Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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vendredi, février 02, 2007

Lexique: Cressonisation

Je vois apparaître le mot de « cressonisation » ces jours-ci, et il est tentant en effet de faire un parallèle entre ce qui arrive à Ségolène Royal et les mésaventures d’Edith Cresson, qui est la femme qui accéda à la plus haute fonction dans le pays.


Je veux bien que l’une comme l’autre n’aient pas fait que des merveilles, mais n’en va-t-il pas ainsi de bon nombre d’hommes politiques ? Souvenons-nous de quelques Premiers ministres… Pour ne prendre que le dernier en date, son histoire de CPE n’était-elle pas une énorme bourde (qui a mis le pays à feu et à sang en pure perte pendant 12 semaines…) ? Quant à leur langage, est-il besoin de rappeler les raffarinades ? ou bien les perles de Villepin, ses histoires de couilles ou de fonctionnaires « accrochés comme des moules à leur rocher » ? N’avons-nous pas vu le candidat de l’UMP confondre récemment Giscard et Mitterrand ? Même les présidents ne sont pas à l’abri de bourdes à la dimension parfois planétaire, comme on l’a vu ces derniers jours. Mais c’est un spécialiste, souvenez-vous du jour où croyant les micros fermés il a lancé à propos de Margaret Thatcher : « qu’est-ce qu’elle veut cette mégère ? mes couilles sur un plateau ? »… Très fin.

Seulement voilà, quand c’est un homme, on en rigole un bon coup, comme d'une bonne blague entre copains, et l’affaire est enterrée. On ne lui fait pas un concert de casseroles en clamant son incompétence en boucle dans les médias. Je sais bien que des lecteurs vont se jeter sur les commentaires pour me dire que ce n’est pas vrai, mais tout de même la coïncidence est troublante. Chaque fois qu’une femme arrive à de très hautes fonctions dans ce pays, elle est immédiatement la cible d’un procès en incompétence. Quelques exemples ? Edith Cresson est tout sauf une idiote. Docteur en démographie, ce n’est pas rien, et c’est plus que bien des mâles dominants de son entourage. Les jupettes, vous vous souvenez ? Satellisées en un clin d’œil. Des femmes brillantes pourtant (dont Corinne Lepage, qui montre ces derniers temps qu’elle peut avoir des idées, et une réelle pugnacité). Michèle Alliot-Marie. Docteur en droit, elle aussi. Maître de conférence à la Sorbonne, où elle a même dirigé une UFR. Mais non, ça ne suffit pas. Ses propres compagnons de route la traitent de « cruche », de « nulle » tout juste bonne à porter de belles écharpes (sans parler de la fine réflexion de Chirac lui-même : « les plus belles jambes du RPR »). Vous remarquerez que je prends des exemples aussi bien à gauche qu’à droite…

Alors, honnêtement, tout cela m’agace. Je me suis lâché sur le plateau de Guillaume Durand dans Esprits Libres. Ca passera ce soir à 23h35 sur France 2 – j’espère que ça ne sera pas coupé au montage. Le résultat de tout ce machisme, c’est qu’il y a plus de femmes au Parlement en Iran que chez nous. Si on leur faisait confiance, une fois pour toutes à nos femmes ? Qu’on accepte leur façon à elles de parler, de faire de la politique ? On aurait moins d’histoires de couilles, il y aurait peut-être des gaffes de temps à autre (plus qu’avec les mecs ?), mais franchement ça détendrait agréablement l’atmosphère…


En parlant de ça, ce plateau d’Esprits Libres était un bel exemple de débat façon macho. J’ai du mal en règle générale à supporter Philippe Tesson, grand spécialiste du coupage de la parole, de l’intervention gueularde à tout propos… Mais là, ça a atteint des sommets : Bernard Kouchner (dont j’aime plutôt la courtoisie habituelle) a embrayé sur le même mode, Jacques Séguéla et Thierry Saussez s’y sont mis. Bref, un véritable combat de coqs où personne n’a pu finir une phrase. A tel point que les gars de la régie ont dit après qu’il allait falloir gravement nettoyer au montage, parce que c’était complètement inaudible. Vous aurez sans doute une version expurgée…

Pendant que les mecs faisaient leur numéro, on se regardait médusés avec Aurélie Filipetti et Cécile Amar, qui évidemment n’ont pas pu en placer une. Ca doit être la partie féminine qui est en moi, mais je me sentais plutôt dans leur camp. Pierre Arditi aussi, sans doute, qui comptait les mouches en se demandant ce qu’il était venu faire dans cette galère...

