Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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vendredi, novembre 26, 2010

Fillon: Réforme, fiscalité, crise

En complément à mon billet d'hier, j'ai calculé quels étaient les trois mots les plus spécifiques du discours de politique générale de François Fillon. Certains mots peuvent en effet être fréquents dans un discours donné, mais s'ils sont également fréquents dans tous, leur signification est faible. C'est le cas de mots tels que France ou République, fortement présents dans tous les discours de politique générale. Je vous passe les détails mathématiques, mais on peut considérer que ces mots ne deviennent significatifs d'un discours particulier que si leur fréquence y dépasse largement la moyenne. C'était le cas, d'ailleurs, dans le discours de politique générale de François Fillon en 2007. Les trois mots qui émergeaient statistiquement de son texte étaient:


Reste bien sûr à interpréter pourquoi François Fillon mettait un tel accent à l'époque sur la France et la République. Volonté de rassemblement ? Cela irait dans la lignée du gouvernement d'ouverture.

Ces mots France et République sont à nouveau présents en 2010, bien entendu, mais ils se sont assagis. Leur présence n'est plus statistiquement significative par rapport à l'ensemble des discours. Les trois mots les plus significatifs du dernier discours sont :


Cela me semble en effet bien résumer la tonalité générale du discours, du moins telle que je l'ai perçu. On notera le net recul du mot travail...

J'en ai profité pour mettre à jour la liste des mots significatifs pour l'ensemble des discours de politique générale de la Ve, que j'avais élaborée en 2007 (voir analyse ici):

2010Fillonréforme fiscalité crise
2007Fillonfrance république travail
2005Villepinemploi jeunes entreprises
2002Raffarinétat français république
1997Jospindémocratie solidarité publique
1995Juppeétat emploi partenaires
1993Balladurétat entreprises société
1992Beregovoychômage avenir confiance
1991Cressoneurope développement industrie
1988Rocardespoir recherche forte
1986Chiracloi sécurité liberté
1984Fabiuspense souhaite sens
1981Mauroyfrance travail loi
1976Barrepays inflation action
1974Chiracpolitique vie monde
1969Chabansociété développement sociales
1968Couvenationale besoin participation
1962Pompidouexpansion algérie avenir
1959Debrealgérie effort liberté

On y voit l'air du temps, comme disait Guy en commentaire sur mon billet d'hier. Debré et Pompidou l'Algérie, Chaban la société, Couve de Murville la participation, Barre l'inflation... J'ai beaucoup d'émotion à relire certains de ces discours.

6 Commentaires:

Anonymous Lgib a écrit...

Ah... Beregovoy : chômage avenir confiance. 18 ans plus tard, ces trois mots mis ensemble ont une drôle de résonance.

26 novembre, 2010 16:45  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui... et de même le playdoyer de Rocard pour la recherche, quant on songe à la débâcle actuelle de l'université et de la recherche françaises ! (dernier témoignage en date ici).

26 novembre, 2010 16:52  
Anonymous Ferocias a écrit...

je me demande ce que pense le technicien du langage de l'expression "diagnostic partagé"

30 novembre, 2010 20:38  
Anonymous paper writing a écrit...

J'aime reste bien sûr à interpréter pourquoi François Fillon mettait un tel accent à l'époque sur la France et la République.)))

04 décembre, 2010 12:32  
Blogger Agnès a écrit...

Bonjour,
Les mots volontairement bannis des discours ne sont-ils pas eux aussi très révélateurs ? Je pense au mot "rigueur" par exemple...
Trop présents ou absents, ils signifient quelque chose !
Cordialement
Agnès
http://doutagogo.com

07 décembre, 2010 06:14  
Blogger Jean Véronis a écrit...

En effet, il y a des mots qui sont "grillés", comme ça, et qu'on n'a plus le droit d'utiliser...

07 décembre, 2010 07:40  

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jeudi, novembre 25, 2010

Outil: Les discours de politique générale de la Ve République

Je viens de mettre le dernier discours de François Fillon en ligne sur mon site dédié aux discours de politique générale des Premiers ministres sous la Ve République :


Celui du 24 novembre était le 20e du genre, et comme vous le verrez, mon outil permet de faire des recherches dans tous les discours, et d'afficher divers nuages et graphiques. Voici par exemple le nuage des mots les plus importants de ce dernier discours:

Discours de F. Fillon (2010)

Le discours de François Fillon  est intéressant à comparer avec celui de 2007. A part les mots quelque peu obligés de France et République, on voit qu'à l'époque François Fillon insistait sur le gouvernement, alors que dans le dernier discours c'est le monde qui émerge.

