Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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mercredi, décembre 13, 2006

Lexique: Ca change fort

Vous avez certainement vu la première affiche de campagne de Ségolène Royal, avec ce slogan étonnant : Pour que ça change fort. Son adversaire adoucit les mots, s'offrant un (adjectif) tranquillisant. Elle, les durcit... Cette campagne électorale sera décidément une campagne intéressante pour le linguiste ! Les uns et les autres se piquent des mots, se renvoient des formules, et s'en amusent manifestement dans une espèce de tango linguistico-médiatique, fait, comme la danse du même nom, de codes subtils et de figures improvisées. Seule différence, cette danse-là ne finira sans doute pas par un abrazo final : je doute que les protagonistes s'enlacent langoureusement le soir du 22 avril.



Changer fort. Il y a quelque chose d'insolite et de légèrement dérangeant dans cette expression, ne trouvez-vous pas ? On ne sait pas trop si on est dans le parler «djeunz» ou dans la faute de français (non, pitié, ne vous jetez pas sur les commentaires pour dire que c'est la même chose !). Pourtant, que peut-on réellement reprocher dans cet accouplement d'un adverbe et d'un verbe ? Fort est parfaitement légitime comme adverbe d'intensité : il pleut fort, je crie fort, tu frappes fort... Ces phrases ne nous choquent pas, et semblent même être parmi les plus familières du français. D'où vient alors ce curieux malaise que provoque le changement fort ?

On entre ici dans les zones d'ombre de la grammaire et du lexique, que les linguistes ont à vrai dire fort peu étudiées. Certains mots ont des affinités avec d'autres, des préférences... Violer ces liaisons privilégiées ne conduit pas à la faute, mais à l'étrangeté -- une étrangeté qui peut parfois être créative, les meilleurs auteurs l'ont exploitée. Le phénomène s'appelle collocation (rien à voir avec le partage d'appartements entre étudiants, encore que là aussi, probablement, les affinités soient importantes).

Je n'essaierai pas de vous en donner une définition précise. Je serais bien en peine : il y en a autant que de linguistes, et honnêtement, aucune ne tient vraiment la route. Prenons plutôt quelques exemples. Continuons avec l'expression de l'intensité, puisque nous y sommes, mais n'importe quel autre secteur du langage pourrait faire l'affaire. En français, on parle communément de fortes pluies, de vents violents, de grands fumeurs, de lourds bilans, de gros rhumes ou de cafés corsés. Ces expressions coulent dans nos oreilles comme un ruisseau calme dans un pré... Sauf qu'elles sont parfaitement arbitraires. En anglais, les pluies, les bilans et les fumeurs sont lourds (heavy rain, heavy smoker, heavy toll), les vents et les cafés sont forts (strong wind, strong coffee) et les rhumes mauvais (bad cold). Rien n'interdit vraiment en français d'avoir de lourdes pluies, de gros vents ou des cafés violents, mais on entre dans un zone floue, qui va du légèrement étrange à l'insolite, et conduit parfois même au contre-sens : les fumeurs peuvent être lourds ou violents, mais c'est probablement une autre histoire. Ces collocations font partie de la compétence linguistique que nos acquérons très tôt dans notre enfance, sans que jamais on nous l'apprenne, un peu comme le genre des mots : le soleil et la lune, le changement et la rupture. Voilà, c'est comme ça. Les dictionnaires (français du moins, sauf rare exception) n'en donnent pas le répertoire. Pourtant, c'est une des zones de difficulté majeure pour les apprenants d'une langue. Vous en avez peut-être vous-même fait la cuisante expérience. Les mauvaises associations provoquent généralement l'incompréhension chez vos interlocuteurs à l'étranger, quand ce n'est pas l'hilarité.

Alors, changer fort, pourquoi pas ? La collocation standard en français est changement radical... Mais bon, Pour que ça change radicalement, je reconnais que ça ne marche pas fort du point de vue de la com. Et puis, les mauvais plaisantins se moqueraient aussitôt du radical... socialiste !

Pourquoi pas, donc ? La politique a le droit de faire de la poésie. Mais un changement fort, c'est proche d'une rupture tranquille, non ? Vous croyez qu'on va s'y retrouver ?

En tous cas, chez les agences de com, ça rame sec en ce moment (ou ça pédale dur, comme vous voulez), et ça craint grave.

44 Commentaires:

Anonymous jm a écrit...