Profitant d’un moment de calme dans la tempête, il a eu une belle comparaison. Les hommes politiques se comportent un peu comme les maris qui laissent conduire leur femme. Ils acceptent contraints et forcés, mais ne peuvent pas s’empêcher de faire des réflexions désagréables, et d’expliquer que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire.

En attendant, les femmes arrivent plus souvent à bon port...


PS (si je puis dire...)


Des militant socialistes zélés ont mis un extrait en ligne. Voir ici.

27 Commentaires:

Anonymous lds a écrit...

Ah non ! Vous ne pouvez pas mettre sur un même plan le CPE et les bourdes de langage !
Le CPE représentait une volonté maladroite de favoriser l'embauche des jeunes en favorisant également la rupture du contrat. Il était contestable dans la forme(plutôt brutale) et dans le fond(injuste).
Il faut parfois laisser un peu de temps au gouvernant pour leur permettre de montrer les résultats d'une politique.
Dans cette affaire du CPE, le jugement vient trop tôt. Manifestement, l'opinion des jeunes a été manipulée par les médias, les syndicats, et la gauche.

02 février, 2007 09:33  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Lds> Je ne les mets pas sur le même plan, mais il y a un dénominateur commun : la façon brutale, à la hussarde, et à mon sens machiste, de faire de la politique. Le langage musclé (Sarko: racaille, karcher) ou "couillu" (Villepin) relèvent pour moi de la même brutalité... Dans cette histoire de CPE, il n'y aura pas de jugement pssible, puisque la méthode à la hussarde a fait que tout est parti au panier.

02 février, 2007 09:40  
Anonymous Baldi a écrit...

Je lis la plupart des blogs dits "influents", eh oui Jean vous en faites partie, et je remarque qu'à chaque fois, à la minute même ou un post apparait comme n'allant pas dans le sens de l'UMP, surgit immédiatement un commentaire idéalement contradicteur.
Sarkozy a-t-il constitué une équipe de choc qui passe son temps à naviguer dans la blogosphère pour répandre sa bonne parole ?
Il y a des moments où ma parano habituelle reprend le dessus....o))

02 février, 2007 09:45  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Baldi> Pour ce commentaire précis je ne sais pas, mais ce n'est pas totalement de la parano. Il est notoire que l'UMP a mis en place une "war room" sous la houlette de Fillon, et dont le rôle est de cartonner Ségo à chaque fois qu'elle ouvre la bouche et sur tous les médias possibles. Il s'agit justement de la "cressoniser".On a vu l'incroyable déchaînement des dernières semaines. Alors, sur les blogs aussi probablement...

Seulement voilà, la "war room" vient de réaliser qu'il ne faut pas en faire trop, parce qu'il y a deux scénarios catastophe en embuscade. 1) Elle se "victimise" et ça la fait grimper dans l'opinion. Scénario pas du tout improbable, car elle a déjà énormément profité des attaques (souvent mesquines, il faut le dire, de ses "compétiteurs" à l'intérieur du PS). 2) Elle s'effondre complètement, et à ce moment-là on risque un deuxième tour Bayrou-Sarko (le transfert d'électeur Ségo->Bayrou est déjà amorcé, notamment chez les profs, comme vous avez pu le lire dans la presse). Or dans un duel Bayrou-Sarko qui gagne à votre avis ?

Donc ma prédiction est que les attaques et la "cressonisation" vont fortement baisser en intensité dans les prochaines semaines. Il faut affaiblir Ségo, mais pas trop. Billard à trois bandes.

02 février, 2007 09:53  
Anonymous Jean a écrit...

Il est totalement déconseillé - et certains considèrent cela comme une entorse à la netiquette - de commenter un article de blog d'un simple « entièrement d'accord » mais je ne puis m'en empêcher.

