Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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mercredi, mai 09, 2007

2007: La presse fait à nouveau mieux que les sondeurs

Voici les données mises à jour (incluant L'Humanité) des citations de presse les deux jours précédant la clotûre de la campagne pour le deuxième tour (3 et 4 mai).


Les derniers sondages publiés le 4 étaient les suivants :


Nous connaissons maintenant le résultat final : 53,06 % pour Sarkozy, 46,94 % pour Royal, soit une différence de 6,1 points en faveur de Sarkozy. Il est intéressant de remarquer que l'institut BVA, qui était le plus proche du résultat du premier tour, fait cette fois-ci la moins bonne performance (avec IPSOS). Les instituts CSA et IFOP ont été très proches du résultat. Comme on ne peut savoir à l'avance quels vont être les sondeurs les plus performants, il est intéressant de s'intéresser à la moyenne des sondages, et de la comparer avec la moyenne des trois journaux les moins engagés (Les Echos, Le Parisien, Le Monde), qui était un bon prédicteur pour le premier tour (voir ici) :


On voit qu'à nouveau, la presse fait mieux que les sondeurs. Les écarts sont en sens contraire : la presse a légèrement «sous-estimé» le score de Sarkozy (notez mes guillemets) et les sondeurs l'ont plutôt surestimé.

Si l'on observe les sources une par une, on obtient le diagramme suivant :


Il est très intéressant de noter que la presse semble avoir senti le mouvement final, consécutif au débat du 2 mai. Libération et L'Humanité accroissent leurs articles sur Sarkozy de façon considérable, dans une sorte d'élan désespéré...


Ces résultats, en conjontion avec ceux du premier tour, sont extrêmement étonnants. Ils sont à interpréter avec précaution, comme je l'ai déjà dit, mais ils montrent en tout cas que la presse est extrêmement réactive aux mouvements d'opinion.


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21 Commentaires:

Blogger Geraud a écrit...

"la presse est extrêmement réactive aux mouvements d'opinion"

ou bien le contraire ?...

Je pense qu'il est difficile de nier qu'une partie des électeurs (les plus pauvres, les plus précaires) ont été mystifiés sur Sarkozy par les medias.

09 mai, 2007 11:29  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Géraud> Les médias ont évidemment une influence sur l'opinion. Mais à mon avis c'est plutôt 1) sur le long terme (omniprésence de Sarkozy depuis des mois) 2) sur les thématiques traitées ou passées sous silence (exemple : l'insécurité en 2002).

L'influence médias->opinion n'explique pas bien de toutes façons le degré de similitude observé. De plus, les médias audiovisuels étant soumis à l'égalité des temps de parole pendant la campagne, nous aurions dû voter pareil pour chaque candidat, si l'influence était forte et immédiate...

09 mai, 2007 11:39  
Blogger Geraud a écrit...

jv> je n'avais pas pensé à ce dernier argument (temps de parole à la télé, a priori le media le plus influent), qui me paraît imparable...

Mais cette corrélation fascinante (que vous amplifiez un peu: dans les erreurs, vous n'avez pas vraiment le droit que les taux de citation ont mieux fonctionné que les sondages pour le deuxième tour, les deux "prédictions" sont excellentes) demande une interprétation plus convaincante. Il existe des modèles économiques pour décrire les mouvements financiers à la Bourse, ne pourrait-on pas imaginer quelque chose de similaire ici ?

Sans dynamique, une corrélation n'est pas nécessairement le résultat d'un phénomène de cause à effet, vous le savez bien...

Je trouve qu'on devrait carrément interdire les sondages sur les élections, quelle que soit la période. Ainsi ça forcerait les journalistes à un vrai travail d'analyse, qui me semble avoir été totalement passé à la trappe sur ce coup.

09 mai, 2007 12:02  
Anonymous blop a écrit...

Au temps pour moi !

;-)

09 mai, 2007 12:05  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Geraud> 0,79 < 1,01, non ? Mais bon, ne chipotons pas...