Excellent billet! merci :)

13 décembre, 2006 10:28  
Anonymous Baldi a écrit...

Au niveau de la forme, il y a quelque chose qui me frappe c'est la similitude avec les codes graphiques du nouvel obs.
En fait c'est la première chose que j'ai remarqué, avant même l'étrangeté du slogan. Cette affiche ressemble à une couv du magazine. Est ce que des graphistes peuvent confirmer cela ? les polices de caractères sont elles similaires ?
Je ne vois que ça, ça brouille le message. Assez perturbant.

13 décembre, 2006 10:55  
Blogger all a écrit...

Beau billet, merci pour le cours, ça fait du bien ;-)

Modeste remarque : La pronominalisation, (le 'ça', pronom démonstratif lacanien en diable) dépersonnalise le message en même temps qu'il permet à tous d'être concernés, chacun habillant le "ça" de ses propres désirs - ou frustrations.
Un beau slogan populaire, évidemment pour le même à droite on aurait dit populiste ; choisi par les fédérations socialistes il n'est pas le slogan définitif de la campagne.

@baldi on dirait effectivement la une du nouvel obs.

13 décembre, 2006 11:07  
Anonymous Florian a écrit...

Beaucoup d'artistes, des écrivains, ont parfaitement joué avec cette collocation, par exemple Jorge Luis Borges.

13 décembre, 2006 11:17  
Blogger Kaa a écrit...

Marrant, je viens justement de découvrir le DAFLES, très intéressante ressource, je trouve.
Par contre, j'ai été surprise que tu ne cites pas l'inénarable Mel'cuk. Bon, l'interface est moins chouette, mais tout de même, quel boulot! (http://olst.ling.umontreal.ca/dicouebe/)

13 décembre, 2006 12:44  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour,

si "changer fort" nous emmenne du coté des collocations, est-ce que "changement radical" ne se trouve pas du coté des "syntagmes figés" - formules usées par le systematisme et l'emploi répété?

13 décembre, 2006 13:00  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Baldi> Jean Meyran vient de faire la même remarque sur le billet de Louis-Jean. C'st vrai qu'il y a quelque chose : le format vertical identique, les polices sans serif, le jeu roman/italiques... En même temps, je trouve l'affiche bien meilleure : photo non posée, beau jeu sur les flous, couleurs bien trouvées...

J'ai monté les deux côte à côte ici :

Et si c'était elle pour que ça change fort ?

Qu'est-ce que vous en pensez ?

13 décembre, 2006 13:19  
Blogger Jean Véronis a écrit...

All> le cours -- je ne peux pas m'empêcher ;-)

Tout à fait d'accord sur le pronom "ça". J'ai failli l'évoquer, et puis le billet m'a paru déjà long... C'est le genre d'astuce dont usent volontiers les politiques : dire sans le dire. Chacun peut mettre derrière le mot "ça" ce qu'il souhaite : la vie ? le mode de gouvernance ? les pesanteurs françaises ? le PS ? Très malin. Sarkozy fait d'ailleurs la même chose : la rupture avec qui ? avec quoi ? libre à vous d'interpréter. La France d'après D'après qui ? d'après quoi ?

13 décembre, 2006 13:26  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Florian> Oui. Borges, effectivement (avec tous les soucis que cela pose aux traducteurs !). Secouer les collocataires, c'est un procédé important de la littérature !

13 décembre, 2006 13:28  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Kaa> Le DAFLES est un beau projet, qui manque hélas de moyens. C'est dommage que nos éditeurs français soient aussi timides : il y aurait un beau dictionnaire à faire...

Mel'cuk : Oui, c'est la référence (mais le DEC est beaucoup moins "grand public" que le DAFLES, je ne voulais pas plomber l'audimat). J'ai une grande admiration pour lui. Jj'étais avec lui récemment à Chypre ;-) et il a parlé, justement, de collocations. Un très bel exposé.

13 décembre, 2006 13:32  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Anonymes> La frontière entre collocations et expressions figées est bien difficile à définir. A mon avis ce ne sont pas deux catégories séparée,mais plutôt un continuum. Enfin, en tous cas, c'est ce que j'essaie d'enseigner à mes étudiants. Et je me demande même si le figement ne naît pas de la collocation...

13 décembre, 2006 13:34  
Anonymous Cleo a écrit...

