: Ne mesquinons pas !

Mon ami Pierre Lazuly (Chroniques du Menteur, Sauf la nuit, Rezo.net) me signale un mot étrange dans la bouche de la Madone. En réunion avec les présidents de région PS, elle se plaint d'«un Etat central qui tergiverse et qui mesquine» (Libé).

Curieux mot en effet. Pas de verbe mesquiner dans le Petit Robert ou dans le Petit Larousse. Mais ne mesquinons pas. Il n'est pas interdit de créer des mots. C'est même une excellente idée, si vous voulez mon avis. Ce verbe mesquiner est d'ailleurs probablement un de ces mots qui sont réinventés régulièrement, parce qu'on en a besoin dans le fond, et qui n'arrivent pas à s'implanter, parce qu'on n'en a quand même pas tant besoin que ça... L'écologie du langage, vous dis-je. Si le TLF le cite, il n'a pas droit à sa propre entrée. On le trouve enfoui dans une remarque sur l'adjectif mesquin, avec deux exemples du XIXème siècle.

Mais savez-vous que ce mot est un immigré clandestin ? Il nous arrive de l'italien (meschino) ou de l'espagnol (mezquino), peut-être en passant par le provençal. Dans tous les cas, ces mots proviennent eux-mêmes de l'arabe, miskin. Ce qui est étonnant c'est que ce mot signifiait pauvre, malheureux. Étonnant changement de sens au fil des siècles, mais qui en dit long sur nos mécanismes de pensée. Le pauvre manque de grandeur, et finalement il est mesquin...



Quand au fond, Ségo a raison : du flouze, il n'en arrive pas bezef dans les petits bleds de province. Je me le dis chaque fois que je vais chercher un recommandé à la Poste et que je fais la queue 35 minutes devant un guichet où une malheureuse employée vit, elle, 35 heures hebdomadaires d'enfer... Et on a de la chance qu'il y en ait encore un, de guichet.


A lire





8 Commentaires:

Anonymous Baldi a écrit...

Moi je pencherais plutôt pour une influence provençale:

"A force de me faire mesquiner par cet état central qui me vide les poches trois fois par an je vais vraiment finir par ressembler à une esquinade !"

Quoi ? elle est pas valable ma théorie ? ;o)

24 novembre, 2006 15:12  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oh, fan, c'est pas bon de se faire esquicher les poches ! mais ressembler à une esquinade, c'est moins grave que d'avoir une tronche d'esche, quand même.

24 novembre, 2006 15:22  
Blogger Kaa a écrit...

C'est tout à fait le genre de création qui aurait sa place dans un conjugueur ordinaire :
http://www.liberation.fr/culture/livre/218881.FR.php
je le mets sur ma liste pour le Père Noël, d'ailleurs, avec ton bouquin, bien évidemment.
Libérons les rections !

24 novembre, 2006 15:42  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Merci pour le lien. Excellent. Je vais l'acheter aussi.

Quant à notre livre, non seulement il faut l'acheter, mais il faut l'offrir. Il fait un excellent cadeau ;-)

Je sais c'est un peu mesquin de se faire de l'auto-promo comme ça, mais que voulez-vous les chercheurs sont pauvres. Donc mesquins !

24 novembre, 2006 17:39  
Anonymous Anonyme a écrit...

Sur le pédagogisme : http://www.sauv.net/meuro.php

25 novembre, 2006 01:12  
Anonymous richard peirano a écrit...

Que c'est mesquin, que c'est vilain ;-)

26 novembre, 2006 10:07  
Blogger Kaa a écrit...

Moi qui pensais que tu allais bon Princer et me l'offrir... pff, déceptionnée je suis.

27 novembre, 2006 10:08  
Blogger jencris a écrit...

pas beaucoup d'arabophones par ici, car certains auraient déjà noté que "mskin", en arabe dialectal magrhébin signifie toujours pauvre, ou malheureux.

17 décembre, 2006 22:28  

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jeudi, novembre 23, 2006

Sarko: La rupture plie (mais ne rompt point ?)

Si vous avez écouté Nicolas Sarkozy à l'instant au JT de Patrick Poivre d'Arvor, vous aurez peut-être remarqué qu'un mot était bruyamment absent.


Plus question de rupture.

Les conseillers en communication de l'UMP ont peut-être réalisé que ce mot avait des connotations extrêmement négatives. La rupture n'est jamais drôle : rupture amoureuse, rupture du contrat de travail, rupture d'anévrisme, rupture de câble... Un mot typiquement anxiogène au moment où Ségolène Royal se fait plébisciter en jouant la mère rassurante, qui parle de bonheur et de sérénité ! D'ailleurs rupture avec qui, puisque la droite a tous les pouvoirs ? Avec la chiraquie sans doute. Ca fait désordre face à un PS rassemblé...

Mais toujours, en politique, un mot en chasse un autre. Le Grand Dictionnaire des Synonymes de la Langue de Bois est infini. Ce soir, le mot de rechange était renouvellement. Le mot a été martelé : renouvellement des générations, renouvellement des méthodes, renouvellement des idées. Des hommes ?

La rupture a plié pour un temps.


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2007: L'arbre des politiques (2)

On m'a demandé pourquoi l'arbre n'a pas la racine en bas. Je ne sais pas, question de goût, je suppose. Ou alors c'est parce que les politiciens n'ont pas les pieds sur terre... Mais je peux vous le faire aussi :



Peut-être que comme ça on verra mieux les feuilles qui commencent à tomber. C'est l'automne (ou alors l'effet de la pesanteur, parce que ma foi, des éléphants dans les arbres, c'est quand même une drôle d'idée ).

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12 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

peut être est ce simplement une visualisation 2D, vue du dessus

23 novembre, 2006 09:11  
Anonymous tentat a écrit...

Ah l'orienattion des arbres en informatique, un gros problème pour moi quand je parle aux autres.

Pour dans une arborescence, de fichiers par exemple, je descends vers la racine, alors que tout le monde re-monte....

Il a bien fallu que je me plie à la majorité....

Il m'arrive encore souvent de me tromper.

23 novembre, 2006 09:34  
Anonymous Anonyme a écrit...

ah... Besancenot et Laguiller sont à droite... ?!

23 novembre, 2006 11:09  
Blogger Jean Véronis a écrit...

On est toujours à droite de quelqu'un ;-)

23 novembre, 2006 11:12  
Anonymous MBt a écrit...

MAM est au dessus du lot... ;o)
et Chevènement près de la base?

23 novembre, 2006 12:07  
Anonymous Alphoenix a écrit...

Bayrou n'est pas tellement au centre que ça... Cachez-moi ce mensonge !

23 novembre, 2006 15:05  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour M. Véronis, bravo pour votre algo.

J'ai une question, serait-il possible de faire un tableau (avec le même genre d'algo) pour les activités d'un président, et si possible en donnant des coefficients à chaque « matière ».

Par exemple:
* International (le plus important)
** Réactions sur les faits internationaux
** Rencontres avec des politiques étrangers
* National (moins important que le précédent (àmha) puisque le président doit principalement représenter la France dans le monde)
** Social
** Économie
...
* Écologie (parce que c'est dans l'air du temps (c'est populaire...), ça sera un thème important)

Ainsi, on pourrait voir qui est bien placé pour ce poste.
Je pense qu'il faudrait analyser une longue période (6 mois) et peut-être faire abstraction des réponses aux primaires socialistes qui risque de fausser les résultats.

Je ne sais pas si c'est une bonne idée, c'est pour ça que je la donne.

23 novembre, 2006 23:09  
Anonymous Jérémy a écrit...

La version précédente de l'arbre était non racinée, ce qui correspond bien aux données. Pour le second arbre, une racine a été choisie arbitrairement (près de Chevènement); ça risque de donner une idée fausse en suggérant l'existence d'une sorte d'« origine de la politique » (d'après les commentaires, c'est déjà fait!).

23 novembre, 2006 23:14  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Anonymous> Oui, c'est une très bonne idée. Elle est difficile à réaliser, ce pendant parce que la détection de chacun de ces thèmes est difficile à faire automatiquement. Il faudrait connaître les mots clés de chaque thème, être sûr qu'ils ne sont pas ambigus (exemple : sécurité = sociale ? policière ? )... C'est évidement le rêve du TAL (traitement automatique des langues) que d'arriver à faire ça.

24 novembre, 2006 15:10  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Jérémy> Bien d'accord. C'est pour ça que je préfère le premier type de représentation.

24 novembre, 2006 15:11  
Anonymous dilettante a écrit...

Une suggestion pour un arbre raciné :
Certaines des méthodes de constructions d'arbre telles que NJ, BioNJ, etc donnent comme résultat un arbre non raciné. L'astuce classique en biologie pour raciner un arbre est d'ajouter un objet (OTU dans le jargon) dont on sait qu'il est très distant de tous les autres : on aura donc un arbre raciné avec une branche où se retrouvera tout seul sur une branche l'objet très distant et ensuite un sous-arbre contenant tous les autres objets.
Il suffit peut-être Jean que tu prennes des textes d'un homme politique "éloigné", éloigné dans le temps par exemple (un politique de la 4 ème république) , ou autre critère ..

Bernard

27 novembre, 2006 11:41  
Blogger FreeCorp a écrit...

En fait c'est la méthode d'"outgroup" que Bernard décrit et qui est proposée dans Splitstree (OTU = operational taxonomic unit, les "objets" représentés par les feuilles de l'arbre). En pratique ici, les distances étant calculées d'après des cooccurrences dans des articles de presse, il suffit d'ajouter un homme politique fictif qui ne serait jamais cité, et donc à distance infinie (ou au moins très grande, quelle était la distance choisie pour construire l'arbre en fonction des nombres d'occurences, d'ailleurs ?).

Mais une autre méthode existe pour enraciner un arbre phylogénétique, celle du point médian, qui consiste à placer la racine entre les deux noeuds de l'arbre les plus consensuels (distance moyenne aux feuilles faible). Ici typiquement, on la mettrait entre le sous-arbre "politiques de gauche" et celui "politiques de droite" (au-dessus du "plus petit ancêtre commun" à Buffet et Royal). Ceci permettrait en plus d'ordonner les feuilles selon l'ordre politique gauche-droite (ce qui montre au passage que les Verts sont forcément intercalés entre l'extrême gauche et la gauche...).

D'autre part on peut chercher à donner du sens à cette version enracinée de l'arbre en considérant tous ces hommes politiques comme des héritiers de grands courants du passé, cette filiation se reflétant aujourd'hui dans leur proximité actuelle dans la presse...

27 novembre, 2006 16:25  

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mercredi, novembre 22, 2006

2007: Rupture et conciliation

Rupture et conciliation : ces mots forment un couple pour le meilleur et pour le pire ! Il y a réunion de conciliation après la rupture de la vie conjugale ; il y a phase de conciliation dans la rupture du contrat de travail pour motif personnel...

L'UMP a bien tenté une «réunion de conciliation» après les disputes internes, et les sifflets dont a été victime Michèle Alliot-Marie. Mais Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il n'irait pas.

Alors, vers un divorce par consentement mutuel, ou pour faute ? Faute de langage peut-être... Avec Sarko, pour qui le Verbe s'est fait Kärcher, ça ne serait pas étonnant !

[voir aussi le billet de Louis-Jean]

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2007: L'arbre des politiques

L'arbre ci-dessous reflète la proximité des personnalités politiques liées à l'élection présidentielle 2007 dans les articles de la presse nationale. Plus les personnalités sont fréquemment citées ensemble, plus elles sont proches dans l'arbre. La base de données est celle de l'outil Presse 2007 que j'ai développé cet été. Le diagramme a été obtenu sur les 3371 articles traitant de politique nationale entre le 31/7 et le 20/11, date du vote des militants socialistes (car après les feuilles vont commencer à tomber...). La méthode est analogue à celles utilisées par les biologistes pour représenter les parentés entre organismes vivants à partir des séquences d'ADN (arbre phylogénétique) (j'en ai déjà parlé ici).



Bien entendu, un tel arbre ne reflète que le traitement par la presse, pas les opinions des personnes concernées, mais il me semble qu'il n'est pas totalement irréaliste quand on pense qu'il est obtenu avec une intelligence totalement artificielle (je ne parle ni de la mienne ni de celle des journalistes !).

Qu'en pensez-vous ?


PS


Et si vous préférez un arbre qui a les pieds (pardon la racine) sur terre, on peut aussi le dessiner comme ça.

Pour en savoir plus


La méthode de classification que j'utilise est la méthode UPGMA (Unweighted Pair Group Method with Arithmetic Mean) : Sneath, P.H.A. & Sokal, R.R. (1973), Numerical Taxonomy. W.H. Freeman and Company, San Francisco, 1973 [pp 230-234].

Pour la génération graphique, j'ai utilisé ici l'excellent logiciel SplitsTree : Huson, D..H. & Bryant, D. (2006), Application of Phylogenetic Networks in Evolutionary Studies, Mol. Biol. Evol., 23(2):254-267.

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19 Commentaires:

Anonymous GM a écrit...

Quelques remarques :

- Contrairement à ce que l'on entend ici et là, Royal et Sarkozy semblent très éloignés ;)

- La position de MAM tout près de Sarkozy est étonnante (politiquement parlant, en couverture médiatique c'est certainement plus justifié). Je l'aurais plus mise plus bas sur la branche (entre Chirac et Villepin)

- Il semble que malgré son gauchissement, Fabius soit resté très soc dem dans le fond (entre Jospin et DSK...)

22 novembre, 2006 16:58  
Blogger Jean Véronis a écrit...

GM> On a l'impression que Royal et Sarkozy forment un couple (j'allais dire un duo), mais en fait les papiers où ils sont cités ensemble sont bien moins nombreux que ceux où ils sont cités avec leur camp. Chirac et Villepin ont une "vie" médiatique autonome par rapport à Sarkozy (économie, etc.), tandis que MAM n'est pratiquement citée que dans le contexte de l'élection, et par rapport à sa rivalité avec Sarkozy. Quant à Fabius, il est rarement cité avec la gauche "anti-libérale". Enfin, à nouveau, l'arbre ne reflète pas ses opinions, mais les voisins que lui donnent les journalistes...

22 novembre, 2006 17:23  
Anonymous Dolgo a écrit...

Si on superpose l'arbre de l'évolution humaine à celui-ci, on obtient des résultats très intéressants. Dommage que Sarko soit sapiens sapiens. Les australopithèques socialistes ont tort d'avoir choisi l'est du rift.

22 novembre, 2006 17:25  
Blogger all a écrit...

Très intéressant ! Flanby, un impasse de l'évolution...

22 novembre, 2006 18:10  
Anonymous Matthieu a écrit...

super rendu.
Comment se fait le choix de la localisation 2d des points ?
peux t'on en savoir plus sur l'aspect technique (algorithme) de génération du graphique ?
merci !

22 novembre, 2006 18:29  
Anonymous Dominique a écrit...

Une place originale est occupée par Chevènement-Taubira : les deux ne participent pas à la nébuleuse pour le candidat anti-libéral et ils sont plus proches de Hollande de ce fait car celui-ci a fait renoncer la candidate du PRG et voudrait que le candidat républicain se désiste lui aussi en faveur du PS. Il est donc normal qu'ils soient sur la branche socialiste, mais un peu à part et plus près de l'embranchement du non et des Verts. Toutefois, cela pose des questions au sujet de Hollande : que son nom soit plutôt autonome du fait de sa situation de chef de parti, je veux bien, mais il est quand même un peu loin de Ségolène.

22 novembre, 2006 19:08  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Dominique> Oui, Chevènement et Taubira sont un peu des OVNI pour les journalistes... Pour Hollande, c'est intéressant de voir que finalement, ils évitent de trop en parler en même temps que Royal. Pudeur? Auto-limitation? D'un autre côté, c'est vrai qu'il était un peu dans sa position de "gardien du temple", extérieur au débat...

22 novembre, 2006 19:22  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Matthieu> Dur de répondre en deux mots... Il faudrait que je prenne le temps d'écrire quelque chose de détaillé. Mais il y a une intro

22 novembre, 2006 20:30  
Anonymous Matt a écrit...

Ok merci Jean, j'ai regardé, mais si tu peux écrire un article à ce sujet ça serait très intéressant :-)

23 novembre, 2006 09:35  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Je mets ça dans la pile ! En fait, ça serait bien utile pour mes étudiants aussi...

En attendant j'ai mis quelques refs dans le PS (je veux dire Post Scriptum, bien sûr ;-)

23 novembre, 2006 09:38  
Anonymous steph a écrit...

mode humour on
le plus improbable est que votre algorithme ait pu placer Ségolène Royal sur l'arbre... pas si facile de placer l'élément neutre...
mode humour off

Je n'arrive pas à piger que Bayrou puisse se retrouver sur la même branche que celle de la droite ?!?

23 novembre, 2006 09:41  
Blogger Jean Véronis a écrit...

On aurait pu la placer sur un petit nuage, tellement elle nage dans le bonheur ;-)

Quant à Bayrou, les journalistes le citent plus souvent en conjonction avec Chirac, Sarko et Le Pen (dans ce cas comme rejetant le Système) qu'avec la gauche. Peut-être que les journalistes n'ont pas encore intégré la nouvelle donne, ou alors Bayrou n'est-il pas assez clair ?

23 novembre, 2006 09:51  
Anonymous RichardB a écrit...

Merci ! Depuis le temps que je cherchais ce fameux "arbre qui cache la forêt" !
;-)

24 novembre, 2006 10:58  
Anonymous dilettante a écrit...