Oui, je crois qu'il y a quelque chose du même ordre que ce qui se passe à la Bourse. Un grand nombre d'acteurs, qui finalement dégagent une sorte d'intelligence collective. Mais, bon, il faut raison garder. Je ne prétend pas avoir trouvé un prédicteur absolue pour toute élection. On a observé quelque chose, reste à savoir quoi.

une corrélation n'est pas nécessairement le résultat d'un phénomène de cause à effet -- absolument, et je me garde bien, si vous avez remarqué d'en trouver une (tout au plus peut-on faire quelques hypothèses, à recouper, corroborer, etc.).

on devrait carrément interdire les sondages sur les élections -- Bah... de toute façon on ne pourra jamais contrôler toute la planète, et on aura le même problème qu'avec les estimations qui étaient données à 16h chez les Belges et les Suisses.

Ma position serait plutôt d'obliger les sondeurs à publier leurs données brutes...

09 mai, 2007 12:31  
Anonymous Anonyme a écrit...

intéressant ce parallèle entre presse et résultats finaux! Peut-être que cela montre que les journalistes votent (et ressentent mieux l'issue du scrutin) comme les autres?
Excellent blog!

09 mai, 2007 13:24  
Blogger Bernard G a écrit...

N'est-ce pas tout simplement que la presse croise des informations provenant des sondages et des informations plus "qualitatives" et qu'elle le fait au travers d'un processus coopératif (discussions entre journalistes avant de publier les papiers…) qui permet de mieux analyser les différentes données disponibles. On serait un peu dans le cas de la double lecture des radios que pratiquent (parfois) les médecins et dont on sait qu'elle améliore les diagnostics.

Il serait intéressant de voir si l'on trouve un phénomène comparable dans d'autres domaines, je pense notamment à la finance et aux mouvements des cours de bourse. On pourrait par exemple voir si la presse financière anticipe les retournements de tendance. (avec là, naturellement, la question de l'influence, les actionnaires la lisant).

09 mai, 2007 13:48  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bernard G> Oui, c'est tout à fait l'hypothèse qui me semble la plus plausible. Avec une volonté plus ou moins explicite de vise une "équité de traitement", en l'absence de règles du CSA pour la presse écrite.

09 mai, 2007 14:01  
Blogger Benoît a écrit...

La remontée de citations de Sarkozy dans l'Huma et Libé sont tout à fait compréhensibles, gageons que ces deux journaux sont trop engagés pour faire une "prédiction" qui se tient.

Mais dans le tas des cinq du bas (dans le graphique des courbes), il est intéressant de constater la hausse du taux de citations de Sarkozy dans Le Monde, qui est le journal à avoir "prédit" le score le plus proche du résultat officiel.
Chapeau bas au rédacteurs qui ont très bien analysé la situation de l'entre-deux tours (peut-être inconsciemment...).

09 mai, 2007 15:04  
Blogger Geraud a écrit...

Je ne vois pas très bien quelles seraient les difficultés d'interdire les sondages. Les médias étrangers utilisent les mêmes données, à savoir celles qui viennent des instituts qui sont officiellement autorisés par la Commission des sondages. Il suffit de n'autoriser personne ;-) Bien sûr la loi reste française et ça n'empêchera pas un organisme péruvien de prendre son téléphone et de faire un sondage, mais j'imagine mal quel intérêt auraient les instituts étrangers à faire ça ? Et surtout sans connaissance du terrain la fiabilité serait désastreuse.

En ce qui concerne les données brutes, il me semble qu'elles ont été publiées par ce nouvel institut basé en Tunisie dont j'ai oublié le nom... et qui a lui aussi été officiellement autorisé par la Commission.

09 mai, 2007 15:54  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Il faudrait alors interdire de les réaliser, pas de les publier (sauf erreur de ma part, je crois que c'est ça la réglementation actuelle).

Je ne suis pas un grand fan des interdictions. De toutes façons, sondages ou pas, on ne pourra pas empêcher que les télés mettent du Sarkozy à tous les JT comme ce fut le cas (ou alors, il faut commencer à interdire pas mal de trucs, et ça me fait autant peur...)

Il me semble qu'on pourrait éduquer les citoyens sur ce qu'est un sondage, comment ça marche (par exemple instruction civique à l'école). Mais je rêve peut-être...