Puisque l'un a pris le "tranquille", l'autre a pris l'idée de "force". Et ils appellent ça "changement" et "rupture"...
Vous en reprendrez bien un peu ?

13 décembre, 2006 14:12  
Anonymous Anonyme a écrit...

il est amusant de constater que les slogans du PS et de l'UMP se ressemblent "fort" en se voulant différent, un semblant d'alternative derrière un consensus inconscient. Ironie du sort: On reproche la même chose aux 2 partis. Quand à la ressemblance avec la couverture du Nouvel Obs, elle me saute également aux yeux: tant la typo, les couleurs que le style de la photo, c'est certainement très calculé puisque ce journal est le plus représentatif du parti. On peut aussi y voir un choix lié à l'importance des médias dans cette campagne et à la prédominance de l'image (le visuel) sur les programmes(platitude des slogans). Une chose est sûr en tout cas, ce slogan sonne faux!

13 décembre, 2006 14:38  
Anonymous deroubaix a écrit...

Remarquons quand même que l'extension d'usage de l'adverbe fort peut être différent de région à région.
En Belgique francophone, fort est très souvent préféré à très. Je crois que c'est aussi sensible dans le Nord de la France.
Les collocations ne sont pas si figées que cela.

13 décembre, 2006 14:41  
Anonymous bijou contemporain a écrit...

Mon commentaire sur le billet precedent etait donc inutile puisque ce billet etait deja en route :-)

Si "pour que ca change radicalement" sonne un peu bancal aussi, je crois que le plus "naturel" aurait ete "pour que ca change vraiment".

Mais si les deux favoris des medias se revendiquent du changement et de la rupture, il est amusant de voir que les adjectifs colles a ces termes donne... "la force tranquile" !! Comme renouvellement des slogans politiques, on pouvait faire mieux...

13 décembre, 2006 15:59  
Anonymous Aurelie N a écrit...

deroubaix> C'est la premiere chose qui m'est venue a l'esprit en lisant ce billet... J'ai souvent l'impression que "fort" sonne faux quand j'entends parler mes amis du Nord - ils emploient frequemment "fort" pour "tres" - voire "beaucoup". Mais ce serait etonnant que le PS ait volontairement fait un slogan regionnal!

13 décembre, 2006 16:37  
Anonymous zimmer a écrit...

Quand je vois le mot changement, je sors mon blog sur les résistances au changement www.surtoutchangezrien.com parce que bien sûr en ce moment le changement est dans l'air et tous les candidats n'ont plus que ce mot à la bouche. Mais, le changement, c'est comme l'amour, ce n'est pas ceux qui en parlent le plus qui le font le mieux.
Pierre Zimmer

13 décembre, 2006 17:07  
Blogger yrduab a écrit...

"Fort" n'est il pas d'habitude un adjectif plutôt qu'un adverbe ?

L'adverbe formé sur "fort" est d'ailleurs "fortement".

Imaginons : "pour changer vrai" au lieu de "pour changer vraiment"

C'est sûr que changer fortement n'est pas porteur pour un slogan, mais au moins c'est français.

Il me semble donc qu'il s'agit d'une réelle faute de français et non pas seulement d'une collocation.

Car si on peut frapper fort, c'est parce que fort remplace fortement dans ce sens précis. En effet, vous ne frapperez jamais doux, mais doucement.

Le remplacement de l'adverbe (qui modifie le verbe) par l'adjectif (qui modifie le nom) est de plus en plus répandu (ramer sec !) mais reste fautif, à mon sens.

De même, un "café fort" est un nom doté d'un adjectif, un café fort est un café fortement dosé.

Le linguiste que vous êtes devrait donc être touché fort par cet emploi curieux.

Enfin, à toutes fins utiles, rappelons que l'adverbe est invariable en français, au contraire de l'adjectif qui s'accorde avec le nom qu'il nuance.

YR

13 décembre, 2006 17:13  
Anonymous Anonyme a écrit...

yrduab:
On frappe doucement, mais on file doux...
ce n'est pas d'aujourd'hui que la frontière entre adjectifs et adverbes est devenue perméable.

13 décembre, 2006 17:55  
Anonymous Jean-Louis a écrit...

Personnellement, ce slogan me rappelle une publicité d'eau minérale d'il y a une vingtaine d'années: "Saint-Yorre, ça va fort!"
Et par la suite, au bon vieux temps des BBS, j'ai lu une "tag line" ayant détourné ce slogan: "Survector, ça va fort!".
Ayant goûté du Survector, je dirai que pour moi, ce slogan, "ça" craint!