Discours de F. Fillon (2007)

Ce chassé croisé n'est peut-être pas anodin... En 2007, François Fillon se mettait au travail, pouvait encore croire qu'il serait pleinement chef du gouvernement, mais le président de la République a montré depuis qu'il empiétait largement sur ce rôle. Échange de bons procédés ? Inconscient qui travaille ? La préoccupation mondiale est d'ordinaire celle du chef de l'Etat... Sauf quelques exceptions: le Premier Ministre champion du monde était Jacques Chirac en 1974 sous Valéry Gistard d'Estaing. C'est le seul qui est devenu président de la République à part Georges Pompidou (mais les circonstances étaient un peu particulières pour celui-ci)...


A lire

4 Commentaires:

Blogger Guy a écrit...

Bonsoir,

Le premier mot que j'ai cherché avec votre outil a été "peur", j'ai été étonné qu'il soit très présent dans ce discours et très peu dans les autres. J'ai ensuite lu le blog de votre collègue Pascal Marchand qui a noté cette "sur-utilisation du terme “peur”".

Les mots qui sont dans l'air du temps ne sont-ils pas constitutifs de ce genre de discours ?

Merci pour votre apport à l'ouverture d'esprit.
Guy
PS : pensez-vous qu'il soit possible de chercher toutes les formes d'un verbe : pour les verbes du premier et deuxième groupe l'expression régulière est simple mais pour ceux du troisième groupe c'est plus compliqué (par exemple avec vouloir, j'ai forgé v[oe]u[txl].* mais cela n'inclut pas "veuil*"

25 novembre, 2010 21:30  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, six fois le mot peur(s), c'est beaucoup. Il apparaît très ponctuellement dans quelques autres discours (voir graphique), mais la plupart des Premiers ministres ne l'ont pas utilisé. La peur dont il parle est la "peur du changement", qu'il oppose au "courage des réformes". C'est aussi Fillon qui emploie le plus ce mot de courage. C'est cette opposition courage/peur qui me paraît significative, plutôt que la seule utilisation du mot peur.

Bien sûr chacun des discours reflète l'air du temps, que ce soit des mots ou symboles passagers (comme les roses de Pierre Mauroy) ou bien le reflet des problèmes et difficultés de l'époque (comme l'Algérie pour Debré et Pompidou, ou l'inflation pour Raymond Barre)...

Il me semble que l'expression ci-dessous fonctionne à peu près :

(voul|veu|veuil).*.

On pourrait complexifier un peu si on ne veut pas ramener une veuve au milieu :

veu[xt]|(voul|veuil).*.

26 novembre, 2010 08:36  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Guy> J'ai retrouvé un billet que j'avais écrit en 2007, et qui donne les mots spécifiques de chacun des discours (ici). On y voit l'air du temps...

26 novembre, 2010 09:05  
Anonymous jean-Claude Deroubaix a écrit...

L'explication par l'air du temps reste un peu floue. Dans mon travail sur les déclarations gouvernementales en Belgique (1997), je montre la manière dont se concrétise réellement cette notion "d'air du temps" que je préfère appeler"problèmes de l'heure". Le choix de problèmes est important car des gouvernements qui se succèdent partagent un lexique qui fait référence à des problèmes, leurs solutions pouvant diverger, même si choisir les mots pour poser un problème contraint souvent déjà la solution. On voit que sous cet "air du temps" se cache la question toujours complexe de la continuité et du changement des politiques. Aucun gouvernement (sauf révolution, et encore) ne trouve le terrain politique vierge, il hérite de beaucoup de chose et donc aussi du vocabulaire de son prédécesseur.
Cela donne souvent des enchaînements de discours et ce que l'on peut appeler des chroniques lexicales.

18 décembre, 2010 02:06  

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mardi, novembre 16, 2010

Lexique: Rom ou Français ?