Jean Véronis a écrit :
Pour en savoir plus
- La méthode de classification que j'utilise est la méthode UPGMA
- Pour la génération graphique, j'ai utilisé ici l'excellent logiciel SplitsTree

La méthode UPGMA donne un dendrogramme (un arbre enraciné avec une distance de la racine à toutes les feuilles identiques) : c'est une méthode de classification hiérarchique ascendante sur une ultra-métrique (dans ce cas le lien moyen)

La méthode Splits Tree est basée sur la construction de split (partitions particulières d'ensemble), voir par exemple le mémoire de Philippe Gambette

C'était juste une petite précision ...
Amicalement Jean, Bernard Bellon

25 novembre, 2006 15:07  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bernard> Salut Bernard, merci de ton mot ! Le "SplitsTree" dont je parle n'est pas une méthode, mais un logiciel qui permet de tracer toutes sortes de représentations arborées et réticulées (voir lien).

Il s'agit de trouver une distance arborée qui approche au mieux une mesure de dissimilarité donnée (basée ici sur les coocurrences au sein d'un article). Cf. Barthemely et Luong (1991).

25 novembre, 2006 17:07  
Anonymous dilettante a écrit...

Oui Jean, je n'avais comme souvenir que la méthode publiée en 1988 qui donnait son nom à la première version du logiciel SplitsTree.
Le logiciel en version 4 présente effectivement diverses méthodes classiques de phylogénie utilisées par les biologistes moléculaires. Pourquoi s'appelle-t-il encore SplitsTrees ?

Bernard

25 novembre, 2006 23:28  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bernard> Bah, le poids de l'histoire, sans doute. En tous cas le logiciel est superbement fait, et simple à utiliser.

26 novembre, 2006 08:01  
Anonymous dialogismos a écrit...

Super travail! Il y aurait tellement à faire en analysant les programmes, les déclarations, les interventions à l'assemblée et en associant à l'arbre lui-même:
- un suivi à travers le temps (ce qui permettrait de voir comment évoluent les politiques et leur communication)
- une indication de l'intensité de la communication publique autour d'un politique (qui pourrait aussi tenir compte du temps) par exemple en ayant une épaisseur de branche supérieure pour les politiques les plus couverts

Je pense que ce serai un excellent outil pour créer un FactCheck français (www.factcheck.org). Or, aux US FactCheck est tenu par l'univertisité de Pennsylvanie (je crois) et comme vous êtes universitaire, peut-être pourriez-vous lancer une initiative de ce type avec un ou plusieurs observatoires de la vie politique comme le CEVIPOF... Cet outil a un très sérieux potentiel et en tous cas une belle utilité pour autant qu'on veille à ce qu'il soit bien alimenté... sinon c'est l'effet GIGO (garbage in - garbage out).

28 novembre, 2006 14:48  
Blogger Nicobola a écrit...

Haha! Très interessant! Mais l'arbre n'est pas enraciné :( On ne peut donc pas le lire en terme de relations de parentés... En tout cas la phylogénie gagnerait à être plus souvent utilisée ^^ Après moi je suis loin de m'y connaitre en politique, je ne pourrais ni commenter, ni interpréter et encore moins proposer un groupe externe >_< Mais ça doit très interessant à faire. Reste à repositionner des caractères sur l'arbre!

19 décembre, 2010 16:38  

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2007: Un éléphant ça blogue énormément

En 2002, Lionel Jospin avait déclaré sa candidature par un fax à l'AFP. Un peu froid, non ? Ca n'avait pas été très bien perçu. Mais les temps changent : il annonce aujourd'hui ses meilleurs voeux de bonheur son soutien à l'heureuse élue sur son blog. Quelques lignes sibyllines. Toujours très chaleureux.

Enfin, quand je dis soutien... C'est ce qu'annonce la presse (exemple). Mais le texte est tellement court que ça vaut la peine de le lire :

Certains d’entre vous m’ont demandé quelle sera mon attitude lors de la prochaine présidentielle. La réponse va de soi.

Ségolène Royal a été désignée de façon très nette par les adhérents du P.S. Elle est désormais la candidate de tous les socialistes dont je suis. Dans un combat que je sais difficile, je lui souhaite bonne chance.

D’une façon ou d’une autre, je m’efforcerai de contribuer à la victoire contre la droite.

Lionel JOSPIN
Bel exercice de plume de bois ! Vous avez lu soutien, vous ? «La réponse va de soi», mais elle lui écorche visiblement les doigts. Quant à la dernière phrase, elle laisse la porte ouverte à tout. La victoire, pas sa victoire. Et si la campagne de Ségolène se transformait en fiasco... Il y aurait peut-être un recours...

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mardi, novembre 21, 2006

Royal: Bleu, blanc... rouge !

J'ai déjà parlé des couleurs de Ségolène Royal, du blanc de ses tailleurs et du bleu de son site : les couleurs de Marie, pour celle que l'on a surnommée la Madone... Je ne sais pas si sa virginité politique est réelle ou supposée, mais j'ai été très frappé l'autre jour par ses premières réactions à son élection. On aurait dit les propos d'une jeune épouse (voir ici).


Mais j'ai été encore plus surpris le lendemain en voyant que son site Désirs d'avenir s'était métamorphosé. La jeune vierge politique s'est transformée en épouse du peuple français, et son site arbore désormais une page d'accueil pleine de rouge...

Vous savez certainement que dans beaucoup de cultures, le lendemain des noces, on affiche à la fenêtre la chemise ou le drap tâchés de sang, qui prouvent à la fois la virginité de l'élue, et la réalité du mariage (les militants ségolistes ont-ils eu inconsciemment le besoin de prouver l'une et l'autre, au cas où nous aurions douté ?)

Sveltlana Tolstaja explique dans les Cahiers slaves que le rituel se prolongeait dans certaines régions de Russie par des signes secondaires, drapeaux, foulards et tissus, évidemment tous de couleur rouge, que l'on attachait un peu partout autour de la maison.

Et pourquoi pas les sites Web ?


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Bayrou: Politiques à moitié frappés

François Bayrou a dénoncé sur Radio J ce qu'il appelle «l'hémiplégie française», c'est-à-dire «le schéma traditionnel classique gauche contre droite». Il a renouvelé dans le même entretien sa proposition de travailler «avec des gens qui ont été ou qui sont au PS», mais je ne sais pas s'il a réalisé, notre agrégé de lettres classiques, qu'hémiplégie vient du grec hémiplêgos, c'est-à-dire à moitié frappé... Une entrée en matière comme ça, ça risque de paralyser les débats.

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dimanche, novembre 19, 2006

Lexique: Enquête chypriote (2)

L'écran blafard de l'iMac a remplacé le soleil cuivré de Chypre depuis un bon moment déjà... Je vous ai négligés amis lecteurs, ou plutôt il y a tellement de choses à écrire. Il faudrait plusieurs vies (en parallèle, sinon ça n'a pas d'intérêt). Je suis toujours étonné quand je tombe sur ces blogs où l'auteur nous narre son angoisse de la page blanche, vous savez ces petits messages où l'on vous dit en substance : «Aujourd'hui je n'ai rien à écrire. Le vide complet. Le néant. Mais je prends quand même la peine de faire ce petit billet pour vous le dire...» Ah quel bonheur ! J'aimerais bien que ça m'arrive un jour, un seul, juste histoire de faire le vide... Donc, je vous ai tenus un peu trop longtemps en haleine avec cette histoire de Chypre, mais je vois dans les commentaires que vous avez déjà commencé à dénouer les fils de l'énigme sur la Toile.



Revenons tout d'abord à cette cipria, cette poudre de Chypre dont me parlait Henriette Walter. Jean-Marie nous donne d'Italie un indice précieux, puisé dans le Gabrielli (le mot est toujours d'usage courant en italien) :
cípria : polvere finissima, di riso o d'amido, variamente colorata e profumata, per uso di toeletta. Nel 700 si usava quella bianca per spolverizzare le parrucche : il piumino della cipria... Polvere cipria, polvere di Cipro, con riferimento a Venere, condotta dagli zèfiri a Cipro dopo la sua nascita marina.
Je suis sûr que vous avez compris même si vous n'avez jamais appris l'italien. Elles sont tellement belles et proches toutes ces cousines romanes...



En gros, le Gabrielli nous dit que c'est une poudre de riz ou d'amidon colorée et parfumée de diverses manières, qui s'employait blanche au XVIIIe siècle pour poudrer les perruques. La polvere cipria, poudre de Chypre, aurait été nommée ainsi en référence à Vénus, emmenée par les Zéphyrs à Chypre, en passant par Cythère, après sa naissance marine. Pour les chypriotes, elle est née à Chypre même, à Paphos, dans cette crique superbe dont je donnais la photo l'autre jour -- mais c'est peut-être de la propagande touristique. Il faut reconnaître qu'il y a bien des variantes à cette histoire, comme dans la plupart des mythes greco-latins (voir ici).

Dans la Théogonie d'Hésiode, elle est fille d'Ouranos, et d'une manière bien cruelle, puisque les attributs virils de ce monsieur furent tranchés par son fiston, Cronos, et jetés dans la mer près du mont Eryx en Sicile. Titanesque. J'ai déjà eu l'occasion de parler des enfants terribles de Gaïa et Ouranos : ça ne rigolait pas à l'époque chez les couples en instance de divorce. C'est Gaïa elle-même qui avait fourni le silex aiguisé (ou le couteau d'airain...). Aphrodite naquit de l'écume qui se forma autour des bourses (dé)chues, comme le rappelle son nom : aphros c'est l'écume de la mer. De là à dire qu'un aphrodisiaque c'est ce qui vous fait monter l'écume...



Dans l'Iliade, Homère la dit fille de Zeus et de Dioné (à lire ici). Allez vous y retrouver... Mais la confusion est parfois génératrice de bonnes idées : cette dualité a inspiré Platon dans son histoire des deux amours, si vous avez quelques souvenirs du lycée. Il en parle ainsi dans le Banquet :
Or, il y a deux Vénus, l'une ancienne, fille du Ciel, et qui n'a point de mère : c'est Vénus Uranie ou céleste ; l'autre plus jeune, fille de Jupiter et de Dioné : c'est la Vénus populaire. Il y a donc deux Amours, correspondant aux deux Vénus : le premier, sensuel, brutal, populaire, ne s'adresse qu'aux sens ; c'est un amour honteux et qu'il faut éviter.
Lisez la suite, si vous la connaissez pas (on ne la montre pas trop aux enfants des écoles)...

Comme on le voit dans cette traduction de la fin du XIXe siècle, les latins identifièrent Aphrodite à Vénus. Mais elle reçut aussi bien d'autres noms, qui reflétaient les différents lieux associés à sa naissance et sur lesquels avaient été érigés des temples où elle était vénérée... Ah oui, vénérée. Ça ne vous dit rien ? L'adoration d'un côté, les maladies de l'autre. Les deux proviennent du nom de Vénus, qui d'ailleurs se dit toujours Venere en italien.

Érycine (ce n'est pas un antibiotique contre les maladies en question) pour le mont Éryx, Cythérée pour Cythère, Paphia pour Paphos, et bien sûr Cypris pour Chypre... Nous y voilà. La cipria, la poudre, non pas de Chypre, probablement, mais de Cypris. La poudre de beauté. Comme la cyprine, le fluide féminin de l'amour dont je parlais l'autre jour... Beaucoup de gens m'ont dit qu'ils ignoraient ce mot. J'avoue qu'il n'est même pas dans la plupart des dictionnaires. Même le monumental TLF ne mentionne que la pierre précieuse (une forme de vésuvianite), dont le nom provient, quant à lui, du cuivre, dont certains sels sont de couleur bleue. Quelle injustice! Le nom de la sécrétion masculine est si courant ! Quelqu'un peut-il expliquer que l'écume de la femme, j'allais dire l'écume de la mère, n'ait pas de nom en français ?



Voilà le cuivre de retour... Et justement, tout le monde connaît le signe universel de la femme :



Les amateurs d'astrologie savent que c'est aussi le symbole de la planète Vénus. Ce que l'on sait moins, car la discipline se perd ces temps-ci, c'est que pour les alchimistes c'était aussi le symbole du cuivre. La boucle se ferme... Aphrodite la chypriote, Cypris, Vénus, la femme. Le bronze de Chypre, le cuivre. Et ce mot extraordinaire, cyprine, qui met les deux étymologies en fusion dans une symbolique étrange...

Vous avez remarqué qu'il n'est pas question de henné dans tout cela. Pourtant cet autre kypros, nous dit le Dictionnaire des noms de lieux, serait à l'origine du parfum chypré. L'enquête continue. Mais vous avez déjà, là aussi tiré quelques fils. De cuivre ?

Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodité marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix;
Chair, Marbre, Fleur, Venus, c'est en toi que je crois !

Arthur Rimbaud (Soleil et Chair)




A lire aussi


10 Commentaires:

Blogger Kaa a écrit...

En parlant de boucle qui se ferme, le cuivre est aussi un élément fondamental de la contraception (et donc de la liberté) féminine.

20 novembre, 2006 12:01  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bravo Kaa ! Je l'avais loupée celle-là ! Merci...

20 novembre, 2006 12:07  
Anonymous spiegel sandgirl a écrit...

Stalker avait employé le terme chez Passou tout récemment, et il a semblé qu'il était peu connu. Perso, c'est par la poésie d'Émile Nelligan lue à mes 15 ans que je l'ai découvert; y a donc quelques lustres de cela...

Ah le funeste sort qu'a connu le Vaisseau d'Or!

20 novembre, 2006 17:02  
Anonymous Guillaume Allègre a écrit...

« Les amateurs d'astrologie savent que c'est aussi le symbole de la planète Vénus. »
Pas seulement eux. Les astroNoMes, amateurs ou professionnels, le savent aussi.

20 novembre, 2006 20:06  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Spiegel Sandgirl> Beau Vaisseau d'Or. Il avait lu Rimbaud l'Emile... Mais dans son cas, il me semble que la Cyprine, c'est simplement l'un des noms de Vénus (comme Cythérée, etc.), pas le fluide auquel je faisais allusion, non ?

20 novembre, 2006 20:52  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Guillaume> Oui, j'imagine qu'ils le savent comme tout un chacun, mais utilisent-ils ces symboles (pardonnez mon ignorance) ?

20 novembre, 2006 21:36  
Anonymous richard peirano a écrit...

Une idée que je n'ai pas vraiment vérifiée. Est-ce que lâge du cuivre et le culte des vénus préhistorique (deesse mere ; je ne sais plus exactement le nom de ces divinités)ne peut pas être liée.

"Age du cuivre" sur wikipedia
"...à Chypre, c'est sans doute sous l'influence anatolienne que se développe l'exploitation du minerai de cuivre. À Ambelikou, la présence de céramiques rouges permet de la dater d'environ -2300 à -2000 ;..."

23 novembre, 2006 11:09  
Anonymous richard peirano a écrit...

sur ceux qui n'ont rien à dire
http://deligne.over-blog.com//article-4642365.html

23 novembre, 2006 11:16  
Anonymous Vincent Ramos a écrit...

Bonjour.

Un petit détail : le fils d'Ouranos n'est pas Chronos mais Cronos ou Kronos, en grec Κρόνος. Il convient de ne pas confondre Cronos et chronos : le premier désigne le Titan, le second est le nom commun pour « temps ». Les deux différent par la première consonne, un /k/ (écrit κ) pour Cronos, un /kh/ (/k/ « aspiré » écrit χ) pour chronos.

On lit assez souvent que Cronos serait le temps personnifié : en fait, c'est une confusion due à la paronymie voire l'homophonie (pour nous) entre Κρόνος et χρόνος et au fait que Cronos est un dévorateur (de ses enfants), comme le temps (qualifié parfois de παμφάγος, « qui dévore tout »). Grimal, dans son Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (P.U.F.), note que cette confusion relève du jeu de mots.

23 novembre, 2006 11:17  
Anonymous Anonyme a écrit...

Moi,Femme parmi les femmes, après 34 ans de relation amoureuse et passionnée avec l'Homme, je viens seulement de découvrir ce merveilleux mot de "cyprine" si doux à mes oreilles. Quel étonnement! Et quel bonheur que de pouvoir mettre enfin un mot bucolique, plein de poésie, et qui chante juste à la place de termes purement techniques et froids, du style : secrétions vaginales!...
Maintenant, je me suis mise en recherche de tout ce qui parle de cyprine sur le net! D'où ma présence sur le vôtre! :-)

Et, petite anecdote, l'homme qui m'a révélé ce mot encore inconnu pour moi malgré mon presque demi-siècle, est le premier que je rencontre qui me confie, par force, ne pas apprécier la... cyprine...
Il fallait bien que je finisse par savoir ce qui bloquait ses élans, tant désirés par moi!... .. ;-)

23 octobre, 2009 00:47  

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vendredi, novembre 17, 2006

Royal: Heureuse élue

La Madone était aux anges hier soir (voir vidéo). On le comprend un peu. Versac la compare à une jeune lauréate de la Star'Ac toute émue, qui remercie le jury (pardon, les militants) en s'embrouillant les pinceaux, et en répétant dix fois les mêmes phrases creuses. Pas gentil. Moi, elle m'a fait penser à une jeune mariée, et je n'arrivais plus à m'enlever de la tête l'expression heureuse élue.

Je voudrais simplement vous dire tout le bonheur que je ressens...
Voilà, je suis très heureuse...
Et je vis intensément ce moment de bonheur...
Maintenant je veux méditer et vivre pleinement ce moment de bonheur...
Je mesure le fait de recevoir cet élan, d'être choisie...
Qui lui donne tout ce bonheur ? Les militants bien sûr (qui sont en train de lui donner un élan, un élan, un élan...), mais la vierge en blanc a trouvé preneur. Le peuple français. D'ailleurs l'élection présidentielle n'est elle pas une rencontre entre une femme et un peuple ?
Je pense que le peuple français a écrit cette histoire...
C'est le peuple qui s'est mis en mouvement...
La France a écrit une nouvelle page de cette histoire...
Et c'est le peuple français qui est en train d'écrire cette histoire...
Je vais mettre le peuple français au coeur du projet socialiste pour le mettre en mouvement...
Cha ba da ba da...