09 mai, 2007 17:04  
Blogger Geraud a écrit...

Oui je parlais bien d'interdiction de réalisation. Il y a une déclaration obligatoire, cf. la Commission des sondages:
"Les organismes de sondage sont soumis à un régime de déclaration et doivent s’engager à respecter la loi et les règlements d’application (art. 7). La déclaration permet peut-être d’éviter qu’un sondage ne soit fait par un organisme inconnu, créé pour la circonstance ; en revanche, on peut s’interroger sur la portée d’un engagement qui n’ajoute guère à la force obligatoire d’une loi et de décrets assortis de sanctions pénales."

D'accord sur le fait que ça n'empêche pas les manipulations médiatiques. Mais pour moi les sondages sont néfastes et je ne vois aucun problème à l'interdiction ! Franchement, à quoi sert un sondage ? Il ne s'agit pas d'une analyse scientifique puisqu'il n'y a pas de validation possible (à moins de faire l'élection réelle en même temps que le sondage).

J'ai peut-être une vision faussée par mes souvenirs mais il me semble que jamais avant le rôle des sondages n'avait été aussi important qu'en 2007. Ça retire même tout le plaisir et l'excitation de voter puisqu'on peut aller voter après avoir eu les résultats.

Et dire qu'on va rempiler pour les législatives :-(

09 mai, 2007 17:46  
Anonymous Lourdoueix a écrit...

A lire : une bonne analyse sur les sondages sur le site d'Acrimed (http://www.acrimed.org/article2620.html)

09 mai, 2007 18:15  
Blogger Bernard G a écrit...

Interdire les sondages? Mais pourquoi faire? Ils sont une information supplémentaire pour les électeurs qui nous en disent beaucoup sur l'état de l'opinion. Et je ne vois pas bien au nom de quoi on nous interdirait de prendre ce critère comme élément de décision. Savoir ce que les autres pensent compte aussi.

Prenez l'augmentation de la participation au second dans les départements qui avaient le plus voté Sarkozy au premier tour. On aurait pu penser que la publication de sondages favorables à notre amateur de yachts et autres Rolex aurait incité quelques uns de ses électeurs à partir en week-end. Mais pas du tout. C'est le contraire qui s'est produit. On peut faire l'hypothèse que les électeurs de droite, ayant pris conscience de la faiblesse d'un président mal élu, obligé de céder à la rue (comme Chirac avec le CPE), avait besoin d'un soutien massif pour mener sa politique. Gagner ne suffisait pas.
Dans ce cas, les sondages ont éclairé leur vote : s'ils ont voté aussi massivement, c'est qu"il ne s'agissait plus simplement d'élire un candidat mais de légitimer le Président élu.

09 mai, 2007 18:29  
Blogger Benoît a écrit...

Je suis entièrement d'accord avec Jean Veronis, les interdictions ne doivent pas se mutliplier. Et puis tout le monde sait qu'elles sont faites pour être transgressées !
Un de nos plus grands droits, c'est la liberté, et dans ce cas précis je trouve que ce serait une atteinte à celle-ci.

La solution est dans l'éducation, j'en suis profondément convaincu. Je pense que cela peut s'appliquer dans n'importe quel cas...
Il faut toujours prendre le problème à sa source ou mieux vaut prévenir que guérir, au choix !

09 mai, 2007 18:43  
Blogger Sophia a écrit...

jean,

On peut tenter d'instaurer une quantité égale de citations pour les candidats, similaire à l'égalité des médias audio-visuels et voir ce que cela donne. La réactivité de la presse est une hypothèse intéressante mais non réaliste vu le processus de fonctionnement de la presse écrite, peu de journalisem d'investigation et beaucoup d'articles reprenant les déclarations officielles.
Au Canada il y a eu une étude qui a comparé la couverure des trois plus grands médias nationuax de la presse écrite pour le pourcentage d,articles d,investigation, entre 1998 et 2003. le résultat est édifiant, le pourcentage des articles d,investigation est passé de 30% à 10%, le reste n'étant que des reprises de déclarations officielles.
Le processus par lequel la presse reflète à ce point si fidèlement les pourcentages de vote devrait être plus complexe résultant de plusieurs facteurs interagissant de manière transactionnelle avec des impacts amplifiants dans les deux sens, de la presse vers le public et du public vers la presse. Un des facteurs clés de cette amplification d'influences en boucles fermées (caisse de résonnace) semble être la montée du journalisme d'opinion et la baisse du journalisme d'investigation.

