Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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vendredi, avril 27, 2007

2007: Big Sister

Vous vous souvenez sans doute de Winston Smith dans 1984... Son job au Commissariat des Archives était de falsifier l'Histoire, en effaçant tout ce qui pouvait gêner le pouvoir, et en réécrivant les articles des journaux pour les rendre conformes à la version officielle. Ce matin, je me suis frotté les yeux et je me suis demandé un instant si après avoir craint un ministère de l'Identité avec un candidat Big Brother, on ne risquait pas d'avoir un ministère de la Vérité avec Big Sister...

Depuis quelque temps, des militants PS zélés avaient mis en place une machine à casser du Bayrou sur les blogs, avec tous les argumentaires possibles visant à prouver qu'il était un horrible homme de droite, un autre Sarkozy en embuscade. Le site http://toutsurbayrou.parti-socialiste.fr, par exemple, était un morceau d'anthologie :



Mais le vent a tourné, et le ciel est devenu orange depuis quelques jours. Alors la consigne circule de gommer les choses trop gênantes. Si vous allez sur le site ci-dessus par exemple, vous obtenez désormais le message suivant :



Parti sans laisser d'adresse... Malheureusement, avant que les militants ne passent les sites au Kärcher, Big Brother, le vrai, a archivé tout ça, et vous pouvez encore lire dans le cache la rhétorique anti-Bayrou du PS désormais démonétisée. Je vous conseille le détour. Ça vaut son pesant de clémentines.

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20 Commentaires:

Blogger Gabrouze a écrit...

Vraiment Excellent, il fallait la trouver celle la !

27 avril, 2007 14:09  
Blogger Benoît a écrit...

Ha, je sens que ce billet va faire du bruit, dis donc ! Bien vu Jean !

27 avril, 2007 16:45  
Blogger b e n o i t a écrit...

Bon, d'accord, ça fleure l'opportunisme. Mais ces textes ne sont pas si virulents que ça, non ? Si ? On est loin du retournement de veste à la Besson, quand-même. Et le discours de SR est, comme vous le remarquiez dans votre billet de mercredi, nuancé depuis bien longtemps...

Si les prosélytes de tous bords ressemblent facilement à des girouettes, les capitaines gardent le cap, je crois.

Cela dit, oui, "1984" nous tourne autour...

Je pense à ce bout d'article, pris ici.

* * *
Renseignements générals
Décembre 2005. Les Renseignements Généraux rapportaient que « la France a connu une forme d’insurrection non organisée avec l’émergence dans le temps et l’espace d’une révolte populaire des cités, sans leader - ni caïds, ni intégristes - et sans proposition de programme. »
Avril 2006, le directeur des RG est limogé.
Octobre 2006, un nouveau rapport affirme que oui, il existe dans les banlieues la possibilité de débordements « non plus spontanés, mais structurés, conduisant à s’en prendre [...] à l’un des derniers représentants institutionnels encore présents dans certains secteurs : la police ».
Il suffit donc de changer d’expert pour faire correspondre la réalité au discours. Heureusement que le ministre de l’Intérieur ne fait pas dans l’agro-alimentaire : il aurait trouvé un technicien pour soutenir que les salades ont toujours poussé hors sol.
* * *

27 avril, 2007 17:12  
Anonymous D.Strohl a écrit...

Comme dirait un professeur agrégé de lettres fort célèbre en ce moment : "Je me gondole" !

M.Veronis a un oeil pour le moins perçant pour découvrir les petites et grosses anomalies. Il est le Nicolas Canteloup de la linguistique et du Web.

27 avril, 2007 18:02  
Anonymous D.Strohl a écrit...

Benoît dit : "Les capitaines gardent le cap, je crois".
"La" capitaine qui semble inspirer Benoît risque fort de nous f... au sec (et à sec). Elle n'a pas sa place sur une passerelle, à mon humble avis. Elle pourrait servir de figure de proue - mais ça ne se fait plus.

27 avril, 2007 18:25  
Blogger Ronan a écrit...

Tandis que la galère Sarkozy, on sait où elle va : à droite toute ! Et ceux qui renâclent, aux fers !

27 avril, 2007 18:40  
Anonymous Paula a écrit...