Mais attendez, on me dit que ce ne sont que des fiançailles. Il paraîtrait que les bans sont publiés pour le 22 avril 2007...

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2007: Calvéronisation des esprits...

Je mentionnais hier le clin d'oeil que nous a fait Plantu à la Une du Monde, illustrant de façon magistrale notre «guidouille», Michèle Alliot-Marie, «toujours prête» (un peu tard pour le livre, Combat Pour l'Elysée, hélas, mais ce sera bon pour le prochain tirage ;-).

Et dans la foulée je remerciais Raphaëlle Bacqué, qui titrait en caractères de cinq centimètres de haut (si !) sa double page sur MAM dans le Monde de jeudi :
  • La cheftaine
Nous sommes heureux de lui avoir envoyé notre livre.

J'aurais dû remercier aussi, et je m'en excuse, Alain Duhamel qui parlait de :
  • L'extrême-centre
le 13/10 sur RTL. C'est le titre de notre chapitre sur François Bayrou (j'avais vérifié soigneusement sur le Web : l'expression n'avait jamais été employée auparavant pour l'UDF). Nous sommes heureux de lui avoir envoyé le livre quelques jours avant.

Et je viens d'entendre Christophe Barbier, dans sa chronique sur LCI (vidéo ici), commenter la victoire de Ségolène Royal, affirmer que le PS devrait désormais s'appeler :
  • Le Parti de Ségolène
C'est très bien, Christophe, nous sommes heureux de t'avoir envoyé le livre à toi aussi, puisque c'est le titre de notre partie sur les socialistes.

Louis-Jean et moi nous félicitons : la calvéronisation des esprits est en marche.

Et pour nos amis journalistes politiques, qui seraient, on le comprend bien, un peu en mal d'inspiration dans le véritable marathon que devient cette campagne hors normes, il reste en stock :
  • Une Crise Politique Extravagante (à utiliser début 2007 pour l'anniversaire du CPE)
  • L'Union des Morts de Peur
  • Le coq de combat (Sarkozy)
  • Ubu présiroi (Chirac)
  • Le candidat libre (Bayrou)
  • Les Verts dégrisés
  • Les incolores idées vertes
  • La gauche sans nom (mais elle en a peut-être trouvé un depuis : anti-libérale)
  • Le fileur de haine (Le Pen)
  • et bien d'autres.
Pour 15 € 14,25 € ce bouquin, c'est une vraie mine.

D'ailleurs, si vous faites partie de l'honorable confrérie de la Presse, le service du même nom du Seuil se fera un plaisir de vous envoyer une copie gracieuse, comme notre sourire. Laissez-nous juste un petit mail.

Et n'oubliez pas de visiter le blog du livre, où nous créons de nouvelles et belles expressions prêtes à l'emploi tous les jours :

Libellés :


24 Commentaires:

Anonymous Sébastien Billard a écrit...

Eh bé ! si c'est pas de l'influence ça :)

17 novembre, 2006 13:05  
Anonymous FabriceB a écrit...

Jean François Kahn se qualifiait déjà d'extrème centriste il y a 20 ans.

17 novembre, 2006 13:37  
Blogger Jean-Marie Le Ray a écrit...

A venir : ne pas être plus royaliste que Ségolène :-)
Jean-Marie

17 novembre, 2006 13:59  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Fabriceb> Il n'y avait aucune citation liant extrême-centre à Bayrou ou à l'UDF au moment où nous avons écrit le livre. Mais toute cela, bien sûr, n'est que coïncidence fortuite et accidentelle (ai-je oublié de le mentionner ?)

17 novembre, 2006 14:02  
Anonymous Baldi a écrit...

En terme de vocabulaire, Calvéronis est soit une créature bicéphale, soit carrément une Chimère.
Et comme dans la légende elle crache du feu, ça doit être pour ça que le sieur Duhamel doit avoir un peu chaud aux fesses en ce moment.
Cramé ! le conducteur de solex qui avait prédit que Ségolène Royal ne ferait pas partie des candidats et qui l'avait même délibérément effacée de son livre.
A sa place j'irais me cacher sur l'ïle de Ré. Au moins là il ne risque pas de croiser de créatures mythiques. Quoique...;o)

17 novembre, 2006 14:10  
Anonymous Amazone a écrit...

@baldi : Il ne faut pas confondre "poubelle" et île de Ré. Cela me vexe !

17 novembre, 2006 15:14  
Anonymous Dominique a écrit...

Je ne veux pas vous ennuyer, mais l'extrême centre existait déjà bien avant Calvéronis. On peut même le dater, il suffirait de compulser la collection de l'Événément du jeudi : cela a dû apparaître vers 85-90 sous la plume d'un certain JFK (pas le JFK américain, mais le JFK de Marianne) et si je me rappelle bien il y avait même eu une couverture avec cette expression en très gros caractères, puis notre JFK national l'avait encore resservie dans un de ses innombrables essais.

17 novembre, 2006 16:39  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, oui, Dominique. Mais personne n'avait utilisé cette expression dans le contexte de Bayrou et l'UDF. On parlait de ventre mou, etc. L'UDf n'est devenu extrême que progressivement à partir du début de l'année 2006 (slogan "Libre"). On raconte la lente progression des mots durs jusqu'à la motion de censure...

Mais bon, il y a de toutes façons des coïncidences, n'est-ce pas ?

17 novembre, 2006 16:58  
Anonymous MKe a écrit...

Je savais déjà que j'avais bien fait de l'acheter,

Maintenant je vais me dépêcher de le lire, alors ^^

17 novembre, 2006 17:06  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Mke> Oh, mais ça ne se périme pas très vite. Les mots c'est comme le bon vin, ça se bonifie en vieillissant...

17 novembre, 2006 17:15  
Anonymous Coujou a écrit...

> le PS devrait désormais s'appeler : Le Parti de Ségolène

L'expression "Parti Ségoliste" est elle calvéronisablement acceptable ?

17 novembre, 2006 19:35  
Anonymous Dom a écrit...

Je suis désolée, la question que je vais vous poser ne concerne pas cet article.
Si vous ne désirez pas répondre, je comprendrai. Je me demandais si le verbe godailler (boire, manger avec excès) proposé par Kévin comportait un préfixe "dégradant", je ne sais pas comment le dire autrement. Ce que je veux dire : comme asse dans bonasse ?
http://www.larecherchedubonheur.com/article-4550933.html
Je vous remercie.

17 novembre, 2006 20:13  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Dom> Oui, -ailler est le plus souvent péjoratif : regardez ici :

tlf

17 novembre, 2006 20:53  
Anonymous Dom a écrit...

Merci beaucoup pour avoir pris le temps de me confirmer ceci.
La mémoire croit avant que la connaissance ne se rappelle.
[William Faulkner]
!

17 novembre, 2006 23:12  
Anonymous kerloule a écrit...

Je ne voyais pas en quoi le PREfixe de godailler avait qqch de péjoratif... j'aurais plutôt dit ambigu !
;-)

18 novembre, 2006 19:46  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Coujou> Ségoliste -- On en avait parlé . Et Jacques en commentaire avait proposé ségaullisme. Je me demande de plus en plus s'il n'avait pas eu une sorte de prescience. En tous cas, elle a des accents ségaulliens ces temps-ci (le peuple m'a choisie, la France tourne une page de son histoire etc.) (voir ici).

18 novembre, 2006 22:46  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Kerloule> God ! J'avais mal lu. Quelle lecture pénétrante !

18 novembre, 2006 22:47  
Blogger claude a écrit...

Ah, putain, y'a des blogs qui font qu'on ne regrette pas d'avoir appris à lire avant la méthode globale d'aujourd'hui...

19 novembre, 2006 13:17  
Anonymous Port-Royal a écrit...

Jean Véronis > Je souscris tout à fait à votre commentaire et à celui de Jacques sur le «ségaullisme» et j’espère que vous trouverez le temps de passer ce discours de victoire au tamis ! Un relevé lexical effectué au fil de l’écoute fait apparaître une fréquence inhabituelle des mots «peuple» et «France» et une utilisation considérable de la première personne et du champ lexical de la volonté, ce que l’on n’a jamais trouvé à ce point que dans les discours de De Gaulle et de Mitterrand. Elle me semble bien s’inscrire par là dans la filiation directe de ces deux illustres prédécesseurs. Si l’on se souvient qu’elle manifesta très tôt - après la disparition de Mitterrand - la volonté de se présenter à la candidature du PS (qui lui préféra alors Jospin) et qu’elle choisit la stratégie de l’adhésion populaire directe pour forcer la main aux caciques du PS, on ne peut guère être étonné de retrouver aujourd’hui une tonalité gaullienne - et très Ve République - dans les propos de la «Madonne»…

19 novembre, 2006 17:03  
Anonymous tigroin a écrit...

C'est ce qui s'appelle du dialogisme interdiscursif!
Merci Bakhtine!

19 novembre, 2006 19:51  
Anonymous MKe a écrit...

Claude : j'aurais plutôt dit, "un blog qui fait que je ne regrette pas de savoir lire depuis que j'ai 3 ans ; grâce à la méthode globale"

- mais je m'en voudrais de troller sur le blog du prof. Véronis, hin hin hin -

20 novembre, 2006 09:54  
Anonymous jcd-bruxelles a écrit...

Extrême centre : l'expression a déjà été utilisée dans les années 1980 dans les campagne électorales du Parti social-chrétien belge. C'était une expression chère au président de ce parti à l'époque : M. Gérard Deprez.
Plus tard le PSC recourut plutôt à l'expression "Centre avant".

20 novembre, 2006 14:19  
Anonymous Farid Taha a écrit...

Bien joué pour Alain Duhamel ;-)

Par contre il y a une expression qui est bien plus ancienne que le "l'extrême centre" à propos de Bayrou et de l'UDF c'est celle du "centrisme révolutionnaire" qui est à mettre au crédit de Jean François Khan... et date de 2001 !

La révolution a t'elle échoué avant son avènement, au point de se radicaliser ?

23 novembre, 2006 07:30  
Anonymous Andujar Gauthier a écrit...

Pour le Front National, je vous suggère d'utliser l'expression : le frein national.

08 mars, 2007 16:29  

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Sémantique: Mon déjeuner m'appelle

Je préparais une émission au téléphone avec Cathy Nivez d'Europe 1, quand elle reçoit un deuxième appel. Rien que de très banal, mais au moment de basculer vers l'autre interlocuteur, elle me sort cette phrase extraordinaire :
«Mon déjeuner m'appelle...»
Son absence téléphonique a été très brève, juste le temps pour moi de noter consciencieusement la fameuse phrase sur mon petit carnet. Lorsque Cathy m'a repris en ligne, je lui ai relu sa phrase. Blanc... Je répète. Re-blanc... Puis, d'un coup, éclat de rire à se tordre les côtes ! J'adore ces moments où on sent les neurones de l'interlocuteur qui se débattent en tous sens pour échapper à l'absurde...


Je lui ai expliqué qu'elle m'avait fourni un superbe exemple, qui va désormais remplacer dans mes cours celui que j'utilisais jusqu'à présent :
«L'omelette au jambon est partie sans payer.»
Ces phrases illustrent ce qu'on appelle en linguistique métonymie, c'est-à-dire une figure de style, un trope disent les savants (ou les pédants) dans lequel un mot est pris dans un autre sens, lié au premier par une relation logique. Par exemple, la partie pour le tout («quinze voiles prennent le départ») le contenant pour le contenu («boire un verre»), l'instrument pour l'agent («une fine lame», «une sacrée fourchette»), la matière pour l'objet («une petite laine»), la capitale pour le pays («Washington a averti l'Iran»), le lieu de production pour le produit («un bordeaux»), etc. La liste est étonnamment longue, et les métonymies peuvent parfois s'enchaîner en cascade (et se propager d'une langue à l'autre). Un exemple classique est le jean. Au départ, c'est la ville de Gênes (prononcé «dgine»), qui a donné par ménonymie jean (= toile de Gênes), qui a lui même donné jean (=pantalon de toile de jean), et finalement jean (= industrie du jean : «je travaille dans le jean», à ne pas confondre avec «je travaille en jean») !

Comme Monsieur Jourdain, nous faisons tous de la métonymie en permanence et sans même le savoir. Or, c'est un des mécanismes les plus compliqués à traiter pour des systèmes d'analyse de textes (traduction automatique, dialogue homme-machine, etc.). Par exemple, pour comprendre que la phrase ne parle pas de l'omelette au jambon, mais du client qui a commandé une omelette au jambon, il faut disposer d'une base de données qui nous dise que partir et payer demandent un sujet plutôt humain. Sauf que l'omelette peut partir à la poubelle (et ça n'est normalement pas le client, à moins qu'il soit justement parti sans payer et que le vigile de service lui ait enfoncé la tête dans une poubelle...), et que l'omelette, ça peut payer (quand on y met peu d'ingrédients et qu'on la vend très cher). Bref, vous voyez le problème. Pour qu'une machine puisse un jour interpréter ça, il faut faire appel à des connaissances du monde, des «scénarios-types» (dont le «script» du restaurant : normalement on entre, on commande, on mange, on paie, on part). Problèmes classiques de l'«IA», l'intelligence artificielle, mais bien sûr jamais résolus (et on n'est pas près de les résoudre !).

Comment faisons-nous ? Mystère. Personne n'en a la moindre idée, et c'est ce qui me fascine dans le langage humain. C'est un des plus grands «challenges» scientifques de notre temps : on a décrypté le génome humain. Pas son langage.

Alors la phrase de Cathy m'a interpelé, parce qu'elle est encore plus compliquée. Les objets abstraits peuvent appeler -- dans un sens abstrait. Ainsi, on dit le devoir m'appelle... C'est d'ailleurs une expression qu'on entend parfois de la bouche d'un interlocuteur qui veut clore la conversation au téléphone. (Répondez : Ok, prends ton temps, je reste en ligne. Effet garanti.)

Mais comme les poupées russes, la phrase de Cathy a plus d'un tour dans son sac. Son déjeuner en frites et en os (avec du poulet autour de l'os) pourrait bien l'appeler. Du genre : Je te quitte, mon pot-au-feu m'appelle (ça sent bon dans toute la maison et je suis morte de faim). Mais ça peut être aussi la personne avec qui elle va déjeuner, comme, je le pense, dans le cas présent (à moins qu'elle ait rapidement englouti un petit sandwich, discrétos, pendant que j'écoutais la petite musique d'Europe 1). Trois niveaux d'interprétation : encore mieux que l'omelette !

Et le plus beau, c'est que quand je suis arrivé le lendemain dans le hall d'Europe 1 pour enregistrer, l'hôtesse a appelé Cathy et a eu cette jolie phrase :
«Votre rendez-vous est arrivé...»


A écouter


L'émission («Multimédia») passe ce samedi sur Europe 1 à 7h45.

Réécouter l'émission :

logo europe1

25 Commentaires:

Blogger Vicnent 31415 a écrit...

délicieux ! (grosse banane sur le visage)

Merci Jean !

17 novembre, 2006 11:21  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Loi Evin: Parler à un linguiste peut être dangereux pour la santé (mentale).

17 novembre, 2006 11:23  
Anonymous Le Monolecte a écrit...

J'adore quand tu nous rends plus savants, voire plus intelligents!
Et à chaque fois, tu me fais regretter de n'avoir trouvé l'option linguistique qu'en dernière année de fac : passionnante la prof, déjà passionnante, alors que jusque là, j'étais convaincue que la linguistique était un repère de vieux barbons séniles et redondants.

17 novembre, 2006 12:58  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Monolecte> j'étais convaincue que la linguistique était un repère de vieux barbons séniles et redondants : à quelques exceptions près, je partage ton avis.

Mais c'est du off ! ne mets pas ça sur Dailymotion...

17 novembre, 2006 13:26  
Anonymous Airyn a écrit...

J'ai l'impression que l'être humain aime bien personnifier toutes sortes de choses, de sorte à transformer l'univers en une foule familière.
"La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles; / L’homme y passe à travers des forêts de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers." tiré du poème 'Correspondances' de Charles Baudelaire.
A vous lire, j'ai donc l'impression que la capacité essentielle du langage est de pouvoir assimiler de façon sophistiquée un objet avec un sujet, et inversement.
Mais finalement, tous ces problèmes de sens sont liés à la réduction du message, non ? On pourrait imaginer que nous formulions des phrases 10 fois plus longues, mais sans aucune ambiguité.

(dsl pour cette réflexion un peu longuette).

17 novembre, 2006 13:30  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Airyn> Oui, la personnification est humaine. Mais la métonymie ne concerne pas que l'humain (cf. voile = bateau).

On pourrait imaginer que nous formulions des phrases 10 fois plus longues, mais sans aucune ambiguité. -- Ce serait un long débat, et certain y on cru (Raymon Lulle, Descartes, Leibnitz, et d'autres, contemporains). Mais je n'y crois pas.

17 novembre, 2006 14:05  
Blogger The Jedi a écrit...

J'adore ces petites notes qui partent d'une phrase à l'origine anodine et qui révèlent des mécaniques bien complexes du langage en général.
:) merci !

17 novembre, 2006 16:09  
Blogger Jean Véronis a écrit...

C'est gentil, Jedi, qu'avec toi soit la force des mots !

17 novembre, 2006 17:03  
Blogger all a écrit...