02 février, 2007 10:18  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Jean> Moi ça ne me choque pas (quand ce n'est pas un prétexte pour mettre un lien vers un site de vente de viagra ;-)

On a tellement de "trolls" qui désapprouvent tout souvent sans lire jusqu'au bout (fort heureusement pas sur ce blog, comme apr miracle), que signaler son approbation est peut-être une démarche bien nécessaire !

02 février, 2007 10:24  
Anonymous Luc D. a écrit...

Il faut convenir que l'UMP développe une stratégie agressive pour "cressoniser" S.R.

Mais cela n'exclut nullement que celle-ci mette une certaine bonne volonté à contribuer à ce dessein.

Certes les tempêtes soulevées, par exemple, par la "bravitude", sont totalement artificielles et démesurées, et l'affaire du patrimoine du couple Hollande-Royal et le lancement de rumeurs sur une éventuelles fraude fiscale pue la manipulation. Mais cela fait partie d'une certaine tradition chez les héritiers, plus ou moins légitimes, du gaullisme.

On ne passe rien à S.R. et il est frappant que la "bravitude" soit à ce point montée en épingle, alors que quand Sarko dit que "l'homme n'est pas une marchandise comme les autres" personne dans les média dominants ne relève que c'est donc bien, à ses yeux, une marchandise.

Mais quand S.R. étale son ignorance, par exemple, à propos de la composition de la flotte nucléaire et surtout (c'est à la limite plus grave) quand se rendant compte de sa bévue elle reprend stupidement le chiffre que lui souffle un journaliste aussi ignorant qu'elle, ce n'est quand même pas l'UMP qui est en cause.

De même, l'UMP avait-elle un souffleur aux côtés de S.R. quand elle a cru bon de louer le caractère expéditif de la Justice chinoise ?

Quand elle déclare que "une femme sur trois est assassinée sous les coups de son conjoint" (http://www.dailymotion.com/video/x11apu_segolene-combat-pour-les-femmes)
c'est certes une maladresse de langage maais c'est aussi une connerie politique. Car que propose S.R. pour faire face à ce cataclysme (songez aux millions de mortes qui jonchent les rues des villes françaises !) ?
Elle propose de faire une priorité absolue de l'adoption d'une loi permettant aux femmes battues d'éloigner leur conjoint violent du domicile conjugal... loi qui existe depuis décembre 2005.

Voilà donc une candidate socialiste dont la priorité absolue sera, assure-t-elle, de faire voter un texte qu'une majorité de droite a voté sans l'attendre il y a plus d'un an.

Elle manifeste ainsi de façon éclatante :
1) qu'elle ignore tout du problème, bien réel, dont elle prétend faire la priorité des priorités de son action

2) qu'elle n'a pas grand'chose de plus pertinent à proposer que ce qu'a fait la droite

L'une des grandes leçons de la campagne de Jospin en 2002 fut que la multiplication des rencontres thématiques, au lieu de développer un projet global dynamique, était une grossière erreur.

C'est certainement la raison pour laquelle la candidate socialiste (?) a tenu à la reproduire cinq ans plus tard.

En conclusion, il est certain que l'UMP et l'équipe de Sarko ne lui font aucun cadeau, et ont mis en place une redoutable machine de propagande et de manipulation de l'opinion, qui ne se contente pas de vanter son "produit" (puisque le candidat de l'UMP tente de se vendre comme une savonette), mais s'attache aussi à dévaloriser la concurrence.

Mais ce n'est pas neuf, et les résultats ne sont finalement pas à la hauteur des efforts déployés : il y a cinq ans que Sarko est présent à la télé TOUS LES JOURS et qu'il instrumentalise tous les moyens de son ministère au profit de son "destin". Que le "produit", avec une telle promo, n'arrive qu'aux environs de 48 à 52% dans les sondages est stupéfiant... et ne témoigne pas finalement de la qualité du dit "produit".

Reste que, comme on le dit à l'UMP, avec une bande de branquignols comme Montebourg dans le camp d'en face "ce n'est plus la peine de faire campagne".

02 février, 2007 11:19  
Anonymous Lisette a écrit...