09 mai, 2007 19:31  
Anonymous Ray Dacteur a écrit...

Une question en passant.
Pourriez-vous utiliser votre 'filtre' (que j'espère vierge de tout sort ...) à d'autres sujets que les élections présidentielles ?
Je suppose que oui ?
Pourquoi pas quelques applicatins sur des grands sujets de société, des sujets ayant suscité un assez grand nombre d'articles pour entrer dans les clous (de l'intelligence collective des médias).

09 mai, 2007 20:43  
Anonymous Anonyme a écrit...

une question que je me pose depuis quelques temps, pardon si je n'ai pas attrapé la réponse dans une zone de commentaires...
vous parlez des citations dans la presse, il me semble sans les pondérer par leur place (à la une ou dans le fin fond d'un article en page 37). de plus, évidemment chaque lecteur n'a qu'une vision partielle de la dite presse, celle qu'il lit, qu'il effleure. ainsi moi même j'avais ressenti lors de la première semaine après le premier tour une prédominance de bayrou, qui occupait (d'après ma perception) tout le terrain, les unes, les caricatures et les accroches à la radio, du moins jusqu'au débat avec royal le samedi (débat qui m'a permis de découvrir une radio dont j'ignorais jusqu'à l'existence).
comment une somme de données non perçue pourrait influencer le vote final ?
est ce que je suis la seule à lire le début des articles et pas la fin ???
juste pour comprendre la méthode....
j'avais fait une étude lors de ma jeunesse étudiante qui montrait comment la mémorisation d'une information était fonction de son environnement dans le discours, par exemple, très mauvais score pour une info délivrée juste après une pointe d'humour, celui ci prenant toute la place en mémoire.
c'est pourquoi j'aimerais connaitre votre façon de pondérer le décompte....
merci
christine

10 mai, 2007 05:22  
Anonymous L'Hérétique a écrit...

Pensez-vous que vous pourriez réaliser la même étude, mais pour les partis, cette fois, en donnant une tendance hebdomadaire ?
Cela serait très intéressant en vue des législatives...

11 mai, 2007 23:10  
Anonymous Pierre a écrit...

Toujours aussi passionnant votre blog.
Bravo !
Auriez-vous une newsletter pour être averti des nouvelles parutions ?
Bien cordialement,
Pierre

11 mai, 2007 23:15  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Sophia> On peut tenter d'instaurer une quantité égale de citations pour les candidats, similaire à l'égalité des médias audio-visuels -- Pas sûr que ce soit une bonne idée. Je suis assez allergique aux interdictions, au sur-contrôle de tout par l'Etat...

Je suis entièrement d'accord sur le déclin du journalisme d'investigation, qui tend à être remplacé par un "arm-chair journalism", c'est-à-dire un journalisme de bureau, fait de copiés-collés de l'AFP... Ce qui tue la presse finalement, parce que ça, les blogueurs savent le faire, gratuitement. Alors que le journalisme d'investigation, ils ne peuvent pas le faire, pour une raison simple de moyens. Regardez un truc comme AgoraVox. Sauf très rare exception, il n'y a pas d'info: ce n'est que du commentaire. On analyse ça dans notre livre Les Politiques mis au Net...

Mais dans ce cas précis, la réactivité au débat Royal/Sarkozy, il n'y avait pas beaucoup d'enquête à faire, plutôt du commentaire et de l'éditorial... Et les journalistes étaient quand même un peu sur le terrain. L'Envoyé spécial d'il y a quelques jours sur les coulisses de l'entre deux tours, montre bien le genre de perception que les journalistes peuvent avoir de l'ambiance des états-majors par exemple (on voyait bien qu'au PS, tout le monde sentait la défaite...).

12 mai, 2007 12:43  

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