Bien que loin du sujet de votre post , c'est au spécialiste de la langue que je m'adresse.
J'ai entendu cette semaine N.Sarkozi , face à PPDA dans un journal de 20 Heures, parler de "droitisation" ( sic) de la campagne ...et alors que la bravitude de S.Royal avait fait les gorges chaudes des médias,..ce mot là est passé comme une lettre à la poste ...Ce mot existe t-il où les journalistes ou autres observateurs des candidats sont-ils devenus sourds ?

27 avril, 2007 21:21  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bonjour Paula, C'est vrai que ce mot est surprenant, mais le verbe droitiser a commencé à apparaître il y a à peu près deux ans, sous la plume des journalistes et à propos de Sarkozy. j'avais fait un billet ici, où je constatais cette émergence... Ce qui est amusant, c'est que Sarko le reprend maintenant à son compte.

27 avril, 2007 21:47  
Anonymous Simon a écrit...

Pour ma part, je n'attribue aucun crédit aux blogs purement-et-durement militants en ce qu'ils visent simplement à relayer l'actualité favorable d'un parti et qu'ils sont inféodés aux prises de position de ses dirigeants. Il y a de très bons blogs "encartés", mais souvent les blogs de militants (genre fédération locale) se réduisent à répéter des communiqués de presse ...

C'est de la pure comm', pleine de couleurs qui floodent Google. Cette étrangeté relevée par Jean est certes amusante, mais guère surprenante à l'heure ou les campagnes électorales sont des guerres de pub.

On va dire que c'était un blog qui appartenait à la stratégie marketing du premier tour !

28 avril, 2007 00:45  
Anonymous Erasme de Metz a écrit...

1) c'est vrai qu'internet permet de garder tout et c'est assez amusant...j'imagine qu'il y a la quelque chose de positif: être obligé à terme de pouvoir toujours assumer ce que l'on a écrit

2) j'ai du personnellement écrire des choses pas très sympa sur Bayrou (même si du point de vue moral je lui est toujours gardé une grande confiance). Il s'agissait de choses pas sympa politiquement. Rappelé qu'il a toujours été lié à la droite et que sa rupture est récente n'est pas en soi choquante.

3) ce qui me perturbe avec vos analyses (qui confinent à l'imprécation maladroite), c'est qu'on a le sentiment que pour vous les mots n'ont pas de contexte ni géographiquemet,ni historiquement ou temporellement. Comme s'il n'y avait qu'un sens, qu'une interprétation.

4) Dernier point, il y en a, au sein du PS, que le dialogue avec Bayrou perturbe beaucoup. Ils ont du peser sur une ligne dure vis-à-vis de lui et continue de l'exprimer. Ce n'est pas pour autant que tous le PS est sur cette ligne.

5) vous n'empécherez pas qu'une campagne ait ses rites (les attaques UDF contre Ségo, ne donnait pas non plus dans la dentelle)..même si on peu le regretter et faire en sorte que le niveau s'élève

6) vous n'empêcherez pas quelqu'un d'être propriétaire de ce qu'il a dit et de le détruire pour de bonne ou de mauvaise raisons ... ce n'est pas falsifier l'histoire...puisqu ecette histoire est largement écrite partout. Il est des comparaisons maladroites

28 avril, 2007 08:40  
Blogger Vicnent 31415 a écrit...

effarant, effectivement.

je ne sais pas s'il un droit de non indexation sur les archives... Bref... ça vaut effectivement son pesant de cacahouètes[1]... Il faut sauvegarder tout ça...

Le témoignage d'Éric Besson au meeting UMP sur la nécessité d'organiser la diabolisation d'un "autre candidat" est identiquement hallucinant...

[1] : Et puisque nous sommes sur site linguistique, savais-tu, Cher Jean, que cacahuète peut s'écrire :
- cacahuète
- cacahouète
- cacahouette
C'est le Trésor qui le dit ! L'étymologie est très belle...

28 avril, 2007 12:28  
Anonymous boz a écrit...

Si ces textes sont ou plutôt étaient virulents
En voilà un de pertinant et amusant..

« Bayrou, c'est comme le bicarbonate de soude, ce corps chimique qui permet de neutraliser les acides et les bases. Il est très intéressant pour nettoyer les vieilles casseroles ou déboucher les vieux tuyaux mais ses limites sont dans le fait qu’il faut sans cesse en remettre pour que ça marche. Car un jour ou l’autre l’acide ou la base l’emporte. C’est une loi de la nature auquel l’organisme humain est aussi confronté et que régule la fonction respiratoire et rénale. Mais jamais, il n’existe un état neutre (à PH neutre), si ce n’est que très provisoirement. Bayrou en politique fonctionne comme cela, c’est un attrape nigaud dont se sert l’UMP et dont le tiers de ses députés se sont déjà prononcés pour Sarkozy. Bayrou, comme le bicarbonate de soude nous neutralise momentanément. Nous, les socialistes, mais pas notre base sociale, qui a peur et s’insurge contre Sarkozy. Il faut faire du 6 mai un référendum anti-Sarkozy. Et le bicarbonate de soude retournera sous les éviers... »

Excellent car chacun pourra y trouver son compte....

