Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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samedi, février 24, 2007

Sarko: J'ai encore changé ?

J'expliquais dans le billet précédent qu'il y avait eu un Sarkozy I (délinquance, immigration, sécurité) puis un Sarkozy II (celui qui parlait de sentiment(s), d'émotion, d'amitié, d'amour, qui citait Blum et Jaurès, en appellait aux travailleurs et à la classe ouvrière). «J'ai changé !» disait-il. Verrions-nous ces jours-ci apparaître un Sarkozy III ? En déplacement à Perpignan, il a prononcé un discours où il parle d'école et d'enfants, mais pour en appeler vigoureusement à l'autorité (75 fois !), à l'ordre (14) et à la morale (14) :


Cliquez sur les mots pour voir les extraits

Vous me direz que ce ne sont pas des notions incompatibles avec les sentiments, l'amour et la culture ouvrière. Certes, et c'est d'ailleurs ce que disait Ségolène Royal quand on l'accusait d'être droitière. Mais les mots sont ce qu'ils sont et ils ont des connotations : ils servent à faire passer des messages... Et là, le message est clair : barre à droite, toute. Sans doute histoire de rassurer son électorat classique qui devait être quelque peu perturbé par son changement récent. Mais ne sera-t-il pas autant perturbé par ses zigzags ? «Le prince ne doit pas être changeant» disait Machiavel.

On assiste à d'intéressants chassés-croisés linguistiques, ne trouvez-vous pas ? Ségolène Royal glissait à droite (l'ordre, l'encadrement militaire, la remise en cause des 35 heures, etc.). Nicolas Sarkozy chassait à gauche. Et puis depuis quelques jours, inversion des tendances. Royal tire son discours à gauche à Villepinte, puis appelle les gardiens de l'orthodoxie socialiste à la rescousse. Sarkozy revient à ses fondamentaux. Rapport de cause à effet ? En tous cas, chacun a l'air de retourner sur ses terres linguistiques. Ils se sont sans doute aperçus que les classes moyennes du centre gauche ou droit qu'ils visaient ne mordaient pas à l'hameçon. Car il faut être naïf pour croire que les citations de Jaurès et Blum visaient les classes défavorisées et les habitants des banlieues.

La voie est ouverte pour Bayrou.

9 Commentaires:

Blogger Sophia a écrit...

Bonjour,
Je suis une Libano-française installée au Canada. Je viens de dé.couvrir votre blog qui est superbe. vous allez être une de mes principales références pour les élections. J'ai mis des liens sur mon blog vers les quatre derniers de vos posts. Et je vais vous ajouter sur mon blogroll.

24 février, 2007 18:32  
Anonymous Pierre a écrit...

Ca donne surtout, pour Sarko comme Ségo, une impression de "navigation à vue" (dans le brouillard). Coup de barre à gauche, coup de barre à droite, en fonction des sondages. Navigation imprévisible, et déroutante.

Il leur manque sans doute d'avoir passé leur permis mer. La première chose qu'on apprend, pour éviter "les abordages en mer", c'est de manoeuvrer franchement. A gauche ou à droite, tout droit, qu'importe, la mer est large, mais manoeuvrer franchement. (Ce qu'on observe parfois en essayant de croiser quelqu'un maladroitement dans un couloir, chacun changeant sans arrêt de direction pour finalement se rentrer dedans).

Celui qui va tout droit, fût-ce toujours au centre, s'en sortira toujours mieux que ceux qui donnent désespérément des coups de barre à droite puis à droite. Bayrou a le plus de chance de mener sa barque à bon port, parole de marin.

24 février, 2007 19:25  
Anonymous armor a écrit...