Pour le "blue jean" j'ai une autre étymologie : Toile de Nimes (denim) au bleu de chine(prononcer avec l'accent du texas). Bleu de chine s'utilise encore de nos jours et viendrait de bleu de chêne (une teinture).
Je ne suis pas du tout sur de ce que j'avance.

Sur ce je vous laisse , j'ai une excellente amie à diner.

17 novembre, 2006 17:32  
Blogger Jean Véronis a écrit...

All> Tiens, il faudrait que je fasse un billet sur ça. Peut-être ce week-end, si j'ai le temps (je n'ai jamais qu'une soutenance de thèse demain et le rapport d'un autre thèse à faire pour lundi matin... aargh...) !

Une excellent amie à dîner -- Anthropophage ? Moi, j'ai une dinde à dîner (mais pour Noël uniquement)...

17 novembre, 2006 19:12  
Anonymous Port-Royal a écrit...

Georges Gougenheim pouvait construire ainsi ses cours de sémantique en Sorbonne sur une expression ou une phrase entendue dans le métro parisien… Son histoire des «Mots français dans l’histoire et dans la vie» et son «Étude sur les périphrases verbales de la langue française» - où il traite à plusieurs reprises des périphrases employant le verbe ALLER - demeurent des ouvrages précieux.

All > Étant originaire du sud languedocien, je confirme avoir entendu couramment «bleu de Nîmes» comme source du «bleu denim». Je suis dans l’incapacité à l’instant de certifier que l’étymologie est exacte, mais - sans que cela ait un rapport - je n’oublie pas que l’origine la plus communément admise du nom de la ville de Montpellier toute proche est «montagne aux pastels» (alors que les vieux Montpelliérains l’appellent familièrement «lou Clapas», le tas de cailloux…).
En revanche, vous devez faire erreur sur l’origine de «blue-jeans». L’origine Gênes>jean est certifiée en anglais depuis la fin du XVe siècle, Gênes étant alors célèbre pour son industrie textile et particulièrement pour sa futaine. On remarquera seulement que la graphie anglaise de ce nom de port fut aussi variable que la graphie française avant le XVIIe siècle. Toutefois cette graphie anglaise fut toujours dépourvue de -s final, alors que la graphie américaine plus tard emprunta à la forme française qui, elle, incorporait le -s final. D’où la double forme aujourd’hui «blue-jean»/«blue-jeans» dans laquelle la marque en -s n’a rien d’un pluriel puisqu’il est étymologique…

19 novembre, 2006 17:40  
Anonymous typex a écrit...

Vous proposez un lien pour vous écouter dans l'émission de C. Nivez. Hélas ! le lien vers le fichier Windows® media audio sur un serveur Europe 1 ne mène nulle part.

J'en profite pour attirer votre attention sur deux petits détails, des petits riens, qui m'ont étonné lors de ma lecture attentive de votre article, vous en tant que sachant, moi en tant que lecteur.

Vous écrivez challenge entre guillemets. Chalenge (avec un seul L) est un mot français depuis le 12ème siècle, seule son orthographe est devenue anglaise et contestable. Pourquoi ne pas avoir choisi le mot défi ? (pardon si je n'ai pas su discerner l'ironie entre vos guillemets!)

Enfin, corrigez vite "Mais ça peut-être aussi" dans l'avant-dernier paragraphe. Cela est très dérangeant dans votre discours, dans le discours d'un professionnel du langage comme vous.
Cela soit écrit sans aucune malice car j'aime votre blog, découvert grâce à Europe 1, et j'y reviendrai souvent.

19 novembre, 2006 22:52  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Typex> Pour moi le lien marche, je viens de tester sur un mac et sur un PC. Mais il faut avoir WindowsMedia Player (ou peut-être le serveur était momentanément en panne chez Europe 1?).

Challenge est avec deux l dans le TLF. Je ne suis pas allergique aux angliscismes, surtout quand nous leur avons donné le mot, qui nous revient. Un prêté pour un rendu ! Le sens n'a même pas été changé, puisqu'il signifiait entre autres "défi" au XIIe (plus loin, ça vient du latin calumnia, accusation fausse, qui a donné aussi calomnie). Il est vrai que le sens "défi" avait été mis un peu en suspens. Les anglais nous l'ont mis en quelque sorte au frigo... C'st donc à mon avis un faux angliscisme, mais j'ai quand même mis des guillemets pour ne pas (trop) choquer les purpuristes ;-)

Merci pour la coquille dans "peut-être" !

19 novembre, 2006 23:06  
Anonymous Ness Laurent a écrit...

"Comment faisons-nous ? Mystère"

Ce qui est extraordinaire c'est surtout que le mécanisme est simplissimme.

Le locuteur s'adresse à son interlocuteur dans un ensemble global de savoirs supposés.
La journaliste réduit en escamotant des informations car elle fait l'hypothèse que l'auditeur comprendra la phrase en question.

Pour que cette phrase soit comprise par une bécane il faudrait qu'elle ait une expérience des échanges communicationnels et des faits vécus aussi large que les personnes qui échangent dans notre cas.
Il suffit d'éduquer la machine par des millions d'informations factuelles. Lui donner un champ d'expérience vécu.

Mais" quel intérêt à faire ça ?

20 novembre, 2006 11:54  
Anonymous Simay a écrit...

Toujours très bien écrit, je me délecte à chaque nouveau billet (en particulier lorsque ceux-ci partent à partir d'une phrase prise au cours d'une conversation aussi anodine soit-elle)...

20 novembre, 2006 23:44  
Anonymous Mérinos a écrit...

"Votre orthographe m'a interpellé".

J'ai noté une orthographe plutôt défaillante de ce verbe qui garde toujours ses deux "L" quels que soient la personne et le temps qu'on lui affecte et que l'on prononce à tort, il me semble, comme le verbe "Peler".

Voilà, voilà...

21 novembre, 2006 13:47  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Mérinos :

http://www.sdv.fr/orthonet/pages/informations_p2.html

21 novembre, 2006 14:21  
Anonymous naarjuk a écrit...

"mon déjeuner m'appelle".

Et si c'était vrai???
Je veux dire, pourquoi pas un peu de perverse anthropophagie...

21 novembre, 2006 19:59  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Naarjuk> Succulent (si je puis dire !). Comme quoi la moindre phrase cache des interprétations insoupçonnée !

21 novembre, 2006 20:06  
Anonymous Mérinos a écrit...

Si on nous supprime tous les chaussetrappes de la langue française, où va-t-on ?

Le Mérinos aurait mieux fait de s'occuper de ses ognons et éviter ainsi de dire des imbécilités...

Allez, je m'en vais boire un verre de ponch pour oublier tout ça...

22 novembre, 2006 10:14  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Mérinos> Tant qu'on n'enlève pas l'H à l'humour, tout ira...

22 novembre, 2006 11:37  
Anonymous MBt a écrit...

Au cours d'un reportage TV j'ai vu un photographe avec écrit "PRESSE" dans le dos et j'ai tout de suite pensé à cet article...

27 novembre, 2006 11:01  
Anonymous Vincent a écrit...

Moi c'était hier, passage au resto avec des amis. Le serveur arrive. "Le steak tartare?" Et un de mes amis de répondre: "C'est moi!"

01 décembre, 2006 15:40  
Anonymous Anonyme a écrit...

excellent !

04 décembre, 2006 08:44  
Anonymous Zwin a écrit...

bonsoir à tous
un an après "All", je confirme avoir entendu en 69 dans le Wisconsin que blue jean viendrait de bleu d'chine, ceci d'après une véritable encyclopédie vivante, un descendant de l'ancienne Louisiane (avant Napoleon, cela allait du Golfe aux grands lacs et à l'Oregon) : au 19e siècle, les cowboys, manoeuvres, fermiers, etc, mettaient des bleus de Shangaï, communément appelés "bleus d'chine". Autres correspondances du même genre : dixieland = pays de ceux qui paient avec des billets de DIX piastres, barbecue = barbe au cul (mise à la broche d'une chevrette qui se prenait la broche de la barbichette au ...).
Au plaisir d'en decouvrir d'autres.

30 janvier, 2008 21:41  

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jeudi, novembre 16, 2006

2007: La cheftaine

Jean Plantu nous fait un superbe clin d'oeil à la Une du Monde d'aujourd'hui, en dessinant MAM en Guide de France :


Quand nous avons bouclé Combat Pour l'Elysée en juin dernier, nous étions tous un peu sous pression, et la dernière ligne droite nous a fait tirer la langue : il fallait absolument livrer le manuscrit avant l'été. La mise en page s'annonçait assez complexe et il y avait les vacances au milieu (d'ailleurs Le Seuil a fait un travail magnifique, pour un prix très raisonnable, si on compare à la flopée de livres politiques tapés au kilomètre sur du mauvais papier et qui coûtent souvent plus cher...).

Plantu nous a donné de superbes dessins, mais celui de MAM était un peu neutre, pas le temps de faire mieux. Notre chapitre sur MAM a visiblement cheminé dans sa tête pendant l'été. Nous l'avions intitulé «La guidouille», le surnom familier des Guides (une idée de Louis-Jean), en faisant remarquer que depuis quelque temps elle est «Toujours prête» (mais personne ne l'appelle jamais).

Bravo Jean, superbe ! S'il y a une deuxième édition :-) on remplacera le dessin de MAM par celui-ci...

Et décidément, ce petit livre de rien du tout commence à être influent : Raphaëlle Bacqué titre sa double page sur MAM dans la même édition du Monde : La cheftaine...

Je parie que ça va lui coller à la peau, cette histoire de Scouts. Comment se créent des images (aux deux sens du terme !)...

N'oubliez pas d'aller faire un tour sur le site de l'extraordinaire Jean Plantu : www.plantu.net.

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7 Commentaires:

Anonymous Dominique a écrit...

Pourquoi Jean Plantu ? Il n'a jamais signé ainsi, mais Plantu et son nom complet est Jean Plantureux, comme celui de Cabu est Marcel Cabut ou celui de Siné Robert Sinet.

16 novembre, 2006 16:54  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Contamination. On a tendance à l'appeler comme ça, mais c'est vrai que ce n'est pas ça signature officielle, c'est Plantu tout court...

16 novembre, 2006 16:57  
Anonymous ororea a écrit...

Un comentaire de Pierre Assouline sur Combats Pour l'Elysée
http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/

16 novembre, 2006 16:58  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, j'ai vu, merci ! j'ai laissé un petit mot, là-bas. En fait, c'est le contraire, ce n'est pas ce blog qui a donné le livre (il n'y a presque rien de commun), mais le contraire, c'est le livre qui a donné un blog (ici) ! Mais son billet était très sympa (et élogieux) : toujours bon pour l'ego !

16 novembre, 2006 17:03  
Anonymous Airyn a écrit...

Une petite erreur s'est glissée dans votre commentaire : "pour pas un prix très raisonnable" est une expression un peu déroutante. Je suppose que vous vouliez dire 'pour un prix raisonnable'...

17 novembre, 2006 09:43  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Airyn> Merci! Effet "traitement de texte" : j'avais écrit "pour pas très cher", et puis j'ai corrigé seulement la moitié...

17 novembre, 2006 09:51  
Anonymous Anonyme a écrit...

Un petit rectificatif pour Dominique (du 16 nov) :
Cabu (dont le travail est actuellement présenté à la bibliothèque de Châlon-en-Champagne) ne se prénomme pas Marcel mais Jean et est en fait, le fils de Marcel Cabut, "peintre du dimanche" dont une oeuvre se trouve également en ce lieu.
Sinon, je suis allé voir votre blog que je trouve très intéressant.

24 janvier, 2007 19:39  

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mercredi, novembre 15, 2006

Bayrou: Révolution orange

Normalement, ma spécialité c'est plutôt les mots, mais ces temps-ci je m'intéresse aux couleurs. Parfois elles parlent aussi. J'ai déjà évoqué le blanc et le bleu mariaux de Ségolène Royal, le rouge qui vire à l'arc-en-ciel chez Olivier Besancenot ou au vert chez Arlette Laguiller... Les temps changent, les couleurs aussi. Alors, mon oreille a fait tilt quand j'ai entendu le député Maurice Leroy lancer au récent conseil national de l'UDF :

Ensemble, nous allons faire la révolution orange !
Cette allusion à la révolution ukrainienne m'a beaucoup étonné. On se souvient de cette révolution «de velours» où des milliers de manifestants ont bravé le froid et la neige, arborant écharpes et drapeaux orange, pour imposer le changement à un pouvoir cynique et corrompu.

Simple jeu de mot de circonstance ? Le décor du conseil de l'UDF était effectivement orange (voir ici)...

Vous avez dit orange ? J'en étais resté à l'UDF bleue moi... Je me suis précipité sur le site Web (ici) et que vois-je ? un site tout orange ! Des oranges bleues ? Non, même pas. Orange vif. Et en cherchant sur le Web, je m'aperçois que tout le matériel de campagne de l'UDF est de la même couleur (logos, tee-shirts, etc.). Plus fort encore : le journal des jeunes UDF de Sciences Po s'appelle... Révolution orange.

Intrigué, j'ai mené ma petite enquête : le passage du bleu à l'orange s'est fait un peu avant la révolution ukrainienne, et c'est donc au départ une coïncidence. Il faut dire que les couleurs libres en politique ne sont pas légion ! Il y aurait peut-être eu le violet, mais comme c'est un mélange de bleu et de rouge, ça aurait fait jaser...

J'ai interrogé Thierry Rochas du bureau national de l'UDF, qui me dit que Bayrou s'est tenu très au courant en appelant régulièrement l'Ukraine durant la révolution orange, et il ajoute :
Nous avons tous été fascinés par les images de l'Ukraine. Elle sont pour moi aussi fortes que la chute du mur en 89 sauf que nos jeunes n'ont pas vécu cette “révolution” là. A peine avaient-ils l'âge de Tienanmen... Les images chocs d'aujourd"hui sont le “petit livre rouge” d'hier...
Comme quoi, une simple coïncidence peut engendrer de sacrés symboles !

Et une révolution, même orange, ça a quand même plus de gueule qu'une rupture, non ? Quand on parlait d'extrême-centre dans le livre...

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2007: Et Bayrou ?

A la lecture de mon billet sur la présence des trois candidats socialistes dans Presse 2007 on me demande : et François Bayrou ? Son coup de gueule contre les médias et sa croisade contre leur collusion avec les groupes industriels clients de l'Etat (accrochage avec Claire Chazal le 4 septembre, entrevue musclée avec Le Lay et Mougeotte, etc. -- voir par exemple chez John Paul) ont-t-il eu un effet ?

La réponse est oui, mais pour pas longtemps. Les médias ont parlé de son coup de gueule début septembre et depuis, retour au calme plat :



J'ai extrait la totalité des statistiques par formation politique, depuis le 31/7, date de démarrage de Presse 2007 :


Bayrou est cité dans 6,1 % des articles de politique française, contre 70,2 % pour l'UMP et 45,2 % pour le PS. Plus étonnant, la «gauche anti-libérale» (Autain, Besancenot, Bové, Buffet, Laguiller) est clairement la troisième force de la politique française pour la presse nationale. Un cas sans doute unique en Europe. L'extrême-droite est quatrième avec 9,3%.

Ce n'est pas à moi de commenter, mais on ne peut guère donner tort à François Bayrou lorsqu'il dit que les médias sont obnubilés par le couple UMP-PS. Est-ce raisonnable dans une démocratie moderne ? A chacun de voir. Il est probable que sur Internet les proportions sont radicalement différentes. La rumeur dit que Bayrou y monte très fort... Les blogs rejoindraient-ils son combat contre les médias traditionnels ?


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8 Commentaires:

Anonymous Fred., de L. a écrit...

Merci pour l'analyse complémentaire. Ce n'est pas "l'encéphalo plat" non plus, mais c'est faible. Par rapport à ce qu'on parle de lui sur la toile, c'est vrai que sa couverture semble faible.

15 novembre, 2006 11:39  
Blogger Loran Bernardi a écrit...

Bonjour
merci pour ces analyses.
J'aurais une question un peu hors sujet en passant.
Pourquoi écrivez-vous écolos et pas écologistes?

C'est le coté fumeur de joint babas des années 70 qui reste ancré?
Ou bien c'est parceque cela reste un sujet qu'on a toujours du mal a prendre au sérieux...

Ma question n'est pas agressive, j'essaie juste de comprendre pourquoi dans la presse (écrite, à l'oral cela revient moins) on le trouve partout.

Alors que les "socialos" sont réservés aux diners arrosés...

D'ailleurs le web est formel,
sur yahoo écolos= 197 000 reponses
et écologistes=595 000 réponses!

La preuve est irréfutable, la presse se trompe !! ;o)

15 novembre, 2006 11:59  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, c'est vrai, ça, j'ai écrit "écolos". J'utilise aussi souvent "socialos". Il n'y a pas de diminutif de ce type pour la droite, me semble-t-il, sauf bien sûr très à droite, les "fachos"... On avait aussi très à gauche, les "gauchos", mais c'était il y a longtemps. Il paraît que ce sont maintenant des "anti-libéraux" Anti-libéros?

Il va falloir que j'analyse tout ça, merci!

15 novembre, 2006 12:03  
Blogger FreeCorp a écrit...

Pour vérifier la rumeur de "montée" de Bayrou sur le net et les blogs, on peut essayer de superposer les courbes de Presse 2007 à celles du Nébuloscope et de Technorati (pour les mots clés sarkozy, ségolène, bayrou). Voilà ce que j'obtiens vite fait à la main : Bayrou semble en effet faire un peu plus parler de lui sur le net et les blogs, mais pas de façon ahurissante non plus, et Ségolène est plus représentée dans les blogs, par rapport à la presse, depuis un mois (elle vient d'y dépasser Sarkozy alors que ce n'est pas le cas dans la presse).