Je suis assez d'accord avec vous : tous les moyens sont bons pour briser l'adversaire, disons que c'est de bonne guerre en politique, et qu'on ne se prive pas d'en faire autant de l'autre côté (autant le ministre-candidat me dérange, autant il me semble qu'il ne faut pas trop s'offusquer de l'affaire du scooter, c'est normal que des mesures de sécurité particulières soient appliquées) ...
Cependant, il me semble un peu rapide d'assimiler la politique féminine aux bourdes, et le machisme aux couilles. je me demande si A. Merkel fait tant de bourdes que ça, et si on peut considérer qu'elle fait de la politique comme un homme. Je me pose la même question à propos de MAM, qui est tout de même à la tête de ce qu'il y a de plus machiste dans notre pays. Ou de M. Aubry, qui a eu un gros ministère elle aussi. (Je ne fais que me poser la question : il est possible que vous ayez raison et que tout simplement les bourdes n'ont pas été montée en épingle). Bref, y a-t-il vraiment un genre du discours politique? (dans le sens des gender studies). Voilà qui serait une révolution dans notre université!

02 février, 2007 11:38  
Anonymous gdronni a écrit...

Je suis effaré ainsi qu'amusé par l'attitude des professionnels de l'interview dans l'émission à laquelle vous avez participé. Que vos ami(e)s en reste bouche-bée prouve bien quelque chose.

Comme dirait un psy (-chanalyste) de base, couper la parole en permanence et ne pas laisser l'autre parler est une attitude typique de névrose obsessionnelle. C'est malheureusement ce que je remarque assez souvent. Ces gens profitent de leur place de "médiatisés" pour écraser la parole de l'autre, la vôtre en l'occurence. Ce qui donne une connotation "pensée unique" à tous ces vrais-faux débats de la television.

Je cherche juste à montrer qu'il n'y a pas de complot médiatique précis mais que des professionnels de la chose ont pris l'habitude d'écraser la concurrence ...

Le mieux serait peut-être de leur montrer que lors de leurs joutes oratoires, ils sont en pleine "névrose" et que celle-ci ne fait que rabaisser le débat.

Bon courage pour une prochaine fois.

02 février, 2007 11:50  
Anonymous Anonyme a écrit...

Je trouve vos propos et votre blog très interessants en général, et ce billet n'en demord pas!
Mais je catégorifie l'émission de durand comme de la branlette intellectuelle de premier choix, et j'espère que vous aurez retenu la lecon :D
Ces gens la ne valent meme pas la peine que l'on se deplace pour "debattre" avec eux, c'est se rabaisser a leur pitoyable niveau...
bon week end !

02 février, 2007 11:50  
Anonymous 32 a écrit...

Bien dit ! Comme c'est bien dit ! Je ne suis pas fan de SR, mais rien ne m'énerve autant que d'entendre des commentaires tels que "jûchée sur ses escarpins" ou je ne sais quoi d'autre. C'est très gonflant !!

02 février, 2007 12:17  
Anonymous Luc a écrit...

Au chapitre des énormités issues du camp de S. Royal, celles de Jacques Lang méritent quand même d'être soulignées comme de celles qui servent particulièrement bien Sarkozy.

Passons sur l'image, à mes yeux désastreuse, que projette ce vieux comédien qui surjoue son texte de manière assez pathétique.

Passons aussi sur ses explications vaseuses pour faire de la "bravitude" une fulgurance géniale de la candidate.

Mais quand, hier, il a tenté de faire endosser à Sarko la "bavure" de Chirac à propos de la (future) bombe atomique iranienne en affirmant que le petit Nicolas est "le délégué" du Président sortant dans l'actuelle campagne, il démontre seulement que l'intox n'est pas l'apanage exclusif de l'UMP.

02 février, 2007 13:20  
Anonymous Colar a écrit...

Voilà, exprimé avec des mots choisis, ce que j'ai été incapable de faire comprendre à un ami il y a peu. Va falloir que j'apprenne des passages de ce post par coeur, ça va m'aider.

Concernant la "war room", j'ai peur qu'il ne soit déjà un peu tard et que le processus dénigration soit trop bien lancé. Je vois tellement de français, pas forcément à droite et pas forcément des mâles en fait, qui plongent sur le 1er écart de Ségolène pour en faire leurs choux gras que pour tenter un "dévictimisation", si je puix me permettre, il faudrait que la war room de Nicolas en fasse une intellectuelle pointue en un temps record. Ça serait assez marrant en fait, mais je n'y crois guère.

