Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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mercredi, mars 07, 2007

2007: Il faut / je veux

On sait que je veux et il faut s'opposent dans les discours politiques. En voici une illustration à partir de la base Discours 2007. J'ai reporté sur l'axe horizontal le nombre fois où chaque candidat utilise je veux, et sur l'axe vertical le nombre de fois où il dit il faut. Dans les deux cas, les valeurs sont ramenées à 100 000 mots.



En rose, le côté plutôt volontariste et égocentré (je veux), en bleu le côté collectiviste et impersonnel (il faut). Cela ne surprendra personne de voir que Nicolas Sarkozy est le champion du je veux et qu'Arlette Laguiller est la reine du il faut.

Plus étonnant peut-être : Jean-Marie Le Pen n'utilise pratiquement jamais je veux, mais pas beaucoup non plus il faut. Peut-être passe-t-il plus de temps à dénoncer qu'à faire des propositions ?

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23 Commentaires:

Anonymous Christian a écrit...

Sans souscrire le moins du monde à ses idées, force est de constater que la "teknê rhetorica" d'un Le Pen, c'est pas non plus la même limonade… Seul un Mitterrand avait ce niveau-là.

07 mars, 2007 15:45  
Anonymous tibo a écrit...

Concernant de que vous dites sur Le Pen, je vous ferais remarquer qu'on peut faire des propositions sans utiliser à tout bout de champ "je veux" et "il faut".

07 mars, 2007 16:07  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Vrai, mais c'est plus difficile. Globalement, je crois plutôt que Le Pen est dans une logique de dénonciation du système. Il suffit de regarder le nombre d'occurences d'expressions comme ils ont (cassé, cautionné, etc.)...

07 mars, 2007 16:17  
Blogger Vicnent 31415 a écrit...

c'est juste les "je veux" et les "il faut" ou tu as aussi pris les autres formes ? (par exemple il faudra (quand je serai élu), il faudrait (dès que les conditions sont réunies))

07 mars, 2007 17:33  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Je n'ai pris que ces formes je veux/il faut, par paresse, mais aussi parce que ce sont les formes qui marquent le mieux cette polarité personnel/impersonnel. C'est atténué avec je voudrait/il faudrait etc. Mais ces formes sont de toute façon bien moins fréquentes et ça ne devrait pas complètement changer la donne.

07 mars, 2007 17:38  
Blogger Vicnent 31415 a écrit...

J'ai oublié de te féliciter pour ce graphique. il est très parlant !

Bref. Dans un autre style. Y a-t-il des mots (substantifs, verbes, formes...) que des candidats sont absolument seuls à utiliser ?

L'idée est de réussir à marquer un clivage droite/gauche (et ses nuances) autrement que par le jeu économique. j'imagine que l'extrême gauche doit être la seule à utiliser la notion de réquisition ou de nationalisation. Encore que. Avec la loi SRU, la réquisition, tout le monde en parle, par contre la nationalisation ? éventuellement avec un nuage ? ou des PGCD de nuages ?

Je te laisse y réfléchir, je ne vais pas et te donner les idées, et les méthodes... :-)

07 mars, 2007 17:47  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Je suis en train de regarder ça, mais ça n'est pas évident. Il n'y a pas tellement de mots qui soient utilisé par un candidat et un seul (et qui soit utilisé par lui au moins un certain nombre de fois, sinon ça n'a guère d'intérêt). Par exemple, il n'y a que 29 mots qui sont employés par un seul candidat et au moins 10 fois. Il faut donc faire entrer en jeu des statistiques plus compliquées...

07 mars, 2007 20:06  
Blogger Gabrouze a écrit...

ça me fait penser à cela

07 mars, 2007 21:16  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Gabrouze> Ah oui! tout à fait.

Je n'avais pas regardé le "il faut faire", mais effectivement c'est la phrase clé de certains !

Graphique ici.

07 mars, 2007 21:58  
Anonymous Christian Fauré a écrit...

Je ne sais si le traitement automatique des langues fait çà bien maintenant, mais je serais curieux de voir une répartition de l'utilisations du temps des verbes, plutôt que du vocabulaire.
Voir la répartition du présent, futur, subjonctif, plus que parfait, etc. serait je crois très instructif.
Je pense que Lepen devrait avoir une des palettes les plus larges, mais peut-être je que je me trompe.

