Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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mardi, juillet 03, 2012

Outil: Un demi-siècle de discours de politique générale

France Culture a eu la gentillesse de m'interroger sur les discours de politique générale des Premiers ministres sous la Vè République, pour l'émission Le choix de la rédaction (écouter podcast). Je me suis replongé à cette occasion dans l'intégralité des discours, que j'avais mise en ligne en 2007 avec un moteur permettant de chercher des mots et des expressions, des outils statistiques simples, et une visualisation sous forme de nuages :


C'est très intéressant, et même émouvant, de relire ces discours à quelques décennies de distance. Ils constituent une véritable fresque, où chaque discours est une photographie instantanée d'une époque. Si l'on prend les mots les plus caractéristiques de ces discours, on voit qu'Algérie est le mot prédominant pour Debré (1959). Pas très surprenant, bien sûr... la France essayait de sortir d'une guerre qui ne disait pas son nom (on parlait pudiquement d'opérations de maintien de l'ordre). Pour Pompidou, c'est le mot expansion (ah, les 30 glorieuses !). Pour Couve de Murville (1968), participation (magistralement enterrée par le référendum de 1969). Pour Chaban (1969), société (la fameuse "Nouvelle société"... enterrée elle aussi !). Pour Barre (1976), inflation... (les 30 piteuses se dessinent !).

Il va falloir un peu de temps pour que la société commence à souffrir vraiment. Le début des années Mitterand était peut-être encore bercé par l'illusion que tout irait bien. On voit que le pic du mot chômage arrive avec Bérégovoy (1992) et Balladur (1993), suivi d'une embellie relative, puis d'une rechute (Villepin, 2005).



Le chômage ne s'est guère amélioré, mais Fillon, en 2007, préfère, lui, parler du travail (on sortait de la fameuse campagne "Travailler plus pour gagner plus"). Les mots sont comme des clous: l'un chasse l'autre. En 2010, il commençait à être clair qu'on ne travaillait pas plus et qu'on gagnait plutôt moins ("Je serai le président du pouvoir d'achat" nous avait promis le boss)... Du coup, Fillon oublie un peu le travail, et axe son discours sur les réformes. Tiens, ça nous ramène à Couve de Murville (1968), ça :




On a dit souvent que l'histoire bégaie. Cette base de discours nous le rappelle durement. Chaban n'avait-il pas déjà résumé tout notre problème en 1969 ?
De cette société bloquée, je retiens trois éléments essentiels, au demeurant liés les uns aux autres de la façon la plus étroite: la fragilité de notre économie, le fonctionnement souvent défectueux de l'Etat, enfin l'archaïsme et le conservatisme de nos structures sociales.
Nous verrons ce que dira Jean-Marc Ayrault cet après-midi (les mots absents parlent autant que les autres : je vous parie que ce ne sont ni rigueur ni austérité qui auront la vedette !). Et surtout, au-delà des mots, aura-t-il le courage de s'attaquer aux maux que décrivaient si bien ses illustres prédécesseurs ?

PS

2 Commentaires:

Anonymous Vie-publique.fr a écrit...

Dans la Collection des discours publics, nous recensons quelques déclarations de politique générale supplémentaires : http://www.vie-publique.fr/recherche/afsrecherche.php?C=10033&CAT=cdp&THEME_KEYWORDS=declaration%20de%20politique%20generale&SORT_ORDER=afs:weight|ASC-afs:pathlen|ASC-datemaj|DESC-type|DESC-DATE|DESC-titre_length|ASC&X=6&N=2

03 juillet, 2012 15:45  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Merci pour ce lien !

03 juillet, 2012 15:47  

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