Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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dimanche, mars 11, 2012

Sarkozy: Ce soir y a-t-il de la lumière ?

J'ai été surpris par la formule « Aidez-moi » dans la bouche de Nicolas Sarkozy à Villepinte cet après-midi. Il est vrai qu'il l'avait déjà utilisée à Marseille le 19 février, mais elle est assez paradoxale de la part du candidat-président, puisque lui-même ou son parti ont depuis 10 ans tous les pouvoirs, y compris les deux chambres jusqu'au basculement récent du Sénat. Pourquoi et par qui devraient-ils être aidés ? La formule avait été utilisée en 2006 et 2007 par Ségolène Royal, mais celle-ci avait effectivement besoin d'aide : elle était opposante, et même en butte aux antagonismes internes de son propre parti. On conçoit donc qu'elle en appelle directement aux Français.



En fait, à mon avis la formule ne renvoie pas tellement à Ségolène Royal (je ne sais pas si elle a fortement imprégné les esprits dans la bouche de la candidate socialiste...). Sans doute soufflée par Henri Guaino, elle s'inspire surtout du Général de Gaulle, qui l'a prononcée dans son allocution télévisée du 27 juin 1958, lors de son retour au pouvoir en pleine guerre d'Algérie :
Il faisait bien sombre hier. Mais ce soir il y a de la lumière.
Françaises, Français, aidez - moi ! 
Il l'a réitérée le 23 avril 1961 après le putsch d'Alger :
Françaises, Français ! Voyez où risque d'aller la France par rapport à ce qu'elle était en train de redevenir.
Françaises, Français ! Aidez - moi ! 
La posture gaullienne est évidente depuis quelques jours chez Nicolas Sarkozy, qui, comme le Général, déclare qu'il se retirera de la vie politique s'il est battu. Cela a réussi à de Gaulle en 1965, moins en 1969. L'arme est à double tranchant.

Mais la situation est tout de même assez différente pour Nicolas Sarkozy. Sur fond de guerre et de putsch, de Gaulle a besoin du soutien populaire en 1958, comme en 1961. Il est le principal opposant — au régime des partis de la 4e République — et son arrivée au pouvoir est controversée. On voit en revanche mal qui a pu empêcher Nicolas Sarkozy ministre, puis président, d'agir.

La posture renvoie donc aussi à une constante du discours sarkozien, déjà présente en 2007, celui d'un ennemi invisible qui empêche de « dire les choses » — maintenant, qui empêche d'agir : la pensée unique, l'intelligentsia, les corps intermédiaires.

Je ne sais pas si ce soir soudain il y a eu de la lumière. On verra ce qu'en disent les enquêtes d'opinion dans les prochains jours...

4 Commentaires:

Anonymous P. Sage a écrit...

Bonsoir Jean.

En fait - mais vous l'avez noté - Nicolas Sarkozy conclut tous ses meetings 2012 par "Aidez-moi !". Tous ..

Si vous me le permettez, voici comment je l'entends :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/354864-que-signifie-le-aidez-moi-de-nicolas-sarkozy.html

Cordialement.

12 mars, 2012 01:05  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bonjour Philippe,

Merci du lien, je n'avais pas lu cette chronique et je vois que nous avons repéré les mêmes références à de Gaulle (mais nous ne devons pas être les seuls, car les discours en question sont célébrissimes !).

Je pense que nos points de vue se complètent. Il y a certainement une composante psychologique, "Sauvez-moi" en quelque sorte (sans le dire !).

Merci d'êter passé,
--j

12 mars, 2012 08:31  
Anonymous Cochonfucius a écrit...

Henri Tisot avait repris ce gaullien "Aidez-moi" dans un amusant ouvrage collectif de 1962, aux éditions du Scorpion.

12 mars, 2012 10:55  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Tiens ça a plu au Monde aussi, cette formule gaullienne : ici

12 mars, 2012 15:32  

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