Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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dimanche, juin 12, 2005

Onomastique: Villepin, rigolo ou cocorico?

Décidemment, Europe 1 aime le langage! Je citais l'autre jour l'émission de Pascale Laffite-Certa. J'en découvre une autre aujourd'hui grâce au Canard Enchaîné, qui cite l'émission du généalogiste Jean-Louis Beaucarnot, diffusée le dimanche matin à 10h. Jean-Louis Beaucarnot y décortiquait le 5 juin le nom de notre nouveau Premier Ministre, Dominique Marie François René Galouzeau de Villepin.

extrait canard enchaîné

Le "de" ne serait pas une particule de noblesse, mais il serait dû à une propriété possédée par la famille. Quant au nom Galouzeau, il viendrait de l'ancien verbe galer ("s'amuser, plaisanter") que l'on retrouve dans galéjade, gauloiserie. Galouzeau, c'était sans doute le rigolo du village...

J'ai écouté l'émission dans son entier, puisque Europe 1 offre un excellent service qui permet de réécouter ses émissions sur le Net (ici -- sauter le début, l'émission démarre après le journal vers 10h09). J'ai trouvé que c'était plutôt bien fait. Pendant une heure, des auditeurs appellent et Beaucarnot décortique la généalogie de leurs patronymes: on y apprend des choses très intéressantes sur les sobriquets, les vieux noms de métiers, de lieux, etc. qui ont donné nos noms de famille à partir du XIIème siècle. Auparavant les gens ne possédaient pas de nom patronymique. La tradition romaine distinguait les individus à l'aide de trois noms (tria nomina): le praenomen particulier à chaque individu, le nomen désignant la famille, et le cognomen, un surnom qui en désignait la branche (par exemple le nom complet de Cicéron était Marcus Tullius Cicero), mais cette tradition s'était perdue avec la chute de l'empire romain.

Jean-Louis Beaucarnot nous explique que le premier à avoir associé les noms de Galouzeau et Villepin est un certain Jean-Baptiste Galouzeau de Villepin, Capitaine général des fermes du Roi dans les Vosges, au XVIIIème siècle. Il n'y aurait donc aucune aristocratie dans tout ça, simplement le nom d'une propriété possédée par la famille (mais qui ne semble pas pouvoir être localisée), et le Premier Ministre serait donc aussi roturier que vous (peut-être) et (en tous cas) moi.

description émission europe 1

Ca m'a un peu intrigué, quand même, et j'ai cherché sur GeneaNet, le méga-site généalogique que Jean-Louis Beaucarnot cite d'ailleurs abondamment à d'autres occasions. GeneaNet nous apprend que l'association des deux noms remonte au mariage du grand-père de ce Jean-Baptiste Galouzeau de Villepin, Honoré Galouzeau, qui a épousé une certaine Marie de Tourmont de Villepin. Le site consacré à la descendance capétienne nous en apprend un peu plus, puisqu'il liste Galouzeau de Villepin parmi les survivants de la descendance de Capet... Donc, si ça n'est pas du sang bleu (par alliance, évidemment), ça y ressemble bigrement. On peut aussi voir sur GeneaNet (ici) que les Galouzeau de Villepin ont eu le bon goût de s'allier au fil des générations avec des Blair de Balthayock, Sazerac de Forge, de Laborde Lassalle, Foucauld de Malembert, du Plessis de Grénédan, Champierre de Villeneuve, Porteu de La Morandière, etc. Ouf, ça me rassure. Que du beau monde!

extrait généalogie

Plaisantin le Galouzeau? Rien n'est moins sûr. Je crois que Jean-Louis Beaucarnot s'avance un peu vite, et que le Canard suit trop facilement. Dominique de Villepin a lui-même une autre théorie sur son nom. Un article du Monde du 30 avril avait retenu mon attention: « Gal veut dire coq, et ouzeau, oiseau. C'est bien français, non ? ». Alors, qui a raison? On peut supposer que notre Premier Ministre, cultivé et poète, connaît l'histoire de son nom... Mais on peut aussi imaginer qu'il n'est pas trop fier de son plaisantin d'ancêtre, craignant peut-être de voir apparaître les "galéjades" dans la presse après les "raffarinades"!