Je parlais il y a quelques semaines de l'amalgame insidieux que l'on a senti monter depuis cet été en France (et auparavant en Italie) entre Roms et Roumains... Grande a été ma stupéfaction d'entendre cette opposition dans la bouche du chef de l'Etat ce soir :

"Qu'on soit Rom ou Français, il faut respecter les lois de la République".

Et si l'on est Rom et Français, ce qui est le cas de nombreux compatriotes ?

 

Comment un président de la République Française peut-il mélanger ainsi ethnies et nationalités, et afficher une telle méconnaissance des fondamentaux d'un des dossiers les plus médiatisés de l'année, y compris sur la scène internationale ?

Le candidat Nicolas Sarkozy disait pourtant :

Je veux être le Président qui réconcilie les Français entre eux, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur religion... (discours du 11/02/2007 à la Mutualité).

Belle promesse.

J'ai également été consterné de ne voir aucun commentaire sur les différents sites d'information, qui sont pourtant prompts à transcrire les fragments du débat. Nul n'a relevé.

Et si l'on s'amusait à remplacer ?

"Qu'on soit Juif ou Français..."
"Qu'on soit Musulman ou Français..."

etc.

18 Commentaires:

Anonymous JR a écrit...

"Noir ou européen
homosexuel ou italien
con ou français..."

16 novembre, 2010 23:29  
Anonymous grugru a écrit...

a-t-on vraiment les politiques qu'on mérite ?

17 novembre, 2010 02:10  
Anonymous michaël a écrit...

@grugu : forcément, sinon que signifierait l'expression «démocratie représentative» ?

@jean : merci ! s'il en reste un tu seras celui-là... j'apprécie tout particulièrement la proximité de ton billet et du livre co-écrit avec Calvet ; bel écho.

17 novembre, 2010 03:33  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Grugru> Probablement... C'est bien là le problème.

17 novembre, 2010 07:43  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Michaël> Merci de la remarque ! Du coup j'ai retrouvé une phrase particulièrement pertinente du candidat : "Je veux être le Président qui réconcilie les Français entre eux, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur religion..."

Elle est tellement belle que je l'ai ajoutée dans le texte.

17 novembre, 2010 07:44  
Anonymous antoine a écrit...

J'ai connu un africain blanc très bien aussi.

17 novembre, 2010 09:56  
Anonymous Laurent a écrit...

Il y a aussi des Roms non français et des Français non roms.

Il me semble acceptable de faire l'union (ou) de deux ensembles, même s'ils ne sont pas entièrement disjoints.

17 novembre, 2010 11:11  
Anonymous EtienneB a écrit...

Le problème, c'est auto-reconnaissance.

Un juif français se reconnait dans la nation française. Idem pour un musulman.

Alors que la fierté nomade des roms leur fait refuser la nation, et toutes ces contraintes...

De plus, c'est ne pas voir que les français ont changé le vocabulaire et qu'ils n'utilisent plus roms pour des français, mais plutôt gens du voyage, gitans ou encore manouches, terme d'ailleurs plus ou moins péjoratif.

Fonder la critique sur "roms ou français" et à mon avis une erreur.

Surtout quand, à coté, on a une phrase magnifique : "la nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère".

Là, pas même d'implicite, la phrase est directement en rupture avec la Constitution

17 novembre, 2010 13:54  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Laurent> Malheureusement le "ou" de la langue n'est pas celui de la logique. Sinon, expliquez à votre resto favori que "fromage ou dessert" est un "ou" inclusif...

17 novembre, 2010 14:42  
Blogger Jean Véronis a écrit...

EtienneB> Je crois que vous allez peut-être un peu vite en besogne en affirmant que les roms (en général) refusent d'être français... Il y a des roms parfaitement intégrés.

Mais quoi qu'il en soit, cela n'autorise pas le président de la République à faire cet amalgamme, dont le contexte était extrêmement clair. Ce n'était pas un simple lapsus, tout le contexte le prouve (comme la phrase que vous citez). Je partage complètement votre analyse sur le dernier point.

17 novembre, 2010 14:46  
Anonymous Laurent a écrit...

Jean> Et quand, dans ce même restaurant, après le plat, on me demande "Souhaitez-vous un dessert ou un café ?", le serveur sera ravi si je désire les deux.