Je crois que Sarkozy ne sait plus vraiment où il en est comme en témoignent ses propos d’hier soir.
Comme toujours dans ce cas-là, il éprouve, en bon mégalomane qu’il est, de livrer ses états d’âme en public. Il a besoin qu’on l’aime autant qu’il s’aime !
« Une campagne présidentielle, c’est une épreuve, il faut y être préparé. C’est une épreuve de sincérité, de vérité, on ne peut pas dissimuler ce que l’on est. On ne peut pas mentir sur ce qu’on le pense. Une campagne présidentielle, c’est dur, dur pour sa famille, dur pour soi-même parce qu’il faut aller chercher au fond de soi la sérénité, le calme, la tranquillité qui permettent de faire face à tous les emballements. (…) car la victoire n’est acquise qu’à la dernière seconde de la dernière minute de la dernière heure de la compétition présidentielle. »
Propos tenus à Perpignan hier soir devant une assistance muette...Du moins, d’après la retransmission par France-Culture.
Il me semble aussi que vous faîtes fausse route quant aux conséquences du « virage à gauche » de SR. SR a une grande qualité, c’est qu’elle connaît bien le « terrain », comme on dit, elle l’a d’ailleurs montré lundi soir. A l’instar de nombreux élus locaux de gauche, elle sait bien qu’il y a une demande de fermeté, mais aussi une demande de prise en charge et pas seulement dans le cadre de la primo-délinquance. Et c’est peut-être ce qui fait la différence avec Jospin, car elle apparaît comme pouvant tenir les deux pôles et ne peut ainsi se faire taxer d’angélisme par la droite. Souvenez-vous comment Chirac avait exploité le malheureux aveu de naïveté de Jospin (selon ses propres termes) avouant qu’il avait cru qu’il suffisait de faire baisser le chômage pour lutter contre l’« insécurité » ?
Le sondage du jour semble confirmer –pour l’instant- ce choix stratégique : 50,5 pour NS, 49,5 pour SR. Elle gagnerait 6 points chez les ouvriers et employés.

24 février, 2007 19:30  
Anonymous Pierre a écrit...

"L'UMP a mis en place un cellule d"'observation et d'analyse stratégique" sur François Bayrou, le candidat UDF qui monte dans les sondages et qui commence à causer une certaine inquiétude dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, ont indiqué des membres de cette cellule. "Le phénomène Bayrou pompe sur Sarkozy ces derniers jours. Avant, il pompait à gauche", a expliqué Claude Guéant, directeur de campagne de Sarkozy." (Le Figaro.fr, avec AFP).

Bayrou, ou le grand retour du Shadok ;-)

24 février, 2007 21:18  
Anonymous Anonyme a écrit...

Mais l'analyse n'est pas si simple.
Il y a le dicours d'investiture, et il y a les discours thématiques.

Quand il fera un discours sur la recherche, la politique étrangères, etc... ce seront d'autres mots clé mis en valeur.

C'est là la limite de l'analyse purement syntaxique. On ne peut pas dire qu'il zigzag, mais plutôt qu'il insister plus particulièrement sur des mots (il ne m'a jamais paru s'éloigner de l'autorité, en tout cas). Vous devriez analyser tous ses "petits" discours distinctement de celui du 14.

24 février, 2007 22:15  
Anonymous marcus a écrit...

A mon sens, tous les glissements sémantiques des candidats UMP PS, vers la droite où vers la gauche ne manquent pas de faire glisser une partie de l'opinion au centre. Exercice hautement périlleux donc, mais incontournables en raison du contexte politique. 2007 n'est pas 1981 (désolé si certaines portes ouvertes méritent encore d'être enfoncées).

D'où ces ajustements savamment millimétrés (qui ne sont pas des errements mais de la réthorique électorale conjoncturelle).

Je partage la conclusion de Jean Veronis.

Justement propos de sémantique… François Bayrou n'est-il pas professeur de lettres ? Hasard ??? :-)

24 février, 2007 23:50  
Anonymous Anonyme a écrit...

Il n'y a peut etre qu'un seul Sarkozy, qui rattisse large car il veut absolument le pouvoir.

25 février, 2007 02:07  
Anonymous erasme de metz a écrit...

J'ai un peu de mal à suivre votre obstination à penser que Ségolène Royal change de cap, alors qu'une des raisons qui me pousse à la soutenir est sa grande constance et depuis fort longtemps.
Ses principales prises de positions s'inscrivent dans la droite ligne de ses livres écrits il y a environ 10 ans, et sur le fond elle n'a pas bouger d'un iota depuis un an (c'est mon horizon, celui sur lequel je peux argumenter).
C'est notre obstination à parler de droite et de gauche sans définir les termes qui brouille notre analyse.
Le cas Bayrou relève à mes yeux pour le moment du "wishful thinking" et nullement de l'analyse ... analyse du discours bayrouiste qui manque toujours sur votre excellent site

25 février, 2007 13:15  
Anonymous Dominique a écrit...

Il me semble que ça a un même un nom : la triangulation, j'ai entendu plusieurs sujet à ce propos notamment Hélène Jouan sur Inter : http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/edito/index.php?id=47387

05 mars, 2007 21:17  

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