extrait canard enchaîné

En fait, peut-être que Villepin ne sait pas très bien d'où vient Galouzeau. Les patronymes et toponymes en gal- sont très compliqués et souvent plus ou moins étymologiquement obscurs. Il y a des tas d'origines pour le préfixe gal. Le verbe galer, "s'amuser", bien sûr. Gal, le coq, évidemment. Mais il y a aussi les dérivés de gallus, "gaulois" (c'est d'ailleurs un jeu de mot basé sur cette homonymie qui a donné notre symbole national, le coq gaulois). Il y a aussi tout bonnement le prénom Gall, et plein d'autres possibilités. Le dictionnaire des noms de familles de Jean Tosti nous avoue sa grande incertitude sur ce patronyme (voir ici), qui se décline aussi en Gallausiaux, Galausiaux, Galauziaux, Gallauziaux, Galoseau, Galosiaux selon les régions.

Jean-Louis Beaucarnot nous apprend en tous cas que le frère de Dominique de Villepin, Patrick, a écrit un livre sur l'histoire de la famille. Et de fait, j'en trouve la notice sur le catalogue de la BnF : Maintenir : histoire de la famile Galouzeau de Villepin, 1397-1987 / P. de Villepin, 1987. Pas encore numérisé, hélas <><, et je ne vais pas avoir l'occasion de faire un saut à la BnF ces jours-ci, mais si un(e) lect(eur|trice) se sent de continuer la contre-enquête, qu'(il|elle) n'oublie pas de nous faire partager ses trouvailles dans les commentaires! D'ailleurs, je sais que j'ai des lecteurs assidus à la BnF, c'est pour eux à une portée de main ;-)

13 Commentaires:

Anonymous Monsieur Aponaute a écrit...

J'aurais pas mal de commentaires au sujet de votre amusant article, je vais tenter de me limiter. 1/ Votre définition du cognomen mériterait d'être développée. Vous le confondez avec le 2e nom gentilice, car certaines familles (à "branches" en effet) en possédaient parfois 2/ Le cognomen était le vrai prénom usité, le praenomen étant lui devenu caduque, n'étant jamais usité, purement formel. D'ailleurs en italien "prénom" se dit cognome aujourd'hui ! Relisez Montheillet.
2/ Je vois dans le mot francique qui a donné "gai" une fraternité sémantique avec galer ! Le cheval est "gai" en héraldique, quand il est débridé. ça promet pour la manière dont le prochain gouvernement sera mené ! Je pense plus à du francique qu'à du latin (coq) ou à du gaulois (gal-). C'est un Gai Luron le Villepin.
Quant à la noblesse, le nombre de gens qui confondent particule avec noblesse c'est dingue ! Mon blog parle de tout ça :
http://apono11.over-blog.com/
A bientôt de vous lire.
Monsieur Aponaute.

13 juin, 2005 18:45  
Anonymous Monsieur Aponaute a écrit...

PS : Quant à ce site sur le sang capétien, je le connais, c'est n'importe quoi !!!

13 juin, 2005 18:48  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Merci pour ces commentaires très érudits, M. Aponaute! Sur les tria nomina, je reconnais que je cite de mémoire des souvenirs de lycée, mais je vois avec une petite recherche internet qu'ils sont toujours enseignés de la même manière à nos jeunes:

http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/anti/gymling/latvoc10.htm

Ce que j'ai appris c'est que c'était le 2ème nom qui était le nomen gentilicum. Mais si je me trompe je ne suis pas le seul:

http://perso.wanadoo.fr/alain.canu/Epigraphie/tria%20nomina.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tria_nomina
http://www.legionxxiv.org/nomens/
etc.

Ceci étant l'usage a certainement beaucoup changé au cours des siècles. Le cognomen est effectivement devenu le nom par lequel on a fini par désigner les gens. Je vois d'ailleurs que l'exemple de Cicero (la verrue en forme de pois chiche) qui a dû marquer des générations de gamins, est un classique repris par tout le monde!

Mais vous m'avez intrigué. Il faut toujours se méfier des idées reçues et je m'en vais farfouiller plus avant!

Sur gai, oui, peut-être bien, je n'y avais pas pensé! Le mot est d'origine germanique (peut-être gothique, nous dit P. Guiraud, mais qui le sait?) et il nous parvient à travers le provençal. Il avait au départ un sens de "liberté" (d'où l'usage héraldique). "Gai Luron le Villepin", j'adore. Ca me rappelle une BD...

