Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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samedi, février 16, 2008

Télé : Municipales à revoir

Cette semaine, l’émission Déshabillons-les (animée par Hélène Risser sur Public Sénat) portait sur les municipales. Thème de saison, mais pas si facile… Les élections municipales sont souvent considérées comme des élections un peu secondaires, au mieux une sorte de test intermédiaire entre les « grandes » élections, les législatives, et bien sûr la présidentielle. A part quelques psychodrames locaux comme celui de Neuilly, ou les péripéties de quelques has been en disgrâce, elles ne passionnent guère les foules. C’est comme le Beaujolais nouveau, amusant, mais une fois le verre avalé, le goût ne reste pas forcément très longtemps en bouche… Au mieux, on se satisfait d’avoir participé à un happening de protestation contre le gouvernement en place et puis on tourne la page.

Mais il y a quand même eu au fil des temps quelques municipales dont on peut se souvenir avec intérêt. Pour ma chronique (en fin d’émission cette fois), j’en ai choisi trois que j’ai trouvées marquantes, en toute subjectivité. Je vous la fait ici en version longue, la télé ça va toujours trop vite (même sur Public Sénat, c’est dire…).

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Le premier extrait que j’ai sélectionné dans les superbes archives de l’INA est même très émouvant. Le 29 avril 1945 (rassurez-vous, je n’étais pas encore né) la France vote pour la première fois depuis 9 ans, et après bien des tourments. La guerre n’était pas terminée, puisque, comme l’on sait, elle a pris fin le 8 mai (en Europe du moins) avec la capitulation sans conditions du IIIe Reich.

Moment marquant à plus d’un titre, puisque c’est ce jour-là que les femmes votent pour la première fois en France. Notre pays, toujours prêt à donner des leçons de droits de l’Homme, n’a guère brillé en matière de droits de la femme. La Nouvelle-Zélande et plusieurs états des Etats-Unis avaient accordé le droit de vote aux femmes dès le XIXè siècle, l’Australie en 1902, la Finlande en 1906, etc. (voir la chronologie très intéressante de Wikipedia).





Presque tout le monde a oublié que cet événement (considérable tout de même) a eu lieu à l’occasion de municipales. Evidemment, c’est peut-être un peu mesquin. Comme pour les immigrés, on a commencé petit, avec des élections locales. Mais c’est mieux que rien.

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Le second extrait concerne l’élection du 20 mars 1977. Les Français (enfin, certains…) se souviennent sans doute de celle-là parce que pour la première fois depuis 1789, le maire de Paris était élu au suffrage universel, et que Jacques Chirac avait raflé la mise. Moins d'un an après avoir démissionné de son poste de Premier ministre, il s'installait à l'Hôtel de Ville, ce qui lui a servi de magnifique tremplin, au prix, dit-on, de quelques entorses avec la rigueur républicaine…

Mais on a peut-être oublié qu’à part ce succès notable de la droite, partout en France, ce fut un véritable raz-de-marée de gauche. Et surtout, ce fut la première fois (à ma connaissance) où François Mitterrand a utilisé la formule « force tranquille ». C’est malheureusement à la fin de l’extrait (un peu fastidieux), mais écoutez bien : il confie qu'il « éprouve une force tranquille » en lui-même, qui est l'expression de ce qu'est la Gauche en France. J’ai toujours entendu dire, comme vous sans doute, que l’inventeur de la formule était Jacques Séguéla (pour l’élection de 1981). Il n’a apparemment fait que recycler.




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Le troisième extrait que j’ai choisi est celui du 18 juin 1995. C’est l’année des victoires du Front national, qui ont quelque peu marqué la vie politique française. Trois personnages arrivent aux responsabilités : Jean-Marie Le Chevallier à Toulon, Jacques Bompard à Orange et Daniel Simonpieri à Marignane. Le FN avait déjà passé des alliances, comme à Dreux en 1983, mais il n'avait jamais remporté seul une ville. Le quatuor se complètera en 1997, quand Bruno Mégret gagnera la mairie de Vitrolles.

On n’a pas pu tout passer à la télé, évidemment, et notamment le début. Je le regrette bien. Essayez de ne pas vomir en écoutant ce passage : « Malgré la mobilisation des beurs des banlieues et des repris de justice... ».





