Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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jeudi, octobre 29, 2009

Sarko: Amnésique ?

Oriane Raffin vient de me demander pour 20 minutes ce que je pensais de l'incroyable prestation de Nicolas Sarkozy sur les agriculteurs hier à Poligny. Nicolas Sarkozy reprend mot pour mot un discours qu'il a déjà tenu le 19 février dernier, et ne semble strictement pas s'en apercevoir :

C'est le Petit Journal de Yann Barthès sur Canal+ qui a débusqué la chose, et je dois dire que le montage que l'équipe en a fait est superbe. Je ne suis pas grand fan du Petit Journal en règle générale, mais là, chapeau bas : montage magistral ! Curieusement la vidéo a disparu de Dailymotion depuis hier soir. Dépêchez-vous, elle est encore sur YouTube :




[mise à jour : la vidéo a été aussi retirée de YouTube — voir ici : "Censure déguisée ?"]

Incroyable, non ? Le plus piquant de l'affaire est qu'il démarre son intervention en annonçant fièrement "Moi je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu..." ! Non seulement ce sont les mêmes mots, mais en plus, l'intonation, les pauses et même la gestuelle sont identiques. Infaisable pour la plupart d'entre nous ! Je me suis frotté les yeux un moment et je me suis rejoué l'extrait pour voir si ce n'était pas un "fake".

Comme je le disais à Oriane, je commence à me demander si Nicolas Sarkozy n'est pas un peu fatigué ces temps-ci. A vouloir être partout, tout contrôler au lieu de laisser agir ses lieutenants, ne risque-t-on pas de ne plus rien contrôler du tout ?

Il y a eu un certain nombre de signaux ces derniers temps. Par exemple, je me suis déjà demandé si je rêvais, lorsqu'au plus fort de la polémique sur Jean Sarkozy, le président est allé faire un discours sur la réforme des lycées où il critique les passe-droits, les "fils de" :

La création du lycée, c’est le geste fondateur de notre éducation nationale.

C’est un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance.
Cela voulait dire : « désormais, en France, c’est de l’école que sortiront les élites ». Et pas de la naissance. Cela voulait dire : « désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être “bien né” : pour réussir, il faut travailler dur, et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur ».




Là aussi j'ai rejoué l'extrait : ce n'était pas de la provocation, ni de la bravade, comme Nicolas Sarkozy sait parfois si bien faire. On aurait simplement dit qu'il ne faisait pas le lien avec ce qui se passait dans le vrai monde...

Cela pose pas mal de questions. Nicolas Sarkozy étudie-t-il les discours qu'on lui prépare avant de les lire (je m'étais déjà interrogé après l'incroyable discours daté et paternaliste de Dakar : le bruit a couru qu'il l'avait lu en diagonale dans l'avion...) ? Et ses "plumes" sont-elles au mieux de leur forme ? Si ce n'est pas du sabotage de leur part, ça frise au moins le relâchement !

8 Commentaires:

Blogger Jean a écrit...

A titre personnel, sans autre info que la presse, il apparait évident que Nombril 1er relit de moins en moins les discours avant de nous les servir confiant en son débit (et à ses tics).

Quant aux journalistes, on ne les a pas entendu lors du premier discours "La terre, elle, ne ment pas" (c) du début de l'année.

29 octobre, 2009 16:48  
Blogger Jean Véronis a écrit...

C'est peut-être pour ça qu'il nous l'a resservi ?

29 octobre, 2009 16:49  
Anonymous Anonyme a écrit...

Sarko est-il humain? C'est un robot, non?

29 octobre, 2009 19:24  
Blogger Jean Véronis a écrit...

C'est vrai que ça fait un peu machine à lire les discours son intervention !

29 octobre, 2009 19:24  
Anonymous Mikael a écrit...

Ses conseillers lui savonnent la planche non?

29 octobre, 2009 19:28  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Je ne sais pas, mais en tout cas il y en a au moins un qui va se faire remonter les bretelles...

30 octobre, 2009 08:21  
Anonymous antennerelais a écrit...

"Nicolas Sarkozy reprend mot pour mot un discours (...) et ne semble strictement pas s'en apercevoir"

Ce qui m'a frappé, c'est que le discours est recraché, à plusieurs mois de distance, très exactement de la même façon (intonation, rythme). Exactement comme un musicien peut faire avec un morceau maintes fois travaillé et répété.
D'où cette question : Sarkozy passe-t-il une grande partie de son temps à répéter ses discours ?

Je ne me rappelle pas que Mitterrand ou Chirac faisaient autant de discours. Eux par contre répondaient aux questions de la presse lors de conférences de presse... Cette façon d'occuper le terrain (et surtout les médias) par moult discours (et annonces) interposés, serait-ce un point central de la "stratégie sarkozyenne" ? Cette "stratégie", qui ressemble de plus en plus à un plan de "com" ou de pub (à moins que ce soient les yeux qui se dessillent à ce sujet), cette stratégie parait de plus en plus axée sur la simple conservation du pouvoir (avec finalement les mêmes ingrédients qui ont servi pour y accéder).

En tous cas cela m'étonnerait beaucoup que Sarkozy ne se soit pas aperçu (comme vous dites) qu'il reprenait, non seulement le même discours : mais aussi cette même façon précise de le déclamer, à la nuance près (tel un musicien reprenant les mêmes "rails" d'un morceau dont l'interprétation aura été fixée, ceci après des heures et des heures de travail).

La déclaration liminaire du président de la R, "je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu", ressemble un peu trop à un certain type de mensonge grossier et éhonté (genre "plus c'est gros mieux ça passe"), qui me semble assez caractéristique de cet actuel président de la R. Et d'ailleurs on dirait que ceci se transmet de père en fils : Sarkozy fils lors de son grand oral face à Pujadas il y a une semaine avait empilé ce que certains pourraient qualifier de grossières allégations mensongères ("c'est une décision que j'ai prise seul", "on a parlé de népotisme, on a parlé de nomination, chacun a bien compris que c'était pas le cas", "campagne de manipulation et de désinformation" etc.).

30 octobre, 2009 13:01  
Anonymous Cochonfucius a écrit...

Notre président est peut-être un personnage qui vit à rebrousse-temps, comme certains personnages de Philip K. Dick.

Dans ce cas, ce que nous prenons pour la seconde occurrence d'un discours identique est en fait la première (et réciproquement).

Conséquence importante, la clause "Je suis pas venu vous resservir un discours" est alors sincère, bien que perçue comme fausse.

31 octobre, 2009 10:28  

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