13 décembre, 2006 18:46  
Anonymous Anonyme a écrit...

L'adjectif "fort" présente dans ce slogan une fonction adverbiale. Le linguiste L. Tesnière appelle ce phénomène une translation, c'est-à-dire le passage d'une catégorie grammaticale à une autre, ici le passage de la catégorie des adjectifs à celle des adverbes. On peut citer comme autre exemple "manger sain" ou encore "voter utile". Ces emplois ne sonnent pas faux à nos oreilles car "sain" et "utile" se substituent finalement assez bien à "de façon saine" et "de façon utile". Mais "pour que ça change de façon forte" brouille un peu la compréhension: à quoi s'applique exactement "forte"? à l'intensité du changement? à sa radicalité? à la violence du changement? (manière forte)... Finalement, l'association entre le verbe "changer" et l'adjectif "fort" paraît tellement étrange qu'on n'est plus très sûr de comprendre ce que ça veut bien dire.

13 décembre, 2006 19:15  
Blogger VinZ a écrit...

Les collocations… mon sujet de thèse :)

100% d'accord sur le fait qu'il y ait autant de définitions de la collocation que de linguistes... Quand je présente mes travaux (comme l'an dernier à RECITAL), je prends toujours le temps de bien expliquer quelle définition j'utilise (en l'occurrence celle de Mel'Cuk, plus restrictive que d'autres).

En ce qui concerne le figement, dans mes travaux je reprend l'idée d'expressions semi-figées (que j'avais vue chez Grossmann et Tutin, mais je ne me rappelle plus si ce sont eux ou pas qui ont introduit cela) avec le fait que le collocatif employé dépend de la base (semi-compositionnalité).

Pour "changement radical", en me basant sur les définitions faites par Mel'Cuk, je considérerais ça comme une collocation. Puisque l'intensification ne s'exprime pas toujours de la même manière selon les mots (à l'inverse de "coûter cher" par exemple)

13 décembre, 2006 19:31  
Anonymous Anonyme a écrit...

Mais un changement fort, c'est proche d'une rupture tranquille, non ? Vous croyez qu'on va s'y retrouver ?

Qui vous savez reconnaîtra les siens. Le premier s'adresse aux zélotes, le second aux zélites.

François Marie

14 décembre, 2006 09:13  
Anonymous Anonyme a écrit...

Correctif
Vous avez écrit: "Mais un changement fort, c'est proche d'une rupture tranquille, non ? Vous croyez qu'on va s'y retrouver ?"

Bien sûr. Qui vous savez reconnaîtra les siens. La rupture tranquille rassure les élites, le changement fort est destiné aux ilotes : les zélotes leur vendront ça pour une révolution.

François Marie

14 décembre, 2006 09:25  
Blogger Vicnent 31415 a écrit...

"Sarkozy fait d'ailleurs la même chose : la rupture avec qui ? avec quoi ? libre à vous d'interpréter."

Pitié, Jean, pas ça ! Je t'invite à relire "témoignage" de l'intéressé. La rupture est clairement expliquée. Comme dans n'importe quel meeting UMP d'ailleurs...

Alors qu'avec Marie-SR, les 35h : c'est au programme du PS (et nulle part ailleurs dans le monde d'ailleurs) mais pas/plus au programme perso de Marie-SR ! Avant, on était pour ou contre. Ce qui change fort avec le PS, c'est que maintenant on est ni pour ni contre, d'ailleurs, tout (et son contraire) sont au programme...

Mais bon, mon commentaire devient politique là...

14 décembre, 2006 12:52  
Anonymous Anonyme a écrit...