Sinon, étant belge je ne suis pas directement concerné par le débat mais je le trouve intéressant. Et malgré mon aversion pour Guillaume Durand je vais essayer de penser à allumer ma télé ce soir.

Ah, et merci pour ce carnet qui est le plus souvent passionnant pour quelqu'un comme moi qui aime le langage, et vu que je ne commente pas ou très peu, ce paragraphe vaut pour tous les articles passés et à venir, sauf quelques-uns quand même, je ne voudrais pas être la cause de problèmes de chevilles...

02 février, 2007 14:41  
Anonymous André Gunthert a écrit...

Votre description ne donne pas très envie de regarder l'émission ;-) Y aurait-il un moyen de dailymotioniser l'extrait après diffusion?

02 février, 2007 14:54  
Anonymous Bneo a écrit...

Très bonne analyse, oeil très acéré : je souscris entièrement à votre billet. Effectivement, je crois que le monde politique, voire l'opinion, sont plus tolérants avec les écarts des hommes politiques que des femmes politiques. Il y a quelques semaines, el Canard Enchaîné citait N. Sarkozy qui devant un de ses interlocuteurs étranger traitait les députés français de "ploucs"... Petite blague entre amis, en privé, du même ordre que celle de Ségo à propose de la Corse dans le canular de Dahan : une blague entre collègues politiques.
Autre exemple de ce "deux poids-deux mesures" dans l'appréciation et le jugement : nous apprenons dans Courrier International (repris aujourd'hui par plusieurs organes de presse) que c'est Gianfranco Fini, ex-leader fasciste en Italie, qui préface la version italienne du bouquin de Sarkosy : j'attends que les médias se montrent un petit peu critique, ou au moins curieux ce serait déjà pas mal, sur cette amitié... Mais à mon avis, ça devrait faire moins de papiers que la mauvaise traduction dela phrase créole de Ségolène... Pourtant moi ça m'intéresse de savoir comment un potentiel président de la République Française peut conserver une amitié avec un post-fasciste, après tout ce que l'on connaît de l'idéologie fasciste ????
Enfin, pour répondre à Luc D., les propos rapportés pat l'ulmp et repris par les médias sur le sujet des violences faites aux femmes sont bien réducteurs. Au delà du lapsus sur "1 femme sur 3" (la réalité c'est une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, Ségo aurait elle besoin de lunettes pour relire ses fiches???), ce qu'elle a dit, c'est que la loi actuelle ne suffisait pas, puisqu'il faut un dépôt de plainet pour pouvoir éloigner le conjoint violente. et que sa proposition s'inspirerait de ce qu'lle a propose contre le bizutage, à savoir, que l'on pourrait porter secours à une personne victime de violences, notamment en éloignant du domicile le conjoint, sans avoir besoin de porter plainte. Enfin, les textes de loi actuels ont été votés à l'initiative des sénateurs socialistes... Voilà, mon commentaire est un peu long mais la politique c'est tellement plus compliqué que les petites phrases sorties de leur contexte que l'on nous sert dans les grands médias nationaux. Du recul et de la nuance ! Voilà ce que serait un débat présidentiel de qualité ! A bientôt !

02 février, 2007 15:09  
Anonymous Luc D. a écrit...

@ Bneo :
Vous avez raison de rappeler que la loi actuelle concernant l'éloignement du conjoint violent est une initiative sortie des rangs socialistes. Mais ils n'ont évidemment pu la mener à son terme sans l'appui de la majorité de droite, non ?
Vous avez encore raison de dire, ou de laisser entendre, qu'on a artificiellement monté en épingle quelques approximations de langage comme "la bravitude" et que c'est un peu ridicule. De même, je trouve la polémique sur l'autodétermination du Québec assez ridicule : d'une part, elle s'inscrit dans la lignée de gauliste, et d'autre part la phrase qu'elle a prononcée à ce sujet est à peu près incompréhensible mais pleine de bonnes intentions. En revanche, quand on voit les images, on constate qu'elle apostrophée par un journaliste littéralement "entre deux portes", alors que la caméré tourne déjà, et qu'elle est "ceuillie à froid" par cette question. Dans le statut qui est le sien, il n'y a qu'une attitude possible : répondre que la question mérite des développements et qu'il n'est pas question d'y répondre dans ces conditions. Le problème n'est donc pas tellement la réponse et son contenu, mais l'incapacité à maîtriser sa communication et la bonne volonté mise à se laisser piéger sous l'effet hypnotique de l'objectif braqué dans sa direction.

