Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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lundi, janvier 26, 2009

Sarko: Moi, je (encore)

Jean-Marie Le Ray vient de publier une petite étude sur le je omniprésent dans le discours de Nicolas Sarkozy, et plus particulièrement dans le discours de Périgueux (12/10/2006), qui a été en quelque sorte l'acte de lancement de sa campagne. Le billet de Jean-Marie et les commentaires qu'il a suscités soulèvent de nombreuses questions difficiles, bien connues des chercheurs en lexicométrie (par exemple, comment filtrer les mot-outils : articles, prépositions et autres). Il faudrait plusieurs billets pour y répondre, et comme vous l'avez compris par mon taux de publication proche de zéro ces derniers temps, je suis quelque peu débordé...

Mais je ne résiste pas à apporter quelques précisions sur l'objet central du billet de Jean-Marie, à savoir cette omniprésence du je. Que l'on soit pro ou anti-Sarkozy, la perception d'un discours personnel est sans doute assez évidente. Les uns diront "discours volontaire", les autres "discours égotiste et narcissique". Je ne rentrerai pas dans ce débat, et me contenterai de quelques remarques méthodologiques.

Que nous apprennent les statistiques ? J'avais commencé à effleurer le sujet dans une série de billets :
Je vous invite à les relire, mais comme ils sont un peu longs et que j'imagine qu'il y a parmi vous des gens pressés, je vous en donne un résumé. Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, Nicolas Sarkozy n'utilise pas je, moi, me etc. plus que Ségolène Royal. Mieux, si l'on prend tous les présidents de la Ve République, on note un accroissement de la présence du je au fil des années, avec un sommet pour François Mitterand, champion absolu du discours personnel (ce n'est pas de Gaulle, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer). La courbe redescend ensuite, et on voit que Nicolas Sarkozy utilise moins je, en moyenne, que Jacques Chirac. Je remets le graphique ici par commodité (il y a aussi plus de détails dans un excellent livre ;-)


Nicolas Sarkozy utilise je environ 17 fois pour 1000 mots, François Miterrand 24 fois (et encore plus à la fin de son septennat). Il y a donc de la marge. D'où vient alors l'impression d'égotisme qui se dégage de son discours ? Je faisais l'hypothèse, dans les billets en question, que les pronoms forment un écosystème, et qu'on les perçoit les uns par rapport aux autres. Nicolas Sarkozy n'utilise peut-être pas plus je que d'autres, mais sa marque est de ne parler que très peu de nous ou vous, contrairement à Ségolène Royal par exemple. L'autre élément qui contribue aussi à mon sens à cette perception de discours personnel, est l'association des mots je + veux, beaucoup plus fréquente chez lui que chez les autres ("je veux être le Président de la France qui...").

Pour en revenir au discours analysé par Jean-Marie, ce fameux discours de Périgueux, le je est le 11e mot le plus fréquent (il faudrait pour être tout à fait précis ajouter les 8 occurrences de j', mais cela ne change rien au fond). Mais cela ne représente malgré tout que 16 mots sur 1000, donc une fréquence plutôt modérée si on le compare à ceux de Ségolène Royal ou aux présidents de la Ve. On notera au passage la présence du mot veux (et donc de la fameuse association dont je parlais à l'instant).

FreqMot
402de
395la
229l
210est
206les
199à
186le
185et
170que
157qui
129je
125des
120d
115pas
94pour
93c
87ne
87une
83en
76république
70elle
68un
67dans
66n
64il
63qu
56veux
54par
53france
53on

J'en retiens une belle illustration de ce qu'ont toujours répété mes maîtres en la matière, Charles Muller, Etienne Brunet et autres : les chiffres en eux-mêmes ne nous disent rien. La lexicométrie ne prend son sens que par la comparaison (de textes, d'auteurs, de genres, etc.).

En tout cas, merci Jean-Marie d'avoir ravivé ce débat !


PS

J'en profite pour vous signaler quelques jolis travaux sur Obama, que j'ai mis dans mon flux Delicious, mais n'ai malheureusement pas eu le temps de commenter :

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