En réponse à l'appel à commentaire de Jean sur le graphisme de l'affiche, je la trouve complètement ratée...
Les polices sont mal équilibrées, "trop tassées" dans la largeur en ce qui concerne le slogan et le nom, pourquoi ce noir dense qui tranche sur le fond ? Une impression de brouillon se dégage de tout cela.
Je ne parle même pas du "logo" Parti Socialiste, à croire qu'un peu d'espace était vraiment trop difficile à trouver.
Les flous utilisés dégagent le visage de SR mais n'apporte que perturbation, à mon sens.
Quant à l'"auréole" de flashs, je ne suis pas sûr que suggérer une image de "madone" ou une icône soit un bon choix marketing pour se rapprocher des électeurs...
Les personnes de dos au premier plan, même floutées sont incongrues.
La couverture du nouvel observateur est plus "douce" dans l'intégration des textes même si là encore l'accroche est trop "tassée" à mon goût (interligne vraiment insignifiant alors qu'il y avait la place ), la photo "fait" femme d'état, l'affiche de mon point point de vue fait "people"...
Après doit-on privilégier le nom où le slogan ? et enfin pour finir, une question au linguiste : changer fort pourquoi pas, "pour que ça" sonne suffisemment mal à l' oreille pour ne pas l'employer à l'écrit... on ?

14 décembre, 2006 14:51  
Blogger lampito a écrit...

"c'est fort bien"; "c'était fort intéressant": ce "fort" m'a toujours énervée, je lui trouve quelque chose de mondain, préciosité du pauvre (en mots), effort pathétique pour paraître cultivé - plutôt écrit que dit, ou encore plus ridicule dit qu'écrit... bref, est-ce une réaction épidermique à ce terme que je n'imagine prononcé, dans ce contexte, qu'avec l'accent snob?
Autant dire que le "changement fort" m'a posé quelques problèmes... mais il est tellement bancal, il joue tellement sur les contrastes, les évocations (la "force tranquille"! le tranquille déjà pris, il reste le fort... eh oui).
...
pourquoi pas?

14 décembre, 2006 19:41  
Anonymous michel a écrit...

tu es drole et pertinent sur un sujet tres interressant! hop bookmarks!

15 décembre, 2006 11:44  
Anonymous David Wynot a écrit...

Je me souviens de
Le changement dans la continuité

Je me souviens de
La force tranquille

Je me souviens de....

Mais "changer fort",
c'est une rupture qui s'annonce pas-tranquille.
C'est sortir du "à gauche mais pas trop" qui tente de gagner le centre mou, flou ou indécis. C'est le contre-pied de "rupture tranquille" d'ailleurs

Wynot

15 décembre, 2006 13:59  
Anonymous MuaTib a écrit...

Sans vouloir paraître outrecuidant je crois que la colocation (dans le sens partager un logement) s'écrit avec un seul l. (même si le formulaire de saisie des commentaires le souligne comme une faute, comme l'accent circonflexe sur paraître d'ailleurs)

15 décembre, 2006 15:24  
Anonymous ragnvald a écrit...

Voilà donc un slogan qui porte: ça va changer fort! Mais qu'est-ce qui va changer ? Quel est le contenu de ce changement ? On sait que ça devrait être fort. Le mot "fort" me semble un accessoire qui polarise toute l'attention, au détriment du principal.
A l'époque de "la force tranquille", on ne parlait déjà que de changement, et ce slogan en suggérait les modalités : une manière de puissance sans violence, durable car sûre de son fait, tranquille, quasi sereine; une manière rassurante de faire ce à quoi tout le monde semblait aspirer. Autrement dit, une sorte de révolution de velours.
A côté de cela, "pour que ça change fort" me paraît... bien faible. La force tranquille, c'était l'image que voulait donner de lui un personnage, tandis que "ça", comme il a été remarqué, ne renvoie à personne, "ça" me semble ressortir à une sorte de pensée magique, c'est l'équivalent du "il" pronom dit "impersonnel" : aujourd'hui "il" pleut, mais demain "ça" va changer, et "ça" dépend de choses qui ne dépendent pas de nous.
Remarquez aussi dans ce sens le "et si c'était elle..." (et ses judicieux points de suspension), qui évoque le titre d'un roman, ou s'en inspire (Et si c'était vrai.). Y aurait-il de la volonté divine dans l'air?
Dans "la force tranquille", la force était le socle, le substrat, l'assise, une force que venait tempérer la tranquillité, la sérénité.
Dans "pour que ça change fort", la force s'est transformée en attribut, sorte d'adjectif-adverbe qui semble un rajout de dernière minute, pour essayer de donner un semblant de... force à ce qui n'en a pas.
Parce que changer, c'est faible, ce n'est pas transformer, c'est vague, ce n'est même pas modifier. Car transformer et modifier réclament un objet, et un sujet personnel (qui transforme ou modifie quoi?), tandis que changer peut se suffire à lui-même comme ici.
Un avant-dernier point: "pour que" renvoie au futur, et à un désir implicite de changement, tandis que "la force tranquille" était déjà présente, presque intemporelle, le changement était prêt.
Un dernier point: je me fiche de la politique.