De même si un recruteur recherche quelqu'un qui parle anglais ou allemand, les chances d'être embauché devraient augmenter si l'on parle ces deux langues à la fois.

Le "ou" du français est tantôt exclusif, tantôt inclusif selon le contexte. D'ailleurs, selon le sens que l'on donne, on accorde le groupe au singulier ou au pluriel.

"Que l'on soit juif, français, riche, grand ou noir, on a les mêmes droits." Cette phrase ne me choquerait pas.

Je suis d'accord que la phrase de Nicolas Sarkozy n'est pas adroite, mais je la trouve acceptable.

17 novembre, 2010 15:39  
Anonymous Thierry a écrit...

J'avais lu quelque part que le "ou" français était inclusif au contraire de l'anglais où c'est exclusif, d'où l'anglicisme pas très heureux du "et/ou".

Pourriez-vous confirmez 'ou' infirmer ? :-)

Merci.

17 novembre, 2010 17:59  
Anonymous Laurent a écrit...

Thierry, c'est une bonne remarque. J'ai toujours lu que le "et/ou" était une aberration et qu'un simple "ou" suffisait.

Je viens de trouver une argumentation plus détaillée : http://www.druide.com/points_de_langue_22.html

17 novembre, 2010 18:58  
Anonymous Sarah a écrit...

Bonjour je viens de découvrir votre blog.
Ce sujet est très intéressant.
La problème de roms est lié au sans papier et de la reconduction à la Frontière mais ça vous l'aurez compris je n'apprends rien !
Nicolas Sarkozy a voulu faire un coup d'éclat par rapport aux différentes manifestations et dégradations de gens du voyage.
Et pour faire un amalgame il n'y a qu'un pas.
Les roms font parti de l'union européene et donc sont soumis aux accords de shengen.
Ce qui fait qu'ils ont le droit de circuler librement dans l'espace Européen.
Sarkozy a voulu donc faire de l'esbrouffe et récolter quelques voix en pronant que les sans papiers n'avaient pas à rester en France il aurait peut-être dû signaler...non Européen !
De plus comme vous signalez il n'arrive pas à faire la différence ente Ethnie et nationalité.
Ainsi être juif est une religion et non une nationalité.
Un juif peut-être français, allemand, portugais, anglais..c'est sa nationalité.
Faire une différenciation négative d'un tel aspect est caractéristique de dérive et peut-être considéré comme fachisant.

17 novembre, 2010 20:08  
Anonymous Anonyme a écrit...

Oh, c'est la bonne vieille stratégie de «diviser pour régner».

Allez : «qu'on soit Corse ou Français», «qu'on soit Breton ou Français», etc. (je ne vous fais pas un dessin, chacun aura compris)

À chaque fois, ça marche... Trouver ce qui peut diviser les gens. Faire attention à ce qu'il soit clair, pour ceux à qui on s'adresse, qu'ils font bien partie de ceux qui ne sont pas (ou qui ne doivent pas être) exclus. Et flatter en justifiant qu'ils sont majoritaires, qu'ils sont les seuls à être légitimes, qu'ils ont l'argent alors c'est eux qui décident, ou ce que vous voulez d'autre (bref, ce ne sont pas les flatteries qui peuvent manquer).

19 novembre, 2010 00:33  
Anonymous FrédéricLN a écrit...

@ Laurent et Thierry : tout à fait d'accord avec vous. Le "ou" est, dans le cas présent, manifestement inclusif. On peut donc y aller de bon coeur sans vexer personne.

"Que l'on soit neuilléen ou Français",

"Que l'on soit d'origine hongroise ou Français",

"Que l'on soit Président de la République ou Français",

"Que l'on soit marié à Carla Bruni ou Français",

"Que l'on soit pompidolio-balladurien ou Français",

... "il faut respecter les lois de la République", y compris celles qui interdisent la discrimination ethnique.

20 novembre, 2010 16:12  
Anonymous Alexandre a écrit...