Enfin, s'agissant d'un sujet dont elle prétend faire une priorité absolue, la question des violences faites aux femmes, ne pas être capable de faire la différence entre "une femme sur trois" et "une femme tous les trois jours", c'est inquiétant pour une candidate à la Présidence. Et là, il n'y a pas eu d'effet de surprise, elle s'exprimait sans être mise sous pression.

Quant à la "réforme en profondeur" qu'elle prétend apporter à une législation votée il y a à peine plus d'un an et qui fut déjà remaniée en avril dernier - et dont vous faites bien de rappeler qu'elle est d'origine socialiste, ce qui indique toute la considération que S.R. a pour le travail législatif de ses amis - j'aimerais savoir de quel droit on interdirait à quelqu'un l'accès à son propre domicile en dehors de toute procédure judiciaire (s'il n'y a pas de plainte, il n'y a pas de procédure, s'il n'y a pas de procédure il n'y a pas de débat contradictoire et donc pas de garantie des droits des parties en présence). Je prédis à cette "grande réforme" un franc succès au Conseil constitutionnel, voir à la Cour Européenne des Droits de l'Homme...

03 février, 2007 00:56  
Anonymous Jérôme a écrit...

Il me semble avoir entendu un participant de cette émission introduire son discours par : "Je ne suis pas plus fanatique que personne de sondage". Si j'ai bien entendu, cela résume assez bien l'idée que l'on peut se faire de l'infini.

03 février, 2007 02:44  
Anonymous Marie Danielle a écrit...

Il n'y a pas que chez vous , comme on sait, que l'on scrute à la loupe la "tenue", au sens strict et au sens large, des femmes se portant candidates à des élections. Je pense qu'on peut affirmer sans se tromper et sans que ça nécessite des études longitudinales en la matière ;-) , qu'il y a, dans le traitement médiatique ou individuel du phénomène, une part relevant du double standard dont les femmes ont subi et subissent trop souvent encore les effets négatifs. Mais cela est aussi vrai pour la plupart des minorités, et j'inclus dans le terme minorité tous ceux qui n'ont pas accès au respect de leurs droits - et ils sont légions : des pauvres, des malades, des handicapés, etc.

Mais même au sein de cette démocratie admirable qu'est celle de mes voisins du dessous (les Étatsuniens), les questions de race et de sexe (Obama, Clinton) seront à l’avant-scène, durant la prochaine campagne électorale. Nous sommes si tant tellement et plusssse encore évolués, en Occident... Parce que les Autres, eux, n'en ont jamais (sic) élus des femmes en tant que cheffe de gouvernement de leur pays, ben non, et pis ils sont pas à la veille de le faire, eh oh!

À part crâner, je vous mentionne un discussion dont la question était "Les femmes font-elles une percée en politique ?", rendu disponible à lécoute sur le site de l'émission (cliquer sur Extrait. J'en ai retenu 2-3 petites choses dont celle-ci qui disait que les femmes pourront difficilement changer la manière de faire de la politique (oui, je sais, ce n'est pas le sujet dont vous traitez ici, Monsieur Véronis, mais je crois que ce point-là vaut la peine d'être apporté) parce que l'un des éléments des plus déterminants, dans l'exercice politique, c'est la "ligne de parti". Pas bête, non?

03 février, 2007 03:30  
Anonymous arbobo a écrit...

merci pour ce billet,
cette émission n'est malheureusement qu'un exemple parmi tant d'autres.

il semble, d'après un ou deux commentaires, que le fait de trouver que royal aurait fait des "bourdes" suffirait pour ne pas considérer le fond de la question que vous aborder. Comme c'est commode...
la comparaison finale est instructive, mais les femmes peuvent avoir une voiture à elle, alors que le pouvoir, il faut bien le partager.

03 février, 2007 20:03  
Anonymous richard a écrit...