15 novembre, 2006 15:29  
Anonymous Farid Taha a écrit...

Sur le web Bayrou a effectivement un meilleur accueil que dans la presse traditionnelle mais il ne faut pas se leurrer la campagne n'est pas encore commencée... ça se met en place certes mais les 100.000€ dépensés/mois par l'UMP depuis quelques mois vont bien servir à quelque chose un jour...

15 novembre, 2006 19:14  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Freecorp> Bravo, bien vu !

Je crois que c'est difficile de comparer directement les chiffres concernant les blogs, parce qu'il y a des blogs de différents types. L'UMP et le PS on mis en place de véritables "blog-farms" (si je puis me permettre d'inventer ce mot en référence aux "link farms" des spammeurs!). Le contenu est souvent répétitif, on sent que les militants s'y collent à la chaîne... Ca ne dit pas forcément grand chose sur le capital sympathie de la blogosphère. Il faudrait analyser ce qui se dit, mais c'est plus difficile !

15 novembre, 2006 19:21  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Farid> C'est vrai que la campagne n'est pas commencée ! Parfois on oublie...

15 novembre, 2006 23:03  
Anonymous Fred., de L. a écrit...

La campagne n'a pas commencée. Certes. Mais on est en bonne voie tout de même. Là, je sens une effervescence, un ensemble de personnes qui analysent les choses de la même façon, clairement à contre-courant du reste du flot. Comme lors du TCE. L'opinion d'un certain nombre de blogueurs est en train de se construire, au sens noble du terme. En 2005, la construction la plus poussée et la plus convaincante était celle d'Etienne (Chouard). Cette fois, j'ai la sensation que cette opinion aura moins besoin de se chercher. La politisation forte des blogueurs est passée par là.

Bon.

Et Bayrou et les courbes de FreeCorp. Ce qui me semble intéressant, c'est le différentiel entre "citations dans les blogs" et "citations dans la presse". Ce différentiel est positif et élevé (en proportion) pour Bayrou, et moins représentatif (en % tjs) pour les deux autres. Enfin... s'il fallait analyser les courbes, cette piste me semblerait pertinente. La courbe dir.com, elle ressemble à la moyenne mobile de la courbe technorati. Amusant.

16 novembre, 2006 15:13  

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mardi, novembre 14, 2006

Royal: Cuisine interne

Vous avez adoré notre encadré sur les éléphants qui font «machos nuls» dans Combat pour l'Elysée (p. 111) :

  • Laurent Fabius : « Mais qui va garder les enfants ? »
  • Henri Emmanuelli : « Je vais ajouter une balle de plus dans le fusil de chasse. »
  • Jean-Luc Mélanchon : « La présidence de la République n'est pas un concours de beauté. »
  • Michel Charasse : « Voyez la mère Merckel? Poum dans le popotin ! »
  • Jean-Paul Huchon : « Etre président de la République est un vrai job. »
La grande classe.

Mais Ségo elle-même en ajoute une à la liste, apparemment à propos du récent débat socialiste :
  • Dominique Strauss-Kahn : « Elle aurait mieux fait de rester chez elle au lieu de lire ses fiches cuisine ».
Elégant, n'est-ce pas ? Ils ne peuvent pas s'en empêcher...

La vidéo est sur LCI.

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2007: Les candidats socialistes dans la presse

A la veille du vote au sein du PS, il m'a paru intéressant d'observer le traitement des trois candidats à la candidature par la presse nationale, à l'aide de l'outil que j'ai développé cet été, Presse 2007, qui analyse en temps réel les articles de politique nationale de Libération, L'Humanité, Le Monde, Le Figaro, Les Echos et Marianne 2007.


Nicolas Sarkozy est toujours en tête de tout le personnel politique, mais son score s'est quelque peu affaissé (il reste néanmoins cité dans tout de même 50% des articles), et Ségolène Royal le talonne de très près, ce qui est une intéressante performance puisque les membres de l'exécutif ont un avantage objectif : on est appelé à mentionner le ministre de l'Intérieur dans de nombreux dossiers pas nécessairement (directement) liés à la présidentielle.


Plus étonnante sans doute est la remontée de Laurent Fabius, qui, comme Dominique Strauss-Khan, était parti d'assez bas à la fin de l'été, mais se situe désormais à la troisième position, devant Dominique de Villepin et Jacques Chirac (qui bénéficient aussi de l'avantage médiatique de l'exécutif). C'est sans doute lui qui a le plus profité du débat socialiste (du moins en termes de présence médiatique), mais DSK n'est pas loin. On notera d'ailleurs l'extraordinaire similitude des courbes de Fabius et DSK, qui sont presque superposées : lorsque la presse parle de l'un elle a aussi tendance à parler de l'autre, comme des frères ennemis.

Reste à savoir ce qui se passera après jeudi soir. Jack Lang, lui, est parti rapidement aux oubliettes de la presse...


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3 Commentaires:

Anonymous Eric C. a écrit...

Il serait intéressant d'avoir les courbes heure par heure pour la journée de jeudi ... et de vendredi aussi :)

15 novembre, 2006 00:46  
Anonymous Yves-Marie Cann a écrit...

Il ausssi très intéressant de tester la corrélation entre les courbes obtenues par chaque candidat. Il apparaît notamment qu'une forte proportion d'articles se référant à Nicolas Sarkozy se traduit par une attention moindre à Ségolène Royal. Cela se vérifie-t-il pour d'autres candidats ?

15 novembre, 2006 10:02  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Effectivement, alors que Fabius et DSK sont quasi-superposés (on en parle ensemble), Royal et Sarkozy on tendance à être un peu en distribution complémentaire. Un peu comme si la presse ne pouvait mettre qu'un sujet au premier plan à la fois. C'était déjà le cas avec le CPE qui éclipsait la grippe aviaire...

Ce serait intéressant à étudier en détail. Peut-être quand Ségo sera élue et que je resterai 35h à la fac ;-)

15 novembre, 2006 10:11  

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dimanche, novembre 12, 2006

Lexique: Un duo de duels

François Bayrou vient de clore le Conseil national de l'UDF. Il fustige Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : « L’un va avec l’autre : c’est toujours la même manière de flatter l’opinion, de la caresser dans le sens du poil, de la dresser contre l’autorité, au lieu de la restaurer dans sa responsabilité, dans son intelligence, et dans sa conscience.» Et il conclut par une phrase qui a été reprise sur les télés : «Ces deux candidats prétendument rivaux, ils ne sont pas un duel, ils sont un duo» (voir intégralité du discours ici).

J'ai trouvé cette phrase très intéressante. Le jeu sur les phonèmes cache un autre jeu, sur le sens et l'étymologie. La plupart des gens pensent sans doute plus ou moins confusément que duel et duo ont la même origine. Des avatars du nombre deux : un duo c'est deux personnes, et il faut bien deux personnes pour avoir un duel.

Faux : si le mot duo vient bien du latin duo (deux), par l'intermédiaire de l'italien, le mot duel n'a rien à voir. Il provient du mot latin duellum, qui signifiait guerre, combat (pas forcément à deux !). Duellum s'est déformé en latin, et a donné bellum. D'où nos modernes belligérants belliqueux.

On ne sait pas trop pourquoi le mot duel a pris le sens de combat entre deux personnes, mais c'est vraisemblablement une de ces contaminations étymologiques dont je suis friand : un rapprochement phonétique avec le mot... duo ! François Bayrou est agrégé de lettres classiques et connaît donc parfaitement son latin. Au-delà du mot d'esprit, il nous fait probablement un clin d'oeil de lettré. A croire qu'il veut nous donner du matériau pour notre prochain livre !

Mais attention : un duel peut en cacher un autre. Il y a bien un deuxième duel en français, celui qui exprime la dualité (il est vrai qu'il a tendance à être remplacé par dual). Celui-là provient bien de duo...

Voilà, le duel était duel ; c'est simple comme deux duels font quatre mousquetaires.


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samedi, novembre 11, 2006

Royal: La boulette

Les éléphants attendaient désespérément la boulette, l'énorme boulette qui déconsidèrerait enfin Ségo aux yeux des militants. Rappelez-vous comme ils se sont jetés comme un seul homme sur son histoire d'encadrement militaire au mois de juin... Ils se frottaient les mains, croyaient que ça y était. Rien n'y faisait : elle sortait les énormités les plus énormes (du point de vue de l'orthodoxie socialiste, bien sûr), et les sondages continuaient à grimper.

Mais elle vient peut-être de la faire cette boulette tant attendue. Ou du moins, elle l'a faite il y a une dizaine de mois, mais un cybercorbeau la lui ressort opportunément quelques jours avant le scrutin. La vidéo où elle critique les enseignants et propose qu'ils fassent 35 heures au collège -- en disant vouloir cacher cette proposition aux syndicats -- a fait le tour d'internet en moins de... 35 heures. 100 000 téléchargements. Il est intéressant de remarquer que, comme pour l'achat des mots clés douteux sur Google par l'UMP, l'affaire est partie des blogs, la presse l'a reprise ensuite à son compte (voir histoire de la propagation ici). Cette gaffe monumentale pourrait bien lui être fatale, quand on sait que les enseignants sont assez largement représentés au PS ! Attaquer les éléphants, passe encore, mais on ne touche pas impunément au mammouth.

Prémonitoire ? Ségolène Royal avait fait sa déclaration de candidature à la candidature sur la chanson La Boulette de Diam's en avril 2006 sur Canal+... Ca ne s'invente pas.

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Lexique: Cybercorbeau

On s’attendait à une charge des éléphants, mais il semble que, pas très courageux, ils aient envoyé les singes semer des peaux de banane… Tout le monde a entendu parler de cette vidéo où Ségolène Royal tient des propos fort embarrassants sur les profs (qui paraît-il constituent une bonne partie des militants du PS), vieille de dix mois, mais qui sort fort opportunément à quelques jours du vote. Certains mènent l’enquête, et il paraîtrait que le corbeau se situerait dans l’entourage de DSK. Vrai, faux ? Info, intox ? En tous cas, la droite ne semble pas avoir le monopole des coups tordus ! Juste le désordre



On n’avait pas reparlé de corbeau depuis l’affaire Clearstream, n’est-ce pas ? En voyant ce terme réapparaître ces jours-ci, je me suis dit qu’il faudrait dire «cybercorbeau». Quelqu’un qui dénonce, mais par voie électronique : e-mails, commentaires sur les blogs, et maintenant vidéos, on n'arrête pas le progrès. Tous anonymes, bien sûr, c’est le propre du corbeau. J’étais tout fier de mon invention, mais par acquit de conscience, j’ai tout de même vérifié sur Yahoo. Flûte ! Le mot existe déjà. Oh, il n’a pas été beaucoup utilisé : 28 résultats, et en regardant bien, sans les doublons, il y a moins d’une dizaine d’occurrences véritables. Le Web est décidément un peu comme la bibliothèque de Babel de Borges [es, fr], où tout ce qui a été écrit mais aussi tout ce qui pourra l’être, figure quelque part en rayon (voir projet de numérisation).

Avez-vous remarqué que ce préfixe cyber-, que l’on accole à un mot pour signifier « sur le réseau » (cybercafé, cybertravail, cyberprofs, cybersexe, etc.), est quelque peu étrange ? Kubernan en grec signifiait gouverner, piloter. Cyber est une déconstruction de cybernétique, mot proposé (en anglais : cybernetics) par Norbert Wiener en 1948 pour désigner l'étude des processus de contrôle et de régulation chez les êtres vivants et les automates.

Le mot est tombé en désuétude, mais il a été redécoupé, et cyber a pris un nouveau sens, au départ lié à l’idée d’informatique, d’automatique, et puis très rapidement à celle de réseau. Paradoxal : ce qui caractérise Internet, c’est justement la décentralisation extrême, l’absence de gouvernement, contrairement à l’informatique centralisée des années 60 (popularisée par le fameux HAL de 2001, L’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick).

Et tout ça me rappelle que je ne vous ai jamais raconté la fin de mon histoire sur la langue des corbeaux… Allez, un de ces jours, promis !


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9 Commentaires:

Blogger all a écrit...

D'ailleurs monsieur Véronis (weird on ice ?) vous feriez bien de vous méfiez de certaines personnes qui disent certaines choses, et ce jusque dans votre entourage le plus proche depuis votre retour d'une ile méditerranéenne avec qui vous savez.

Quelqu'un qui vous veux du bien


ARrrRRkkk

11 novembre, 2006 12:14  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Ciel, un corbeau !

11 novembre, 2006 12:16  
Anonymous Bcc a écrit...

Le féminin d'éléphant n'est pas gazelle ...
Voire l'entourage de Royal pour trouver les éléphants : Mauroy, Lang, Hollande, Rebsamen ... mais c'est des tout jeunes ça !

12 novembre, 2006 22:30  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Sans compter que Ségo a commencé avec Mitterrand...

12 novembre, 2006 22:44  
Anonymous Anonyme a écrit...

Mots clés de Google : si vous tapez "enseignant" ou "enseignants", regardez la première pub à droite !

13 novembre, 2006 10:15  
Blogger MC a écrit...

Un lien vers le blog du Loïc Le Meur de la gauche de gauche : http://essaisconcepts.blogspot.com

14 novembre, 2006 11:34  
Anonymous RichardB a écrit...

Les "corblogs" (©RichardB) volent bas ces derniers temps ;-)

14 novembre, 2006 14:07  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Corblogs ! Excellent...

Je vois déjà une fable se dessiner sur la Toile : Le corblog et le chat-rognard...

14 novembre, 2006 14:22  
Anonymous Alphoenix a écrit...

On ne dit plus webcam, on dit cyber-caméra... C'est moche... on devrait dire "caméra de l'internet pour mettre sur l'ordinateur et que l'on peut me voir même aux États-unis"

14 novembre, 2006 20:53  

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vendredi, novembre 10, 2006

2007: Désordre juste

Il y avait eu l'ordre juste de Ségolène, perçu comme «juste l'ordre» par le bras droit de DSK, Cambadélis, mais revendiqué par Sarkozy, qui bien sûr l'aurait inventé, comme je le racontais l'autre jour. Ségo rétorquait : Sarko c'est le désordre injuste, et je concluais qu'en attendant au PS (voir les huées, les coups tordus, etc.), c'est juste le désordre...

Il manquait une expression dans cette combinatoire linguistique : désordre juste. C'est Edouard Fillias, le tout jeune candidat d'Alternative Libérale (27 ans), qui vient de la faire. Exemple de proposition qui relève du «désordre juste» : le démantèlement souhaité de la Sécurité sociale. A côté Sarko est un dangereux gauchiste. Pourtant, cette expression a un petit goût anar, si on y réfléchit. Ferré ou Brassens ne l'auraient peut-être pas reniée -- sans lui donner exactement le même sens, à mon humble avis. Mais justement, je lis sur le blog de Fillias, un papier qu'il fait sur... Brassens. Il écrit sans se démonter :

Brassens est probablement un passionné de la liberté : s'il avait fait de la politique, est-ce que je peux oser dire qu'il aurait pu adhérer à Alternative Libérale ?
Hmm. Les sismographes ont entendu comme un retournement sous la terre. Epicentre : le cimetière de Sète.

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Sego: Madonna et la Madone

Tout le monde sait que Ségolène Royal a été surnommée la Madone (c'est par exemple le titre du livre de Marie-Eve Malouines et Carl Meeus aux Editions Fayard, La Madone et le Culbuto). Il faut dire que l'image est belle : la vierge vêtue de blanc aux accents maternels... Vous allez dire que je vois décidément la politique en couleurs ces temps-ci, mais avez-vous remarqué que sur son site, Désirs d'avenir, il n'y a ni rose, ni rouge? Rien que du bleu. Ca ne vous dit rien le bleu ? C'est la couleur de la Vierge, de la Madone, la vraie.

Entre madones, on s'entraide : la Madone du rock, Madonna, déclare dans Paris-Match que Ségolène «a de la classe». Elle semble plutôt voir d'un bon oeil une éventuelle victoire de la Madonne du PS :

Dans beaucoup de pays comme le Chili ou l'Allemagne, les femmes ont déjà pris le pouvoir, je ne vois pas pourquoi la France échapperait à cette évidence. Le monde se porte mieux depuis qu'il y a plus de femmes au pouvoir. Une femme présidente en France, ce serait logique.
Coïncidence : Nancy Pelosi, femme, et «issue de l'immigration» en plus, devient numéro trois des Etats-Unis, tandis qu'Hillary Clinton se hisse (à coups de dollars) au rang de prétendante à la magistrature suprême. Quant à la droite française, elle essaie d'arroser le chêne de MAM pour contrer Sarko... Il y a comme un souffle mondial : la femme pourrait bien être l'avenir de l'homme politique.

N'en déplaise aux machos nuls.

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jeudi, novembre 09, 2006

2007: La faucille et le maillet

Nous vous parlons beaucoup des mots. Aujourd'hui il sera question des images. Vous avez peut-être vu le site de campagne d'Olivier Besancenot. Ca clignote dans tous les sens, il y a des jeux, et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel (un peu de rouge mais pas trop). On se croirait sur le site de TF1 (il ne manque que les pubs pour Mac Do). Les temps changent. Fini le graphisme austère et monochrome de Rouge, le journal de la LCR. Et ne cherchez pas la faucille et le marteau, ils n'y sont pas. Vous aurez tout au plus un maillet dans la rubrique Jeux, avec une activité extrêmement subversive : le défouloir anti-droite. Vous tapez avec un maillet virtuel sur la tête à Sarko, Villiers ou Le Pen et vous gagnez des points (mais je ne suis pas sûr qu'avec une telle dialectique subtile, eux en perdent). Moi j'aurais mis un piolet pour taper sur Trotsky. A moins qu'il ne soit déjà mort : si vous cherchez trotskyme ou trotskisme sur le site, vous aurez un écran vide...