16 décembre, 2006 16:07  
Anonymous Guillaume Allègre a écrit...

Une petite curiosité : parmi tous les exemples de collocation donnés par Jean pour l'intensité :
de fortes pluies, de vents violents, de grands fumeurs, de lourds bilans, de gros rhumes ou de cafés corsés, si on cherche l'effet inverse (atténuation), on s'aperçoit que "léger" convient dans tous les cas, sauf pour "fumeur".

Est-ce une règle générale ? ie le lexique utilisé pour l'accentuation serait toujours plus large que celui utilisé pour l'atténuation ?

16 décembre, 2006 21:02  
Anonymous Frogman a écrit...

C'est notamment parce qu'il indique les collocations que le Longman est mon dictionnaire anglais favori.

16 décembre, 2006 23:23  
Anonymous Charles' a écrit...

Je rentre de Chine. Je confirme. Ca va changer fort. Très fort...

17 décembre, 2006 12:21  
Anonymous Anonyme a écrit...

Ça craint velu, même.

En réponse à plus haut : oui et oui, la typo (mal) utilisée sur l'affiche, le Gill Sans, est celle de la têtière du Nouvel Obs.

21 décembre, 2006 04:00  
Anonymous Anonyme a écrit...

Ah pardon ! Ce n'est pas du Gill. C'est du Futura.
Mais c'est très curieux cette association avec l'Obs, (qui utilise le Gill) malgré tout. Très curieux.

21 décembre, 2006 04:05  
Anonymous ManuMeuh a écrit...

Bon, ça y est ! J’ai retrouvé Internet et j’ai tout rattrapé… Comment qualifier l’ensemble de ces 2 mois d’articles… C’est la grande classe comme toujours !

Une mine d’information passionnante !

Vraiment, bravo ! Meuh !

21 décembre, 2006 16:44  
Anonymous Christian Dubuis Santini a écrit...

En tout cas ici, question linguistique, "ça" déménage velu si je puis m'autoriser… :-D

Merci.

21 décembre, 2006 23:19  
Blogger Gabrouze a écrit...

à méditer peut être.
Le language et son traitement automatique sont des choses très subtiles ... non ? ;o)
Ceci dit, bravo pour votre travail, il semble maintenant évident que la communication et tous ses principes font partis de ce concept nébuleux qu'est la politique (cité).
Pour survivre, il faut savoir se montrer fort comme le chêne tout en se pliant comme le roseau (sans trop le montrer bien sur :o)) ... Ahhh Jean* si tu étais encore là ...

* "de La Fontaine"

22 décembre, 2006 02:09  
Anonymous wallaye a écrit...

C'est intéressant tout ça.
Ca change fortement de la campagne elle même, qui débouche sur un sarko-sego. Je veux pas faire de la politique, mais quand même on est au même niveau que les élections US, avec 2 idiots au coude à coude qui utilisent la même boite de com, et le peuple bovin qui n'a réellement pas envie de révolution, qui attend que ça passe.
Analyserez-vous la sexualité sémantique des campagnes de sego (avec un électorat potentiellement féminin) vs sarko (électorat potentiellement plus mâââle)?

23 décembre, 2006 13:04  
Anonymous marie vie a écrit...

Hello,

Je viens de découvrir ton blog...

Très intéressante analyse sur cette affiche...

Je reviendrais te lire...

A bientôt

28 décembre, 2006 16:41  
Anonymous RichardB a écrit...

dans les discussions de bistrots, on dit qu'elle y va FORT de café la Ségolène !

Allez, que 2007 ça soit fort pour vous aussi !

31 décembre, 2006 17:44  
Blogger Christian Diebold a écrit...

Bonjour,
Permettez de vous signaler l'existence du "Dictionnaire des cooccurrences" de Jacques Beauchesne, chez Guérin (Montréal, Québec), 2001, ouvrage qui comble fort utilement une lacune (béante, considérable, criante, grave, regrettable, sérieuse, etc...)
Christian Diebold
traducteur anglais>français

01 janvier, 2007 13:40  
Anonymous Un partisan des signes diacritiques même majuscules a écrit...

J'aurais écrit "Ça..." plutôt que "Ca..." (dans le titre)

11 janvier, 2007 22:39  

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