Bonjour Jean,

il me semble que ce dont vous parlez revient à la vieille blague sur les différences :

un garçon qui a des aventures est un coureur, un chaud lapin, un costaud (vocabulaire positif)

une fille qui a des aventures est une pute (vocabulaire négatif)

Ce qui se passe en Politique ressort de la même idée à mon avis.

03 février, 2007 22:49  
Anonymous Vincent Jarousseau a écrit...

Un très grand bravo pour votre analyse de la stratégie développée par l'UMP et reprise par les médias pour cressoniser Ségolène. Enfin attention à l'effet boomrang pour sarko !

04 février, 2007 14:10  
Anonymous royka a écrit...

Je regrette de ne pas avoir vu cette émission (pour vous , pas pour Tesson ou séguela...), car je suis entièrement d'accord avec vous, et pense que votre analyse est tout à fait juste.
Il me semble évident en effet que le traitement médiatique des femmes politique ayant de hautes responsabilités (ou aspirant à en avoir) est systématiquement biaisée. Sans doute est-ce le resultat d'un machisme résiduel et tenace.
Ce machisme n'est cependant pas reservé aux hommes : certaines femmes se complaisent dans le rôle qui leur est devolu depuis toujours, et ont de l'aggressivité, voire de la haine, qui découle de la jalousie, envers celle(s) qui s'émancipent de la tutelle masculine. Je parle là autant de certaines journalistes qui en ce moment renre dans le jeu de l'idéologie matchiste dominane, que de certaines electrices qui ne voterons pas pour une femme parce que c'est une femme.
Songez que depuis que la France est France, aucune femme n'a dirigé ce pays, hors régences.
Dans l'un des derniers pays occidentaux a avoir accordé le droit de vote aux femmes, (et sans doute le dernier a avoir autorisé le pantalon pour les femmes... ;), avoir une femme à la présidence serait dejà en soi une véritable révolution ("changement brutal et important").

04 février, 2007 14:19  
Anonymous Dav. a écrit...

Bien d'accord avec vous M. Véronis, et avec Richard du même coup, le machisme est bien présent dans les médias et dans les plus hautes instances politiques, et sous sa forme la plus perverse : sous entendus, hypocrisie, "vocabulaire négatif"...

04 février, 2007 17:20  
Anonymous Anonyme a écrit...

Philippe Tesson et la teneur générale de ce débat furent lamentables, à l'image de la retranscription de cette campagne dans les médias. Esprits Libres ? Faut voir ...

06 février, 2007 00:54  
Anonymous Anonyme a écrit...

je suis pour que les femmes arrivent aux mêmes fonctions que les hommes, je suis sur qu'elles seront aussi compétentes et autrement qualifiées pour certaines application des lois et des décrets!
Elles sont par essence méres et femmes à la fois et méritent pour c'est 2 fonctions plus de considération que quiconque et une égalité sans commune mesure avec celle dejan existante.
je suis profondément attaché à la femme et prêt à l'aceuillir les bras grands ouverts au sein de la plus haute marche du podium dirigeante de la France!
Mais surtout pas cette ROYALE personne qui est SEGOLENE, trop de calcul et comme une sortie trop brutale de la star ac.. la voici qui fanfaronne ce ci de la histoire de nous mpontrer de quel bois elle se chauffe! NON petite ségoltude!! tu n'as pas le bon tempo!
Change ton style et reviens au prochaine car tu viens de faire perdre ton parti (que tu avais oublié) à plus......

07 février, 2007 15:49  
Anonymous hudson a écrit...

Je travaille sous la direction de deux femmes... et je peux vous dire que la bétise et l'incompétence n'est pas l'apanage de l'homme...
Maintenant une présence au premier plan des femmes dans l'ensemble de la société est une nécessité.

08 février, 2007 18:15  
Anonymous sarak a écrit...

ah, hudson, certes que la bêtise n'est pas l'apanage de l'homme. Mais, comme disait je ne sais plus qui (Edmonde Charles-Roux? Simone de Beauvoir? en tout cas je cite de mémoire, pardon si ce n'est pas à la lettre...) : "Quand on est une femme, il faut avoir 20/20 pour avoir la moyenne"...

Et Jean V. a bien raison de souligner que le traitement réservé aux bourdes des femmes politiques est beaucoup plus acerbe que celui réservé aux dérapages machos de leurs collègues masculins.

11 février, 2007 12:00  

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