Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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mercredi, novembre 01, 2006

Lexique: Promotion de sa chance

Je lis dans Libé aujourd'hui un titre comme le quotidien les affectionne : Azouz Bégag, ministre à la promotion de sa chance (voir article). Il paraît qu'il va se présenter à la mairie de Lyon. Je n'ai pas de commentaire à faire sur le sujet, si ce n'est que tout le monde est un peu méchant avec ce pauvre ministre délégué, peut-être surtout Sarko, qui le surnommerait (si l'on en croit Libé) «vidéo-bégag». Pas gentil, gentil. Je ne connais pas bien le personnage, mais justement, moi, ce côté rêveur-gaffeur, un peu décalé par rapport aux montres froids de la politique dinosaurienne (ou éléphantesque), aurait plutôt tendance à me plaire.

Promotion des chances. Avez-vous remarqué que le mot, qu'on nous sert décidément en boucle ces temps-ci, est nécessairement pluriel ? Promotion de la chance, c'est tout autre chose, et un peu à l'opposé, me semble-t-il : ça sent l'individualisme forcené, le flambeur de casino, le "self-made man" ! Les dictionnaires ne la lui ont pas encore accordée, mais chances est en droit de réclamer son autonomie, comme les vacances par rapport à la vacance. La meilleure preuve, c'est que le jeu de mot de Libération ne marcherait pas si chances était simplement le pluriel de chance ! Pour qu'il y ait effet de sens il faut qu'il y ait double lecture, comme je l'expliquais l'autre jour à propos de la main verte (de la droite).

Ainsi vont les mots. Mais savez-vous d'où vient ce mot chances(s) ? Vous allez en tomber sur le séant. L'origine en est le verbe latin caderer, tomber, justement. Il s'employait en latin classique pour le jeu d'osselets, qu'on laissait tomber sur le sol. Il a ensuite désigné le lancer des dés, et d'une façon générale le hasard. Et le hasard, c'est le contraire de la promotion des chances, non ?

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