Les temps changent. Si vous voulez vraiment un marteau et une faucille, il n'y a plus que l'indéboulonnable Arlette. Mais bon, son site est vert ! Est-ce qu'elle draguerait Nicolas Hulot, elle aussi ? Je la vois bien faire campagne en montgolfière. Ce serait une vraie révolution.

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mercredi, novembre 08, 2006

Télé: Culture Club

Aujourd'hui je n'écrirai pas. A la place, je vous parlerai dans la petite lucarne du Culture Club sur France 4 (22h15 - 23h15), où Stéphane Blakowski et Alexis Tregarot ont eu la gentillesse de m'inviter pour présenter le fameux livre...



On a tourné dans le nouveau club à la mode, le Paris Bodega. Je ne suis pas un grand fan de ces lieux branchés (je préfère l'air de la campagne aixoise et la compagnie des chevaux...), mais j'ai bien aimé le plateau, où se trouvaient deux autres amoureux des mots :

Rachid Taha (comment le définir? raï, rock, chaabi...), dont la reprise de Douce France, distribuée à l'Assemblée Nationale en 1986 avait fait pas mal de bruit :



et le slammeur Abd al Malik (superbes paroles) :



J'adore (les deux).

Bavarder avec eux en coulisse était un moment de bonheur pour le linguiste que je suis. Il n'y a pas que le foot : le français aussi est black-blanc-beur. Et il est beau.

11 Commentaires:

Anonymous Baldi a écrit...

J'ai vu Abd Al Malik seulement accompagné d'un piano chez Taddei sur F3, un soir, c'était d'une force extraordinaire. Le public semblait littéralement scié.

Quand à Rachid Taha c'est certainement l'un des musiciens français les plus inventifs du moment, mais les médias le réduisent trop souvent à ce qualificatif de "rocker arabe" quand ce n'est pas "chanteur de raï". Il est tout sauf ça, j'espère qu'un jour on prendra vraiment en compte toute l'étendue de son talent.

09 novembre, 2006 15:11  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, là c'était pareil. Abd al Malik était simplement accompagné d'un piano. Très fort. Et quant à Rachid, c'est vrai qu'on aime bien mettre les gens dans des boîtes. Il me semble marier toute sortes d'influences sans entrer dans aucune boîte. Deux très grand talents.

09 novembre, 2006 16:18  
Anonymous Amazone a écrit...

Je vais acheter "Gibraltar" et l'offrir aussi... Je ne le connaissais pas à l'inverse de TAHA, mais il me séduit tout autant. Merci pour la découverte ;_)

09 novembre, 2006 17:09  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Amazone> Moi aussi, j'ai été conquis par Abd al Malik ! Et le gars est cultivé, licence de philo et tout et tout, vous parle de Camus et de Sartre... Elle est belle notre douce France.

09 novembre, 2006 20:42  
Anonymous Anonyme a écrit...

Très bonne cette émission ! Je ne vais plus trop hésiter avant d'acheter votre livre. Mais juste une petit réflexion... Faites attention ! Votre blog devient un peu comme ceux des hommes politiques, c'est à dire un agenda...

10 novembre, 2006 14:12  
Anonymous Ahmed a écrit...

Moi aussi j'adore ces artistes d'ailleur; je ne supporte plus d'ouvrir un bouquin d'histoire de ce pays et de n'y voir que des faces de craie partout dans la culture, la politique, l'économie... Franchement la France d'aujourd'hui Black-blanc-Beur et vraiment plus belle que la france (moisie) des siècles d'avant.

Cela me fait très plaisir de voir que même sur les blogs d'informatique où, à priori, on n'évoque que rarement ce genre de sujet, certain webmaster ont le courage de faire la promotion de la diversité alors que les mois qui viennent peuvent nous ramener vers les heures sombres de notre histoire où chaque camarade doit alors se faire résistant.

11 novembre, 2006 00:29  
Anonymous Hectare a écrit...

Vous adorez ?

Emploi absolu pour les divinités, commerciales (Dior) ou non... Le marketing des clubs branchés semble en effet bien fonctionner pour Abd al Malik puisque vous le relayez : un rappeur noir avec une licence de philosophie ! Des textes éblouissants ! Nul doute que les conseillers en communication de Dominique Strauss-Khan vont lui conseiller d'acheter "Gibraltar" pour son petits-fils.

Hélas dans tous ses textes, des plus rageurs aux plus censément poétiques, je ne vois qu'un pénible arrangement de rimes et de jeux de mots éculés d'où ne ressort qu'une expression assez creuse, faute de langue.

"Les méfaits de l'expression s'observent dans la pathétique tentative du rap, pris entre l'idéologie de l'expression "je clame ma révolte je sors mes tripes" et un profond besoin de retrouver une langue séparée, reconstituée, autre. Besoin profond mais inconscient de lui-même qui n'aboutit qu'à une fabrication discutable de rimes besogneuses et de rythmes faux. Les révoltes du rappeur sont la plupart du temps convenues. Ses mots et ses phrases font de la peine parce qu'il n'a jamais appris la violence verbale, le lyrisme et l'éloquence. Or cela s'apprend : lisez Bloy et vous le saurez. La véhémence du rappeur, sa rage et sa révolte n'ont en fait pour objet ni le délaissement urbain ni le racisme ni la pauvreté ni toutes les causes qu'il croit exprimer. Ce n'est qu'une rage indéfinie, essoufflée, contre sa propre incapacité à se débrouiller dans la parole." (François Taillandier, "L'autre langue")

C'est lorsque cette langue séparée, cette autre langue, cette langue de l'autre est partagée par tous, enrichie par tous, "blacks-blancs-beurs", qu'elle est belle et qu'elle sert la fraternité. Pas quand chacun en fait son dialecte. Or il faut constater que même chez les étudiants en philosophie, elle n'est plus enseignée...

11 novembre, 2006 09:48  
Anonymous Anonyme a écrit...

"je ne supporte plus d'ouvrir un bouquin d'histoire de ce pays et de n'y voir que des faces de craie partout dans la culture, la politique, l'économie."

Remplacer "face de craie" par "gris", ou "négro", regarder le résultat, juger l'auteur, tout est dit.

11 novembre, 2006 14:50  
Anonymous Anonyme a écrit...

La citation de Taillandier par Hectare montre que ce dernier n'a pris la peine ni d'écouter (ce qui peut se comprendre) ni même de lire les textes d'Abd el Malik, pourtant donnés en liens par M. Veronis.

Hectare sait-il, qu'outre une licence de philo, ce rappeur-là a longuement travaillé avec l'accordéoniste (et quelques autres des collaborateurs de) de Jacques Brel ? Cela s'entend nettement lorsqu'on le voit en concert.

12 novembre, 2006 22:48  
Anonymous Sébastien a écrit...

Je sais que cela remonte à assez longtemps, mais... Dans cette émission, un mot m'a frappé, (le syndrome de la Véronisation m'aurait-il atteint ?)
Le mot "quartier" employé au pluriel. "Les quartiers".

La connotation du quartier singulier (je ne parle évidemment pas de celui de pomme ou de lune, mais bien d'une partie de la ville) m'apparaît plutôt positive, "la vie de quartier", les gens du quartier, pour Paris je pense à Montmartre ou la butte aux Cailles... quartiers anciens et mignons.

Mais "les quartiers", c'est sytématiquement "la banlieue" avec la connotation "la banlieue qui craint", avec ses dangers, etc. Et ça devient presque plus qu'une connotation, mais presque une dénotation.

Et là, j'ai pensé à une autre expression que l'on voit (ou du moins je vois) souvent au pluriel, même si c'est une faute. "Pas de Quartier !" où le quartier est la vie sauve.

Je ne pense pas que l'association d'idée soit effective dans d'autres têtes que la mienne.

Mais pour revenir au départ, ça n'empêche pas que le sens "les quartiers" = "la banlieue qui craint" (et je mets bien la banlieue au singulier, comme si c'était une seule et même chose, comme si tous les quartiers étaient les mêmes) m'intrigue.

PS : Si Jean Véronis a déjà fait une analyse sur ce mot ou dans ce genre, veuillez m'excuser de la redondance, c'est que je ne l'ai pas lue)

22 novembre, 2006 11:18  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Sébastien> Non, je n'ai rien écrit sur la question, mais j'ai noté cette expression. C'est le propre de la langue de bois : pour dire la même chose, ou ne pas le dire d'ailleurs, on change de mots. Il y avait aussi les "cités". Dans ses voeux Jacques Chirac a tenté les "territoires" (il faut dire que les autres mots étaient pas mal cramé après l'automne). Ca m'avait beaucoup surpris (et ça n'a pas "pris" d'ailleurs).

Un mécanisme classique c'est la chute de l'adjectif... On ne dit pas "pourries", "mal famées", pas politiquement correct, et l'absence d'adjectif permet à tout un chacun d'y mettre ce qu'il veut. Mais tout le monde comprend bien qu'on ne parle pas de Neuilly...

22 novembre, 2006 11:48  

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lundi, novembre 06, 2006

Bayrou: Rupture avec la rupture

Je racontais samedi comment les politiques de tous bords se piquent des bons mots et des petites phrases (et semblent largement s'en amuser)... Coïncidence, qui renforce ma démonstration, je lis ce matin dans les Echos une interview de François Bayrou, qui rompt... le silence et nous dit que c'est lui qui a inventé la fameuse rupture :

Question : Revendiquez-vous toujours la « rupture », comme vous l'avez fait l'année dernière ?
François Bayrou : C'est vrai que je suis le premier à avoir employé le mot. Mais le mot est négatif et ambigu. Je suis donc ravi que Nicolas Sarkozy m'en ait débarrassé.
Rompez !

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Lexique: Enquête chypriote (1)

J’ai été quelque peu débordé depuis mon retour de Chypre, mais il faut que je vous raconte. Tout avait commencé d’une manière on ne peut plus classique : soleil, meze, vin chypriote, et le séjour aurait pu se dérouler tout entier dans cette nonchalance méditerranéenne que j’affectionne... C’était sans compter sur la délicieuse Henriette Walter (dont je recommande chaleureusement les livres). J’étais tout fier de mon histoire sur le bronze de Chypre, l’aes ciprium, qui a donné son nom au cuivre, et voilà qu’Henriette me dit qu’en italien la poudre pour le visage se dit cipria. Ce fut dans ma tête comme si Zeus avait sorti son bras des nues et avait fait claquer la foudre sur cette Petra tou Romiou, près de laquelle Aphrodite émergea des flots. Mon beau paysage lexical s’est fissuré tout net, et, le regard perdu au loin sur la mer, j'ai glissé dans des cogitations quelque peu hallucinées, où la belle Aphrodite rejoignait dans un ballet infernal des guerriers grecs en casque d’airain, des prêtres égyptiens à la peau cuivrée, de belles dames de la cour et des poissons rouges géants. Il faut se méfier des linguistes : ils peuvent vous donner des mots de tête. A moins que ce soit la combinaison du soleil et du vin chypriote...



La cipria ! Bon sang, mais c’est bien sûr. La polvere di Cipro, la poudre de Chypre comme on disait aussi en Français à la cour des rois, au temps où les belles dames (et les messieurs) se poudraient les perruques et le visage pour afficher un teint d’albâtre. Où avais-je croisé ce terme ? Alexandre Dumas ? Choderlos de Laclos ? ... Quel rapport entre la poudre de Chypre et le cuivre ? Y en a-t-il un ? Peut-être quelque sel de cuivre de couleur blanche ? Je sais qu’on utilisait (pour le pire !) des sels de plomb en cosmétique, mais je n’ai jamais entendu parler de sels de cuivre. Il faudrait interroger Pline. C’est dans des moments comme ça que je peste d’être né quelques décennies trop tôt, que je rêve aux temps lointains où la bionique nous permettra d’un clic de paupières grâce à nos puces implantées dans le cerveau d’interroger directement le Moteur planétaire, j’allais dire la Matrice. En attendant, il n’y avait même pas l’ombre d’un cybercafé à Paphos et l’interrogation de la Toile devait attendre plus tard.

Mais Henriette me tend un petit morceau de photocopie découpé au ciseau… C’est l’article Chypre dans le Dictionnaire de noms de lieux de Louis Deroy et Marianne Mulon :



Alašia était le nom de l’île en akkadien, mais ce n’est pas ce qui retint mon attention. Une autre piste s’ouvrait dans mon esprit échauffé, qui venait brouiller, peut-être contredire cette histoire de sels. De la poudre au parfum chypré, il n’y a qu’un saut de neurone... Je ne savais pas que les fleurs de henné étaient parfumées. Peut-être servaient-elles à parfumer la poudre de Chypre ? Reste que les feuilles de henné pilées produisent une teinture rouge. Rouge comme le cuivre... Pourtant, le dictionnaire nous dit que les deux kupros, l'île et le henné, ne seraient pas reliés. Bizarre, bizarre. Il y a trop de coïncidences dans cette histoire. D’autant que si mes souvenirs lointains ne me trahissent pas, les Égyptiens faisaient grand usage du henné : leurs prêtres, la belle Cléopâtre, et justement les Ptolémée n’étaient-ils pas les maîtres de Chypre ?



Il faudrait vérifier tout ça au retour ! Et d’autres mots se bousculaient dans ma tête. Le cyprin n’est-il pas le nom savant du poisson rouge ? Rouge ! comme le cuivre et le henné... Coïncidence encore ? Il faudrait vérifier tous les mots en cypr- ou cipr- . Le cyprès (arbre de Chypre ?)... La cyprine, la sécrétion du désir féminin... Hmm, Aphrodite, là, évidemment. La Vénus ou Cipris des Romains. Voilà au moins une chose sûre dans cette odyssée lexicographique. Mes yeux se refermèrent à moitié. L’énorme soleil de cuivre s’enfonçait dans la mer et donnait des reflets d'or à l’écume d’Ouranos...


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18 Commentaires:

Blogger Jean-Marie Le Ray a écrit...

Bonjour Jean,

Juste une précision sur l'italien, selon le Gabrielli : cípria (et non pas cipra, pluriel cíprie), polvere finissima, di riso o d'amido, variamente colorata e profumata, per uso di toeletta. Nel 700 si usava quella bianca per spolverizzare le parrucche : il piumino della cipria...
Polvere cipria, polvere di Cipro, con riferimento a Venere, condotta dagli zèfiri a Cipro dopo la sua nascita marina.

Donc je ne sais pas vraiment la valeur étymologique, mais j'espère que ça fera avancer l'enquête.

Jean-Marie

06 novembre, 2006 10:02  
Anonymous Le Monolecte a écrit...

Magnifique voyage linguisitique!
J'adore les polards des Hercule Poirot des mots...
Merci à toi.

T'ai-je déjà dit que je raffole des mots, mais comme la pauvre béotienne que je suis, hélas, n'ayant pas trouvé Saussure à mon pied.
Bon, d'accord, c'est lourd, je sors ;-)

06 novembre, 2006 11:04  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Jean-Marie> Oui, cipria, merci ! Je me demande aussi la valeur de cette étymologie. Pour l'instant je n'ai pas réussi à la confirmer. Mais ça voudrait dire que ça ne vient pas du parfum chypré, càd de Kypros = henné. Coïncidence bizarre.

06 novembre, 2006 18:42  
Anonymous oxil a écrit...

Je n'aurais jamais pensé être autant passioné par les mots, merci beaucoup à vous =)
C'est avec impatience que j'attends la suite !

06 novembre, 2006 19:39  
Blogger Jean-Marie Le Ray a écrit...

Jean,

L'étymologie relative à la légende de Vénus semble confirmée ici (voir "La polvere di Venere"), mais il faudrait que je fasse des recherches plus approfondies pour la recouper. Je n'ai pas le temps pour l'instant, mais il est curieux de voir que le Robert historique donne l'étymologie de l'île de Chypre ... inconnue :-)
Jean-Marie

06 novembre, 2006 19:39  
Anonymous Luc Bentz a écrit...

Il faut se méfier des linguistes : ils peuvent vous donner des mots de tête.

J'ai adoré ! (le reste du voyage aussi...)

06 novembre, 2006 22:44  
Anonymous Port-Royal a écrit...

Tout d'abord merci à vous éminent collègue que j'ai plaisir à lire depuis si longtemps sans intervenir !
Si je dois en croire mes (nos) antiques, Pline en l'occurrence, le cyprès viendrait originellement d'Asie en passant par Tarente. Pourtant, si l'étymologie grecque est bien confirmée (kuparissos), elle signifie bien "qui appartient à l'île de Chypre" (Warburg, 1922). Ce qui s'accorderait bien à la ville de Tarente, grand port commerçant fondé par Sparte et qui dominera bientôt les colonies grecques d'Italie.
Or en latin l'"aes" est aussi bien bronze que cuivre, puis monnaie estampée de ce métal. On aurait donc, dans l'expression "aes ciprium" une forme de pléonasme si l'on ne voyait dans l'apposition une forme indiquant l'origine (chypriote) du métal en question, l'île de Chypre exportant déjà vers l'Italie ses pyrites de cuivre, d'où son nom, "l'île du cuivre".
Mais je m'abuse peut-être…

06 novembre, 2006 23:36  
Blogger Jean-Marie Le Ray a écrit...