C’était l’apogée du FN et le début d’une séquence qui trouvera son apogée le 21 avril 2002… Les temps ont bien changé !

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Alors que nous réservent les municipales 2008 ? Seront-elle un grand cru ? On attend sans doute un raz-de-marée de gauche. Simple mouvement de balancier, ou bien le début, là aussi d’une nouvelle séquence ? Le démographe Hervé Le Bras, qui participait aussi à l’émission a fait remarquer qu’en dépit du succès de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, des régions entières étaient en train de basculer à gauche. J’ajouterai que si l’on suit de près ce qui se passe aux Etats-Unis (et qu’on accepte l’idée que c’est souvent là que les grands mouvements d’idées mondiaux démarrent), on peut se poser la question de la pérennité du sarkozysme.

Mais qui sait ?




Voir l'émission


Déshabillons-les, Public Sénat
  • vendredi 15/02, 22h00
  • samedi 16/02, 00h00
  • mardi 19/02, 12h00
  • jeudi 21/02, 11h15
  • dimanche 24/02, 12h00
etc.

Pour ceux qui n'ont pas la TNT ou le satellite, l'émission est visible en direct sur le Web pendant les horaires de diffusion sur le site de la chaîne, et les émissions sont désormais archivées quelques jours après la première diffusion (ici).

Voir la vidéo :


5 Commentaires:

Anonymous Maître Capello a écrit...

Je ne l'ai pas encore vue, comme se fait-ce, comme disait l'autre, moi qui ne regarde à peu près plus que Public Sénat (eh non, aucune ironie, vraiment, c'est ce qui se fait de mieux à la télévision, qu'on parle de TNT ou pas, la quasi-totalité des émission est fraîche et intelligente, pointue sans être pédante, intéressante et parfois technique mais sans être jamais prétentieuse, il y va sans doute du choix des invités (cela dit sans flagornerie, je ne pensais même pas en premier lieu à Déshabillons-les :)), qui ne sont pas des "professionnels" des "débats" et plateaux télés, et franchement ça fait du bien, d'autant que c'est animé avec professionnalisme, pour le coup, et franchement, une télé comme ça, je dis bravo, ça me donne l'impression d'être (un peu) intelligent, et comme impression, ça n'est pas rien. Bien sûr, il y a des bémols, et malheureusement (enfin façon de parler), Hélène Risser en est un, elle est charmante, cela ne fait aucun doute, et absolument pas stupide, cela m'apparait clairement, mais qu'est-il besoin de rire tout le temps ? Tout est-il si hilarant ?? Ne peut-elle faire une phrase sans glousser..? Franchement, c'est pénible... Néanmoins, l'émission, comme un paquet de ses soeurs sur cette chaîne, donc (et je n'y travaille pas :)), est vraiment intéressante.

17 février, 2008 00:00  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Je partage votre avis sur Public Sénat (et ce n'est pas parce que j'y fais de temps à autre une apparition...). C'est une des rares chaînes que j'arrive encore à regarder. Quant au rire d'Hélène, c'est quand même plutôt sympathique que de faire la gueule, non ?

17 février, 2008 17:14  
Blogger Jadlat a écrit...

Jacques Peyrat à Nice, ce n'est pas en 1995 ? Cela ferait donc 5 villes FN.

18 février, 2008 18:30  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Jadlat> Techniquemenrt parlant, je crois qu'il avait été élu sous l’étiquette « Divers droite »...

18 février, 2008 19:24  
Anonymous lp a écrit...

Certes, il y a des émissions de débat intelligentes et intéressantes sur Public Sénat, mais si Durand ou Taddéï ou Calvi ( ou d'autres... ) vous invitaient sur France Télévision, je pense que vous ne diriez pas non...

Sur cette chaîne ( ou sa jumelle LCP je ne sais plus ), il y a les "apartés au coin du feu du bon et docte professeur Jacques Attali". Il n'y dit pas des choses inintéressantes, mais prophétise beaucoup genre: " L'avenir de la télé, c'est Joost". Moi je trouve que Joost c'est plutôt un bide... qu'en pensez-vous ?

20 février, 2008 22:01  

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