28 avril, 2007 13:50  
Anonymous krissolo a écrit...

Bjr,

J'ai depuis longtemps pu remarquer au détours de certains blogs (chez birenbaum ou au café politique de nico par exemple) la signature d'erasme de metz. Et si je ne suis pas toujours d'accord avec ses analyses, je dois bien avouer qu'ici ce qu'il dit me semble être frappé au coin du bon sens. Car, une campagne politique comme la présidentielle est à 2 tours. Pour le 1er tour, on cherche à rassembler son propre camp - ce qu'a d'ailleurs, par parenthèse, pas mal fait Royal en réunissant sur son nom non seulement le PS mais aussi le MDC et le PRG, contrairement à Jospin en 2002 - et pour le 2nd tour, on rassemble au delà de son propre camp. La démarche citée ici est donc tout ce qu'il y a de plus logique.

Bon week-end.

28 avril, 2007 13:50  
Anonymous lds a écrit...

Ma vision du centre est celle ci : c'est la réflexion qui doit guider l'engagement et non pas l'inverse.
Or qu'observe-t- on chez la plupart des militants : l'inverse. On choisit son camp puis on se met à chercher des arguments pour défendre ses idées. Finalement, c'est l'engagement qui guide la réflexion.
Je dis qu'un tel engagement est basé sur peu de choses, et c'est bien pour cela qu'on peut observer nombre d'hommes politiques dire une chose puis son contraire, ou bien changer de camp sans se remettre en question le moins du monde.

28 avril, 2007 14:41  
Anonymous Clémentine a écrit...

Lors de son dernier meeting à Toulouse, Ségolène Royal a cité Aragon. Bayrou n'a certes pas le monopole des citations littéraires, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'y voir comme un clin d'oeil à celui qui aime tant citer la Rose et le Réséda. Ce qui était surtout amusant était le choix du poème : "Un jour viendra - dit Mme Royal - un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront/Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche".
Pourquoi amusant ? Parce qu'elle en a "oublié" un bout ! En V.O., le polème d'Aragon dit :
Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche...

28 avril, 2007 22:56  
Anonymous D.Strohl a écrit...

A Clementine : J'aime beaucoup votre message, même si je suis pratiquement imperméable à la poésie. Quant à Bayrou, je préfère m'abstenir de lui faire ne serait-ce qu'un clin
d'oeil - celui de Madame Royal n'est-il pas seulement de circonstance ?

29 avril, 2007 00:21  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Clémentine> Chapeau bas ! Ce que vous avez trouvé là est magnifique. Merci mille fois.

Moi j'aime la poésie, contrairement à D. Strohl, et les présidents poètes (on en a eu quelques-uns !).

Et si Clémentine n'est pas un pseudo, c'est encore plus beau.

29 avril, 2007 20:17  
Anonymous lds a écrit...

Même Georges Pompidou, qui pourtant sur le projet de "Nouvelle Société" n'a pas soutenu son premier ministre de l'époque, inspiré entre autre par J. Delors ?

30 avril, 2007 17:07  
Blogger Sophia a écrit...

Je crois que c'est à cela que Rocard faisait allusion quand il a dit qu'il était trop tard pour un ralliement de Bayrou à Royal au lendemain du premier tour car il a eu des propos blessants !

02 mai, 2007 15:59  
Anonymous Don a écrit...

Depuis de nombreuses années, il faut en Belgique au minimu 4 partis (2 francophones et 2 flamands) pour former une coalition majoritaire.
Lors des campagnes électorales, chaque parti tape sur la tête des autres à qui mieux mieux.
Cela n'empèche nullement les coalitions de fonctionner une fois les accords de gouvernement entérinés.
J'ai comme l'impression que les Français découvrent un monde qui est le lot commun de pratiquement tous les pays européens.
De toute façon, ses pires ennemis on les trouve dans son propre parti ;-)

02 mai, 2007 17:50  

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