Bonjour,

Après avoir consulté 10 kg de livres au bas mot (le poids de la culture :-), voici de nouveaux éléments sur les rapports étymologiques secrets entre cipria et Chypre.
En commençant par la très sérieuse et très vénérable encyclopédie Treccani, qui confirme le lien avec Vénus, et en continuant par la Grande Encyclopédie, qui nous donne la variante Cypre pour Chypre (même si elle mentionne également la ville phénicienne de Kittim, qui aurait donné longtemps son nom à l'île), ce qui est particulièrement intéressant, puisqu'en poursuivant les investigations, outre le voisinage étymologique avec cyprès mentionné par le précédent commentateur, cypris et cyprine renvoient à ... Vénus !
Vénus, à la fois mollusque lamellibranche et genre paléontologique regroupant, entre autres, les Cyprimeria et annonçant les Cyprinidae, mais également planète : or la Grande Encyclopédie nous précise que, pour les alchimistes, le symbole de la planète était aussi celui ... du cuivre !
Jean-Marie

07 novembre, 2006 04:29  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bonjour à tous ! Un petit mot à la hâte : je file prendre mon TGV. Merci pour tous ces commentaires (et pour les compliments). Je n'aurais jamais cru qu'une "enquête" étymologique passionne autant les lecteurs. Merci pour les pistes. Et, oui, il y a bien des chsoes étranges encore, comme ce signe de Vénus = Cipris = Aphrodite, qui est celui du cuivre (!) et qui est devenu le symbole universel de la féminité... Ca tourne au Da Vinci code, tout ça !

07 novembre, 2006 08:20  
Anonymous Port-Royal a écrit...

Comme on peut être linguiste de formation et amateur de parfums, je me permets cette incidente.
La famille des parfums "chyprés" ne doit pas son existence directement à l'île de Chypre ou à une substance odoriférante spécifique à lîle de Chypre mais à une parfaite création de parfumeur. C'est en effet un de nos très grands créateurs de parfums, M.Coty, qui, ayant mis au point une formule originale en 1917, l'appela "Chypre". Le parfum eut un tel succès que la formule fut imitée - au point que l'on créa alors une nouvelle famille olfactive, les parfums CHYPRÉS, en référence à la création de M.Coty.
Cette famille est aujourd'hui si vaste qu'elle a donné naissance à plusieurs variétés : chyprès verts (Givenchy III ou Miss Dior), chyprès fruités (Y de Saint-Laurent), chyprés fleuris (Paloma Picasso), chyprés aromatiques (Kouros de Saint-Laurent) et même chyprés cuir (Antaeus de Chanel).
A la base, les parfums chyprés accordent la bergamote, le patchouli, la mousse de chêne et la résine de cyste. Pourquoi cette senteur automnale fut-elle appelée "Chypre" par Coty en 1917 ? Selon son créateur, ce fut d'une part parce que la réputation des parfumeurs chypriotes était grande dans l'antiquité et d'autre part parce que cette antique réputation donna naissance à l'époque médiévale à l'appellation "poudre de cipre", qui désignait toutes sortes de poudres réputées non pour leur couleur mais pour leur odeur !
Il me semble que l'on est alors assez loin du cuivre et de la poudre colorante au henné… Me trompè-je ?

07 novembre, 2006 20:11  
Anonymous magali a écrit...

je n 'aurais qu'un mot à dire: poète!!

08 novembre, 2006 13:10  
Anonymous jchris a écrit...

Une véritable chasse au trésor… Nettement plus passionnante que les "bbiiiiiiiipppppp" actuels…!
nb : j'en profite pour saluer Port-Royal…

08 novembre, 2006 17:33  
Anonymous Patrick a écrit...

"Le cyprès (arbre de Chypre ?)" Le bois de Cyprès étant de teinte rouge, je penche plutôt pour "bois cuivré".

09 novembre, 2006 21:16  
Anonymous Port-Royal a écrit...

Deux petits cailloux blancs (?) sur les chemins de Chypre…

Dans le Dictionnaire d’Antoine Furetière (1690) vous trouverez au mot «cuivre» les commentaires suivants :
[… Les Chymistes l’appellent Venus, croyant qu’il a du rapport à cette Planète.] Et plus loin : [… Ce mot de cuivre vient du Latin cuprum, ainsi appelé, quasi aes Cyprium, parce qu’il a été trouvé premièrement en l’Île de Chypre.]

Quant à l’étymologie «arbre de l’île de Chypre» pour cyprès, vous la trouverez chez l’incontournable Walther von Wartburg, dans le deuxième volume (il y en a 23 !) de son Französisches Etymologisches Wörterbuch, Eine Darstellung des galloromanischen Sprachschatzes. Le premier volume a paru en 1922 et le dernier en 1969. On peut trouver de Wartburg le Dictionnaire étymologique de la langue française, aux PUF dans la collection Quadrige, ouvrage qu’il a publié avec le philologue spécialiste de la civilisation étrusque Raymond Bloch.

Bonne promenade !

10 novembre, 2006 22:25  
Anonymous fuligineuse a écrit...

Aphrodite se mettait-elle de la poudre ? Ou était-ce une beauté "naturelle" qui se passait de cosmétiques ? Il faut demander ça à Pâris.

11 novembre, 2006 12:38  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Et Paris, c'est la capitale des produits de beauté, n'est-ce pas ?

19 novembre, 2006 12:36  
Anonymous Oscar a écrit...

Si à cette marmite belle de mots et cerveaux bouillonnants j'ajoute ce biais cognitif qui ne m'a pas quitté au fil de l'article, génère t-on plus d'absurdité ou de non rapport que de questions nouvelles ?

Les Indiens appelèrent le chiffre 0 du nom shûnya, bindu ou châkrâ selon sa forme.
Les Arabes lui donnèrent le nom "sifr" qui signifie le "vide".
Fibonacci le traduisit en latin médiéval en "zephirum" d'où notre "zéro".
En latin, il fut aussi transposé en cephirum, cifra, tzyphra, cyphra, sifra, cyfra, zyphra, etc...
En Italie, il fut appelé "zefiro", puis "zero".
En Allemagne, on utilisa le mot "cifra" puis le mot "ziffer" et enfin "null".
En Angleterre, le mot "cipher" a longtemps été conservé, maintenant, c'est aussi "zero".
Au Portugal, on employait il n'y a pas si longtemps "cifra", c'est devenu "zero".

04 décembre, 2006 17:30  
Anonymous Oscar a écrit...

Si à cette marmite belle de mots et cerveaux bouillonnants j'ajoute ce biais cognitif qui ne m'a pas quitté au fil de l'article, génère t-on plus d'absurdité ou de non rapport que de questions nouvelles ?

Les Indiens appelèrent le chiffre 0 du nom shûnya, bindu ou châkrâ selon sa forme.
Les Arabes lui donnèrent le nom "sifr" qui signifie le "vide".
Fibonacci le traduisit en latin médiéval en "zephirum" d'où notre "zéro".
En latin, il fut aussi transposé en cephirum, cifra, tzyphra, cyphra, sifra, cyfra, zyphra, etc...
En Italie, il fut appelé "zefiro", puis "zero".
En Allemagne, on utilisa le mot "cifra" puis le mot "ziffer" et enfin "null".
En Angleterre, le mot "cipher" a longtemps été conservé, maintenant, c'est aussi "zero".
Au Portugal, on employait il n'y a pas si longtemps "cifra", c'est devenu "zero".

04 décembre, 2006 17:31  

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samedi, novembre 04, 2006

2007: Désordre injuste

Nicolas Sarkozy aime visiblement piocher les élements de son langage à droite et à gauche... On se souvient du slogan «La France, tu l'aimes ou tu la quittes» qu'il avait emprunté à Philippe de Villiers, qui l'avait lui-même emprunté au Front National. Maintenant, Sarkozy pique à gauche. Il déclarait hier à Villepin...te (ça ne s'invente pas) qu'il est pour l'«ordre juste», reprenant ainsi à son compte la formule clé de Ségolène Royal, et il prétend même que c'est lui qui avait eu l'idée le premier. On emprunte décidément beaucoup en politique. Ségolène Royal tenait elle-même la formule de Benoît XVI, comme je le raconte ici. Evidemment elle avait pris une volée de bois vert dans son propre camp. On se souvient de Jean-Christophe Cambadélis, bras-droit de DSK, qui lui avait balancé début juin : «La militarisation de la sécurité, ce n'est pas l'ordre juste mais juste l'ordre» (voir ici). Ségo avait d'ailleurs commencé à édulcorer la formule, qui devenait désormais «ordre économique et social juste». Ah! On est rassurés, voilà de la bonne langue de bois rose. Il ne s'agit plus de faire entendre des bruits de bottes dans les cités.

Sarko prend un malin plaisir, à chaque fois qu'il le peut, de ramener Ségolène à droite, sachant que ce tropisme indispose bien des militants du PS. «Félicitations Mme Royal, vous êtes sur le bon chemin !» déclarait-il dès le mois de juin. Cela l'arrangerait-il d'avoir un autre candidat en face de lui ? C'est néanmoins un jeu dangereux. Ses conseillers en communication devraient peut-être lui dire «Père, gardez-vos à droite, gardez-vous à gauche», car à force de pratiquer le grand écart sémantique, son discours risque d'être illisible dans son propre camp. Et un certain Prince Noir se frotte peut-être déjà les mains dans un palais qui n'est pas en Aquitaine, mais rue du Faubourg Saint-Honoré.

En tous cas, Ségolène ne s'est pas laissée démonter : «Si M. Sarkozy reprend mon projet d'ordre juste, c'est d'une certaine façon un aveu d'échec de sa part, car le résultat de sa politique, c'est le désordre injuste», lui répond-elle du tac au tac. En attendant, au PS, c'est juste le désordre...

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vendredi, novembre 03, 2006

2007: Les jeunes s'invitent dans le débat

J'ai été surpris et flatté de voir que le magazine Ecrans de Libération (qui est passé en version électronique) avait placé une citation de ma pomme en bannière sur sa page d'accueil, à la suite de mon entretien avec Frédérique Roussel :



C'est surtout la première partie qui est étonnante. Le mot débat était effectivement le mot star de la rentrée politique, comme le montrait Presse 2007 (l'outil d'analyse de la presse nationale que j'ai développé cet été). Indéboulonnable depuis le mois d'août. Il faut dire qu'il y a eu les universités d'été des différents partis, puis les débats à l'assemblée nationale sur la fusion Suez-GDF, et, bien évidemment, le fameux débat socialiste qui occupe la presse ces derniers temps. Le «nuage» des mots fréquents variait dans ses détails, mais rien n'avait pu faire dévisser le mot débat de sa position de premier de cordée :



Plutôt encourageant pour la démocratie, me disais-je, en observant cet étonnant message subliminal de la pré-campagne. Mais je me demandais bien quel serait le premier mot à émerger après le temps du débat ! Eh bien c'est fait depuis ce matin :



Le mot jeunes vient de ravir la première place... L'anniversaire des émeutes de banlieues et son cortège d'incidents et incendies divers, jusqu'à la tragédie de Marseille qui a laissé une jeune étudiante entre la vie et la mort, nous ont soudainement rappelé que pendant les débats la révolte continue.

C'est intéressant que ce soit ce mot qui émerge le premier. Le quinquennat a été placé sous le signe des jeunes. Les jeunes que l'on disait détachés de la politique, et qui se sont mobilisés en avril 2002 pour dire NON à Le Pen, en mai 2005 pour dire NON au TCE, au printemps 2006 pour dire NON au CPE. NON, NON et NON. Trois fois NON. Depuis mai 68, la politique n'aura sans doute jamais autant été une tension entre les jeunes et les vieux qui les gouvernent (Chirac briguerait-il un autre mandat ? se demande la presse...). Certains politiques commencent peut-être à le comprendre : comme nous le racontons dans le livre, Ségolène Royal n'a-t-elle pas fait son coming out sur la chanson de Diam's Génération NON NON (alias La boulette) ?

Mais les jeunes dont on a parlé en novembre dernier, et dont on reparle ces temps-ci, ce ne sont pas les mêmes. Ceux-là ne débattent pas, ne votent pas, même si quelque rap stars essaient de les y encourager. Ils lancent des cailloux et des cocktails Molotov, et pas des paroles. Aucune revendication ne s'exprime, aucun porte-parole ne se met en avant. Avez-vous remarqué que la révolte des banlieues de l'automne dernier était une révolte sans mots ?

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jeudi, novembre 02, 2006

Interview: 20 minutes

20 minutes m'a demandé mon sentiment sur la «méfiance généralisée à l'égard des politiques et des médias» (propos recueillis par Catherine Fournier) :



Cet entretien clôt une série sur le thème :


A lire aussi...


9 Commentaires:

Anonymous Florent a écrit...

Mais enfin il s'avère que cet excellent blog est tenu par une personne qui a appris à raisonner sans surfer sur une vague déferlante d'informations et qui, de fait, acquiert une visibilité discursive. En quoi ce qui est dit de l'évolution du rapport à la parole politique dans le sens de la méfiance n'est peut-être pas suffisant pour expliquer cette méfiance: il y a aussi, tout simplement, que les hommes politiques on tendance à ne rien dire qui ait un sens sur le plan politique le plus tendu: là où il y a friction sociale, où personne n'a complètement intérêt qu'on dise pourquoi une décision est prise, avec des arguments puisés dans la contradiction sociale inhérente . Les poupées politiques actuelles se contentent donc de flatter les uns et de mentir par omission aux autres, appuyé par des consultants décérébrés. La réalité de la friction reste quant à elle sur internet, notamment dans des blogs, notamment ici.

Bravo pour vos initiatives. Aviez vous lu peut-être le travail de Pierre Encrevé sur la liaison avec ou sans enchainement dans le corpus politique. Poilant, je crois.

03 novembre, 2006 10:23  
Blogger Jean Véronis a écrit...

La flatterie, le mensonge, etc. sont sans doute aussi vieux que le monde, et que la démocratie en tous cas. Il suffit de se rappeler la critique des sophistes (déjà des consultants en com !) par Platon...

Pierre Encrevé : oui bien sûr ! on le cite dans le bouquin à propos de Chirac, qui en a fait encore une bien belle dans son allocution "abracadabrantesque" du 31 mars :

« Au-delà du contrat première embauche, la période que nous traversons renvoiezzz à des interrogations profondes. »

Comme sur du velours...

03 novembre, 2006 10:53  
Anonymous Jérome a écrit...

On peut effectivement présager que l'usage d'internet va provoquer un gigantesque référendum continu. L'information ascendante va s'accentuer et les politiques seront plus à même d'avoir des retours sans attendre les éléctions.
Le livre de Joël de Rosnay "La révolte du pronétariat" explique ce changement.

Bravo pour vos interventions de qualité.

03 novembre, 2006 10:57  
Anonymous Dom a écrit...

Décidément où que j'aille je me retrouve sur la parole et la politique confrontée à Platon et à la démocratie grecque.
Est-ce que la déchéance de ce système politique peut être un moyen d'y voir clair dans le fonctionnement déroutant de notre propre démocratie ? C'est la question que je me pose aujourd'hui. Si l'on ne fait plus confiance au discours comment s'assurer de la validité de notre vote ?
Merci de nous éclairer sur cette actualité de la manipulation langagière que représente la course à l'Elysée. J'ai fait le lien vers vos articles de mon blog, en espérant que cela ne vous dérange pas.

04 novembre, 2006 12:20  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Dom> C'est peut-être une tentative de retour aux sources ? Retrouver la démocratie dans ces fondements ? C'est peut-être une illusion, le mythe d'un âge d'or perdu. Mais en tous cas, une chose est certaine : il y a un malaise...

Merci d'avoir mis un lien. Les petits billets qui se trouvent ici peuvent peut-être aussi vous intéresser :

http://calveronis.blogspot.com

Je vais aller voir votre blog.

04 novembre, 2006 12:25  
Anonymous Dom a écrit...

Je suis assez d'accord avec cette idée du mythe, surtout lorsque l'on sait que le mot de citoyen ne pouvait s'appliquer ni aux femmes, ni aux esclaves ni aux étrangers. On a une idée souvent faussée de la démocratie grecque, par contre ce qui est intéressant c'est les écrits de l'époque sur leur propre système politique, Platon, Aristote entre autres nous montrent la nécessité de toujours prendre du recul avec la vie qui se déroule. Donc avec le langage et son aspect naturel qui révèle les pièges d'une langue à la fois connue car maternelle et inconnue parce que liée à une histoire complexe.
Je pense que ce blog vous intéressera également :
http://www.larecherchedubonheur.com/

04 novembre, 2006 15:46  
Anonymous Sabin a écrit...

Votre interview dans 20 minutes me fait penser à une réflexion que je m'étais faite, serait-elle mesurable avec vos outils de statistique linguistique ?
J'en doute un peu mais je vous la soumets, on ne sait jamais...

Pensez à la poésie, où l'art de l'auteur est de donner à chaque mot une saveur nouvelle, où les mots surprennent et ont un poids considérable.

A l'inverse, prenez le language politique habituel, lourd de langue de bois, où chaque mot perd son intérêt et nous lasse, à force d'être répété par tous les candidats et tous les media. Seule solution, devoir trouver de nouvelles expressions (comme "fracture sociale" en 95, "sauvageons" ou "France d'en haut, France d'en bas"), peu avant une élection, et en profiter tant qu'ils n'auront pas été usés et dévalués à leur tour.

Quelques politiciens parviennent-ils encore à tenir un language "non-dévalué", avec des mots qui frappent et auxquels on accorde un peu de foi, des mots dont on se souvient durablement ?
Il me semble que Nicolas Sarkozy y parvient parfois par exemple (ses nettoyages au karcher et sa racaille, par exemple), et quelques autres doivent y parvenir.