Merci d'être passé. Je vais aller faire un tour chez vous.

13 juin, 2005 21:03  
Blogger Vicnent 31415 a écrit...

Voila un commentaire qui n'en rassurera pas plus d'un à particule.
Mon ex petite amie, démographe, m'avait raconté une anecdote à ce propos que racontait sa prof en DESS.
Au moyen age, il y a avait déjà beaucoup de "filles de joies" qui faisaient le plus vieux métier du monde. Or, ces filles n'avaient en général qu'un prénom. Quand il s'agit de leur donner un nom (je ne connais pas la date), on leur donna des noms "géographique". Par exemple, Patricia de la Clairière. Héritant ainsi d'une chouette particule.
Il faut le savoir, aujourd'hui encore, beaucoup de patronymes à particule sont des descendants de "fils de pute".
Feu mon Ami Pierre Desproges aurait certainement ajouté "Etonnant, non?"

14 juin, 2005 11:18  
Anonymous Francis Le Bras a écrit...

Google nous fournit une autre piste. Taper Villepin dans le moteur de recherche, la première réponse hors actualité est la bio au ministère de l'intérieur de Nicolas Sarkozy. Cela donne à réfléchir...

17 juin, 2005 14:26  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Francis> Absolument génial. Je l'ai posté! Merci!

17 juin, 2005 14:43  
Anonymous Anonyme a écrit...

Dans une France qui perd ses repères, au lieu du repli sur soi, du morcellement de la société, de la France sarkozyenne divisée en communautés, il faut que la France se rassemble et réaffirme l'unité et la cohésion nationale. Il faut retrouver la France derrière des hommes qui croient en leur pays et sont décidés. Il existe des alternatives au camp de la résignation (Sarkozy, Villepin)...

Avec NDA - NICOLAS DUPONT-AIGNAN : un projet novateur pour le rassemblement de la France en 2007, une force nouvelle de proposition, un vraix choix d'avenir à la place du duel factice entre UMP ou PS et du n'importe quoi des extrêmes.

Croire en la France : NICOLAS DUPONT-AIGNAN PRESIDENT !
www.nda2007.fr

16 décembre, 2005 22:53  
Anonymous Anonyme a écrit...

Je travaille avec un véritable de VILLEPIN pas la "branche" Galouzeau et je peux vous assurer que ce cher premier ministre n'est pas plus noble que la chévre de Mr SEGUIN.
La véritable famille noble de VILLEPIN ne lui reconnais en aucun cas une once d'aristocratie.

12 mars, 2006 21:50  
Anonymous Anonyme a écrit...

Je voudrais revenir sur l'hypothése : le grand pére Galouzeau roturier épousant une demoisellle de villepin , noble . Dans ce cas , la régle de transmission est formelle : les enfants et descendants sont roturiers . En France , la noblesse se transmet d'aprés la loi Salique , c'est à dire uniquement par le pére ( meme si cela déplait aux féministes !)
Un peu d'humour : quand Sarkozy , qui lui est noble en Hongrie , parlait de "racaile" , on s'est peut etre trompé de cible !

28 mars, 2006 10:09  
Anonymous Anonyme a écrit...

Est-ce qu'un oiseau peut avoir la galle?

13 avril, 2006 10:10  
Anonymous alphoenix a écrit...

Même lorsque l'on ne veut pas vous lire, on tombe sur vous... Encore une fois félicitations. de VIllepin n'est point onomastiquement doté, mais son rival l'est...

10 juillet, 2006 23:24  
Anonymous Anonyme a écrit...

étant issue de la noblesse, je trouve que les commentaires effectués sur ce site ne sont pas toujours des plus constructifs et dénués de tous dicernements;a forciori quand on connaît la simplicité et le bon goût du personnage critiqué. tout le monde n'a pas , de toute évidence , la chance d'avoir reçu l'éducation prodiguée par l'aristocratie.

02 mai, 2007 16:38  
Blogger michel a écrit...

Un petit mot pour Anonyme "issue de la noblesse" mais à l'évidence pas de l'Académie française ce qui me conduit à quelques réserves sur la chance d'avoir reçu l'éducation prodiguée par l'aristocratie: discernements s'écrit avec "sc" et non pas c. Quant à fortiori, ça ira mieux avec un "t".
Bien le bonjour de la roture.

19 décembre, 2008 22:49  

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