07 mars, 2007 22:03  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, absolument !
Le Pen par exemple est le seul à utiliser l'imparfait du subjonctif. Je sais qu'il faut que je regarde ça. Mais c'est plus difficile parce qu'il y a pas mal d'ambiguïtés (la même forme correspondant la plupart du temps à plusieurs personnes/modes/temps), et les programmes automatiques demandent quelques réglages...

07 mars, 2007 22:05  
Anonymous Christian Fauré a écrit...

Et en plus, on saurait tout de suite qui est l'homme (ou la femme) du passé ;-)

07 mars, 2007 22:57  
Anonymous silas a écrit...

Le nom de domaine Veronis.fr a semble-t-il été squatté? Votre outil discours 2007 ne répond plus...

08 mars, 2007 07:34  
Anonymous hydromel a écrit...

J'aime beaucoup cette analyse fondée sur le language...

08 mars, 2007 08:13  
Anonymous lds a écrit...

En perspective avec la psychanalyse, on pourrait commenter ainsi :
"Il faut" d'une certaine façon, c'est le surmoi.
"Je veux" c'est l'idéal du moi.
Reste le ça,...

08 mars, 2007 13:26  
Blogger Sébastien a écrit...

C'est sympa cette analyse sur deux axes. Et si on prend la dernière phrase de Jean, on comprend que le degré de proposition est dans le niveau de "Il Faut" ou "Je veux"

=> La force de proposition est elle la surface du rectangle ayant pour diagonale [origine;point du candidat] ? ou plutôt la somme des "Il Faut" et "Je veux" (ramenés à 100000 mots)?

08 mars, 2007 13:42  
Blogger Jean Véronis a écrit...

on pourrait calculer un indice de propositude :

√ ( (je veux)² + (il faut)² )

;-)

08 mars, 2007 13:48  
Blogger angelsky974 a écrit...

en tout cas... cette étude est bien révélatrice de la personnalité des personnages politiques...

très très éclairant

merci en tout cas

08 mars, 2007 16:06  
Anonymous Anonyme a écrit...

bonsoir,

sur quoi vous fondez-vous pour dire par rapport à JM Le Pen :
"Peut-être passe-t-il plus de temps à dénoncer qu'à faire des propositions ?", phrase quelque peu perfide me semble-t-il ?

08 mars, 2007 21:23  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Non, je ne crois pas que ce soit perfide. Une partie considérable de ses discours est tournée vers une critique du système, des politiciens, des "monstres froids des multinationales", etc. Ce n'est pas un jugement de valeur.

08 mars, 2007 21:25  
Anonymous Anonyme a écrit...

Une élection repose sur le choix d'un homme (femme). Un "Je veux" dénote mieux le caractère de meneur (leader) et de persuasion que l'on attend du candidat par rapport à un "il faut" nettement plus impersonnel qui me fait plus penser aux "Il faut qu'on...", "Y'a qu'à...", "Y'a plus qu'à...", etc.

09 mars, 2007 07:31  
Anonymous Anonyme a écrit...

Et ce que les francais veulent, (ou ne veulent pas ) est-ce que ça apparait dans les discours des différents candidats?

09 mars, 2007 08:59  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour j'ai découvert votre site tout à fait par hasard et je trouve vos articles très instructifs.

Je me permets de rebondir sur ce que vous dites à propos de Monsieur Le Pen et des commentaires sur "il faut, je veux".

Si l'un marque le côté "volontariste", l'autre marque, certes, l'impersonnalité mais je ne suis pas d'accord pour dire "le collectivisme".

Il est plus facile de dire "y'a qu'à, faut qu'on..." ; plutôt que dire "je vais faire".
Les "il faut" n'engagent personne contrairement aux "je veux" qui sont un engagement de celui qui le prononce. Si "je veux" est volontaire, c'est aussi, à mon sens une preuve de courage sur ses idées puisqu'on engage sa personne sur telle ou telle proposition.

Enfin, je ne suis pas d'accord avec vous pour dire que Jean-Marie Le Pen est le champion de la dénonciation : tous les candidats et de façon plus générale, hommes politiques, le font.
Et ce n'est pas parce que ses discours ne comportent pas beaucoup de "je veux" ou "il faut" qu'ils ne fait pas de propositions. Je suis d'accord avec l'un des commentaires pour dire qu'il existe d'autres formes de propositions et d'engagement. Car, sur chaque critique de telle ou telle situation, JM. Le Pen propose de changer (en bien ou en mal selon les tendances de chacun) quelque chose si on lit bien ses discours.

Cordialement,

16 mars, 2007 14:25  

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