Mais le mesurer, l'usage d'un discours politique "creux" (parce que déjà usé, tellement usé, qui passera d'une oreille à l'autre sans laisser de trace...) ou "efficace", il y aurait un moyen de parvenir à tenter de mesurer ça ?

La crise du politique, la méfiance croissante, m'est avis que cela vient justement de la perte d'efficacité croissante elle aussi du discours politique...

04 novembre, 2006 18:43  
Anonymous david dornbusch a écrit...

Les 10 jours à venir vont etre évidemment marqués par le sprint final et la désignation du candidat(e) socialiste. Comme je viens de le faire remarquer sur mon blog, depuis quelques jours j’ai repéré une évolution étonnante sur le “présidographe”

On note depuis un mois une croissance tout à fait spectaculaire de Laurent Fabius qui jusqu’à là se “trainait” avec les autres candidats tres loin de Ségolène, DSK ne suit absolument pas la même tendance. La courbe de Laurent vient meme me semble t’il de dépasser celle de sa concurrente. Cette soudaine popularité sur Internet se confirmera t’elle dans les urnes ?

David Dornbusch

06 novembre, 2006 06:39  
Anonymous RichardB a écrit...

Sur les medias et les politiques (et la confiance que les Français peuvent leur accorder), il faut regarder ces deux vidéos ; elles résument bien les faits.

http://www.dailymotion.com/video/x4qkn_barrenimbus
http://www.dailymotion.com/video/xinc0_rocard-et-les-medias

Je les ai placées dans mon blog et me régale à les écouter !

06 novembre, 2006 10:08  

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mercredi, novembre 01, 2006

Lexique: Promotion de sa chance

Je lis dans Libé aujourd'hui un titre comme le quotidien les affectionne : Azouz Bégag, ministre à la promotion de sa chance (voir article). Il paraît qu'il va se présenter à la mairie de Lyon. Je n'ai pas de commentaire à faire sur le sujet, si ce n'est que tout le monde est un peu méchant avec ce pauvre ministre délégué, peut-être surtout Sarko, qui le surnommerait (si l'on en croit Libé) «vidéo-bégag». Pas gentil, gentil. Je ne connais pas bien le personnage, mais justement, moi, ce côté rêveur-gaffeur, un peu décalé par rapport aux montres froids de la politique dinosaurienne (ou éléphantesque), aurait plutôt tendance à me plaire.

Promotion des chances. Avez-vous remarqué que le mot, qu'on nous sert décidément en boucle ces temps-ci, est nécessairement pluriel ? Promotion de la chance, c'est tout autre chose, et un peu à l'opposé, me semble-t-il : ça sent l'individualisme forcené, le flambeur de casino, le "self-made man" ! Les dictionnaires ne la lui ont pas encore accordée, mais chances est en droit de réclamer son autonomie, comme les vacances par rapport à la vacance. La meilleure preuve, c'est que le jeu de mot de Libération ne marcherait pas si chances était simplement le pluriel de chance ! Pour qu'il y ait effet de sens il faut qu'il y ait double lecture, comme je l'expliquais l'autre jour à propos de la main verte (de la droite).

Ainsi vont les mots. Mais savez-vous d'où vient ce mot chances(s) ? Vous allez en tomber sur le séant. L'origine en est le verbe latin caderer, tomber, justement. Il s'employait en latin classique pour le jeu d'osselets, qu'on laissait tomber sur le sol. Il a ensuite désigné le lancer des dés, et d'une façon générale le hasard. Et le hasard, c'est le contraire de la promotion des chances, non ?

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Lexique: Allez, va, ça ira !

Si vous voyagez régulièrement en TGV vous connaissez sans doute ces moments de douce torpeur, où vous êtes loin, très loin dans vos pensées, bercé par le ronflement tranquille de la rame... quand soudain le téléphone de la grosse dame en face de vous, assise exactement sous le logo voiture-silence, éructe la Petite Musique de Nuit (!) à 120 décibels, version remix de supermarché. Et bien sûr, la grosse dame, après avoir farfouillé dans son cabas pendant un temps qui vous semble interminable, mugit un ALLOOOO ! digne de la Norine de Pagnol (évidemment, on va à Marseille...). S'ensuit une conversation hurlante et très privée sur des problèmes de ménopause, que vous vous efforcez vainement de ne pas écouter. Vous gratifiez la dame de votre regard le plus noir, mais, comme vous n'êtes pas vraiment méchant, ça ne marche évidemment pas. Alors vous vous surprenez à souhaiter que le téléphone portable donne réellement le cancer, et si possible sous une forme immédiate et foudroyante.



C'est en gros ce qui m'est arrivé hier soir, mais au moment où la grosse dame a raccroché, je l'aurais presque embrassée. Non pas parce qu'elle a raccroché (bien qu'évidemment, le soulagement ait été à la mesure des décibels encaissés) mais parce qu'elle a conclu la conversation de cette phrase magnifique :
Allez, va, ça ira !
J'ai sorti aussitôt mon carnet, car cette phrase d'apparence banale est une illustration parfaite du gros bricolage que sont les langues -- n'en déplaise à ceux qui vénèrent béatement leur «pureté». Les trois formes du verbe aller en quatre mots. Il faut le faire !

Ce verbe aller n'est ni plus ni moins qu'une construction de bric et de broc, formée sur les décombres de trois verbes latins. Les deux premiers sont bien identifiés : ire, qui a donné les formes du futur et du conditionnel (j'irai, tu iras, etc.) et vadere, dont on retrouve aussi une trace dans invasion, et qui a donné les formes je vais, tu vas, etc. Mais le plus surprenant, c'est qu'on n'est pas très sûr du troisième, celui qui a donné les autres formes, aller, nous allons, vous allez, etc. Peut-être ambulare, ou adnare/andare, qui auraient donné allare, puis aller, mais rien n'est certain, comme le souligne Pierre Guiraud dans son superbe Dictionnaire des étymologies obscures. Et il ajoute que puisqu'on discute sans preuves, pourquoi ne ferait-on pas dériver aller de alare, voler, qui signifie bien «aller rapidement» (voler au secours) ? Au moins ce serait poétique.

C'est étonnant, non, qu'on n'en sache pas plus sur l'un des mots les plus courants de la langue française ? Une grande leçon de modestie pour les linguistes !

En tous cas, merci, Norine. Je ne t'en veux pas, vaï ! Tu m'as donné un bel exemple. Et j'espère qu'ils ne vont pas complètement dérembourser les veinotoniques.



A lire


Magie des blogs : Dominique vient de laisser un commentaire avec un lien vers une superbe étude du verbe aller dans les langues romanes dans son Cabinet des curiosités (qui contient plein d'autres belles choses). Ne ratez pas le lien (un peu caché) vers la dernière partie de l'étude, qui explique le t de A Dieu, vat. Merci Dominique !

23 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

Excellente anecdote, j'ai bien ri !
Pouvoir dégager du contenu plaisant d'un moment rébarbatif, c'est source de plaisir, de vie !
Allez, je m'en vais.

01 novembre, 2006 10:33  
Anonymous E-manuel a écrit...

Allons, ça va comme ça, je ne vais pas aller contre ce texte qui me va bien.

01 novembre, 2006 12:17  
Anonymous bijou contemporain a écrit...

Dommage qu'elle n'ai pas utilise la forme plus courante du futur : "allez, va, ca va aller"

01 novembre, 2006 13:00  
Anonymous Anonyme a écrit...

c'est pas tout ça,quand faut y aller,faut y aller

01 novembre, 2006 13:11  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bijou> Ah là là, ce futur périphrastique, il y aurait des choses à en dire ! Peut-être un prochain billet... Avez-vous remarqué qu'aller est en train de devenir un autre auxiliaire ? On nous a appris les auxiliaires être et avoir. Mon oeil ! C'est comme ça que se forme la grammaire. Et avant que les choses soient établies, il y a des états intermédiaires de ce genre qui sont absolument fascinants. On appelle ça la grammaticalisation chez les savants.

01 novembre, 2006 13:14  
Anonymous Buh a écrit...

Ne peut-on pas considérer qu'il existe une quatrième racine au verbe "aller", sous la forme du participe "été".

En effet, pour certainement la plupart des locuteurs francophones,
(a) Je suis allé à l'école ce matin.
est l'exact synonyme de
(b) J'ai été à l'école ce matin.
Si ce n'est que le locuteur de (b) risque de se faire traiter de béotien par quelque puriste.

On pourrait rattacher cet "été" au verbe "être". Cependant, si on observe ce dernier verbe, on se rend compte qu'il n'a jamais ce sens de direction.
(c) Je suis parti (vs) J'ai été parti (c'est le "être" auxiliaire)
(d) Je suis ridicule (vs) J'ai été ridicule (cas de la copule)
(e) Je pense donc je suis (vs) J'ai pensé donc j'ai été (le "être" existentiel)
(f) Je suis dans le jardin ("être" de la localisation) (vs) J'ai été dans le jardin

Le cas numéro (f) est problématique car on pourrait aussi dire
(f') Je vais dans le jardin (vs) J'ai été dans le jardin

À ce stade, il est possible de soutenir que le "été" est toujours celui du verbe "être" de localisation et qu'au passé l'action (se rendre d'un point a vers un point b) et le résultat de l'action (être au point b) se confondent.

Toutefois,
(g) J'ai été de l'école à la maison.
lorsqu'on le met au présent, ne peut en aucun cas devenir
(g') *Je suis de l'école à la maison.
alors qu'il peut se transformer en
(g") Je vais de l'école à la maison.

Je me demande donc

1/ si ne doit-on pas considérer que le verbe "aller" possède deux participes passés ("allé" et "été");
2/ dans le cas où l'on considère que "aller" a effectivement deux participes, d'où provient ce "été" (du verbe "être" dont le participe aurait progressivement migré d'un sens résultatif à un sens actif ?)

Je n'ai jamais pris le temps de chercher une réponse à cette question qui me taraude depuis longtemps. Aussi, merci d'avance pour vos lumières sur ce sujet.

01 novembre, 2006 15:25  
Anonymous Dominique a écrit...

J'ai écrit une petite histoire (en trois volets) des formes de ce verbe dans les langues romanes.
http://monsu.desiderio.free.fr/curiosites/aller.html

01 novembre, 2006 15:34  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Buh> Techniquement parlant, c'est bien le verbe être, mais il est vrai que, comme il joue le rôle de parfait substitut dans certaines situations, on pourrait considérer selon la même logique du bricolage (génial) des langues, qu'il est une quatrième racine de cet assemblage qu'est le verbe aller. Si dans quelques siècles on avait oublié le verbre être, comme on a perdu ire, vadere et les autres (peu probable, évidemment), on considèrerait certainement la situation sous cet angle ! Merci de cette remarque.

Au passage, mentionnons que ça ne concerne pas que le participe passé, mais aussi le passé simple. Peut-être que les puristes (toujours eux!) désapprouvent, mais je ne vois pas bien au nom de quoi. C'était assez courant chez les classiques, et les meilleurs auteurs en usaient : Il fut jusques à Rome implorer le Sénat (Corneille). J'avoue que je ne sais pas exactement quand et pourquoi cet usage s'est développé (Dominique?). Certains (comme Littré) ont prétendu qu'il était utilisé quand on est allé quelque part et qu'on en est revenu (d'où l'idée d'y avoir été), et que ce serait donc le seul usage correct. Je ne connais pas le bien-fondé de cette hypothèse.

Allez, ne rallons pas :-)

01 novembre, 2006 16:13  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Dominique> Merci pour le lien, que j'ai ajouté dans mon texte. Belle étude.

01 novembre, 2006 16:16  
Anonymous Thierry a écrit...

Mais on perd des choses aussi, comme le verbe "ester", qui reste (!) encore dans le langage juridique en français (ester en justice).

Qui existe encore en espagnol (estar) et en italien (stare), et qui serait bien utile parfois...

Merci pour ce billet, et pour ce superbe blog en général.

01 novembre, 2006 18:53  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Thierry> Mais il nous a laissé l'étage... (merci pour le compliment).

01 novembre, 2006 18:58  
Anonymous mopt a écrit...

Longtemps je me suis demandé si l'expression "Il s'en fut" était correcte. Vous confirmez donc ?

02 novembre, 2006 09:59  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Mopt> Ma foi, ça ne semblait pas déranger Molière (Et vous, avec je ne sais quel onguent, vous fîtes qu'aussitôt il se relevit sur ses pieds, et s'en fut jouer à la fossette., Médecin malgré lui) ou d'autres grands auteurs..

02 novembre, 2006 10:21  
Anonymous Herr Sprechtakel a écrit...

trackback manuel:
[...] Der geschätzte Kollege Jean Véronis outet sich als waschechter empirischer Linguist. Es ist nämlich so: Wir Linguistinnen und Linguisten sind strikt gegen Mobiltelefonverbote in Zügen, Flugzeugen, Kinos und Restaurants. Denn das Datenmaterial, dass sich ergibt, wenn man scheinbar teilnahmslos aus dem Fenster blickend nichts anders macht, als angestrengt den Telefongesprächen der Mitmenschen zu lauschen, ist fantastisch. [...]

02 novembre, 2006 14:03  
Anonymous Anonyme a écrit...

j'entends aussi de plus en plus souvent "je vais aller + verbe", mélange il me semble de "je vais bientôt + verbe" et de "je suis allé + verbe".

S'agit-il d'une construction pertinente étant donné qu'on peut en rajouter beaucoup de "aller" pour exprimer qu'on va non pas faire telle action mais se disposer à la faire ?

02 novembre, 2006 14:37  
Blogger Escape a écrit...

Jean, je suis un fidèle de votre blog, et aussi un chercheur en linguistique & informatique, mais en freelance...

J'ai trouvé un nouveau type d'algo de parsing, dit "asyntagmatique". Sans entrer dans les détails, le fait que
le parsing soit asyntagmatique débloque tout : on peut désormais tenir compte des contextes, comprendre les
déictiques, détecter les jeux de mots et les contrepèteries, reconnaître la langue d'un texte ou traduire des
textes où plusieurs langues sont mélangées, y compris dans la même phrase.

Cela permet aussi de faire de l'extraction d'information à partir d'un texte en langue naturelle, en appliquant
un procédé entièrement nouveau.

Ceci n'est pas une blague. Regardez le site suivant :

http://bluemoon.tuxfamily.org/PresentationDuLangageTheuth.html

[Ne tenez pas trop compte de mon insistance à déposer des brevets... Je peux faire sans, j'aimerais faire
sans, mais après douze ans de recherche isolée, je suis ruiné et il me faut absolument trouver une source
de revenus... Je suis désinstitutionnalisé !]

Salutations d'un chercheur à un autre !

Nicolas Montessuit

02 novembre, 2006 21:39  
Anonymous jonath a écrit...

Un post du meilleur cru. J'en ai souri de satisfaction. Si si.

03 novembre, 2006 10:32  
Anonymous Anonyme a écrit...

Encore aujourd'hui, je mets un "t" de trop à mes "va", car dans ma jeunesse, j'entendais fréquemment les marin-pêcheurs parler de leur "vat-et-viens", ce cordage en boucle leur permettant de déplacer leur annexe en fonction de la marée!

03 novembre, 2006 18:10  
Blogger Vicnent 31415 a écrit...

Pourquoi ne pas prendre le TGV avec son "Cell phone jammer" ?? (Pour ceux qui ont la flemme : ça coupe toutes les communications de mobiles dans les 10m pour 70 secondes...)

Dans le même genre, le "TV be Gone", à utiliser devant les 80 écrans d'un Darty : effet garanti pour les visiteurs, et pour les vendeurs...

Merci Jean pour cet article, je m'étais déjà demandé "why" toutes ces formes... mais là, c'est nickel...

Pour le (dé)remboursement des veinotoniques, la décision est tombée et les phlébologues ne sont pas contents...

04 novembre, 2006 19:38  
Anonymous naarjuk a écrit...

Il me semble que "aller" est effectivement analysé aujourd'hui, dans certains emplois, comme un semi-auxiliaire d'aspect.

"il va commencer".

Nos cours du primaire et secondaire ne nous ont pas préparé à cette notion d'aspect, inchoatif, duratif... très prisé par d'autres langues en combinaison avec le mode verbal, qui délaissent souvent le temps tel que nous le connaissons.

09 novembre, 2006 13:22  
Anonymous Isabelle a écrit...

Jolie,oui, l'anecdote, et je ne peux pas dire que j'affectionne les portables. Je reconnais pourtant bien là le bon vieux racisme anti-occitan primaire (et je ne parle pas de la bonne femme style poissonnière, vue bien évidemment avec les lunettes du fier intellectuel). Racisme très visible, et pernicieux en diable, qu'il soit interne (l'auteur est marseillais), ou externe (l'auteur vient des régions brumeuses, ou, encore plus fort, anglo-américaines). Bon fin bref, tout ça fait bien snob et triste (surtout le souhait du cancer, ouaiaiaiais, génial).

le seul truc que je peux dire, c'est que.. ben... on a l'habitude, hein, ça fait combien de temps que ça dure? Et la langue est sans doute le premier et le plus fort vecteur de la Bête.

à deus siatz, amic...

03 mars, 2007 14:19  
Blogger miltodragon a écrit...

Merci, merci, merci pour ce petit éclaircissement.

13 juin, 2007 17:18  
Anonymous Elise a écrit...

Pour info, dans les classes de français en Italie, les élèves apprennent la forme "sujet + aller + infinitif" en 2e année alors que le futur n'est au programme que de la 3e année. Ils l'apprennent sous le nom de "futur proche" en même que "sujet + venir de + infinitif" (passé récent).

Merci pour ce blog passionant

27 mars, 2008 18:54  

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