Salut a tous, felicitations pour votre blog, c'est vraiment tres interessant.
J'ai un petite question, car je suis depuis peu de temps en visite dans l'espace francophon, qu'est ce je peux faire,moi, etant roumain, pour que les gens arretent faire la confusion entre roumains et roms?
Si on fais un recherche sur search.twitter.com on met les motsclefs "roumain" , "roumains", etc vous allez voir que la majorite des gens ne connaisent pas la difference, le meme chose sur facebook ou on peut y retrouver des groupes comme "Excite comme un roumain au salon de la caravane", "pour que quelquen dite au roumains que chez nous on a des essuiesglaces" ,etc.
Je pense qu'on demant pas un haute niveau de culture pour que chacun connait le fait qu'entre les deux peuples il existe une difference enorme.
Excusez mes erreurs de langue francais. A bientot!
ps: http://www.webcafe.be/sarkozy-yo-dawg/

20 novembre, 2010 18:43  
Anonymous Laurent LB a écrit...

Propos d'Arnaud Montebourg : "Lorsqu'il y a eu la polémique sur les Roms, on a utilisé une catégorie de citoyens, d'ailleurs français ou européens, comme moyen de démontrer que la délinquance et l'immigration c'était la même chose"

C'est odieux ! Insinuerait-il que la France n'est plus en Europe ?
Ou peut-être, le "ou" a plusieurs sens comme je l'expliquais. :)

13 décembre, 2010 02:34  

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lundi, novembre 15, 2010

Lexique: Révolutions

Christine Lagarde nous a fait un peu de linguistique ce matin sur France Info. A la question de la journaliste lui faisant remarquer que le nouveau gouvernement n'a rien de révolutionnaire, elle répond qu'au contraire, il est "totalement révolutionnaire car le principe de la révolution, comme expliqué brillamment par Jean-Louis Bourlanges, c'est que vous faites un tour complet à 360°". J'ai trouvé intéressant au passage que Mme Lagarde cite le président de la Fondation du Centre, que je trouve effectivement brillant, mais auquel je ne connaissais pas ce talent de lexicographe (si des lecteurs savent d'où vient cette citation, je suis preneur).


Christine Lagarde, France-Info, 15-11-2010
envoyé par FranceInfo. - L'info video en direct.

Sur le plan linguistique c'est parfaitement exact. Le mot révolution (du latin revolvere, rouler, ramener en arrière) a été utilisé dès le Moyen-Âge pour désigner le retour d'un astre à son point de départ. L'idée de changement brutal qu'on lui connaît dans le contexte politique n'est apparue que plus tard (probablement sous l'influence anglaise au XVIIe siècle, n'en déplaise aux défenseurs de la pureté de la langue française), mais elle a changé le sens du mot... à 180°. En feignant, sérieuse comme une papesse, d'ignorer cette polysémie, Mme Lagarde nous fait une belle pirouette rhétorique. On prend les mêmes (ou presque) et on recommence, voilà une idée plutôt comique de la révolution !

Ah ces politiques, quel talent pour nous rouler...

13 Commentaires:

Anonymous Emmanuel a écrit...

De toute évidence Mme Lagarde écoute l'Esprit Public le dimanche matin sur France Culture ! Un très bon point pour elle !

15 novembre, 2010 19:18  
Blogger ke a écrit...

Petite faute de frappe : le mot latin est revolvere.

15 novembre, 2010 22:29  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Ah, ma vue baisse, merci !

15 novembre, 2010 23:15  
Anonymous David a écrit...

Meilleur Ministre de ce gouvernement

16 novembre, 2010 10:53  
Anonymous Emmanuel a écrit...

M. Bourlanges a fait son petit mot sur la révolution de François Fillon lors d'une intervention à l'émission de Philippe Meyer sur France Culture : http://www.franceculture.com/emission-l-esprit-public-le-remaniement-ministeriel-le-g20-2010-11-14.html

16 novembre, 2010 14:33  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Emmanuel> Merci de l'info ! Je vais écouter l'émission, probablement très intéressante.

16 novembre, 2010 14:34  
Anonymous Laurent a écrit...

De l'art de glisser sur les définitions ! Le contexte de la phrase excluait totalement le sens astronomique, lequel s'applique uniquement à la dette publique, que Mme le ministre connaît bien !

http://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9volution

16 novembre, 2010 14:57  
Anonymous michaël a écrit...

Maurice Béjart avait déjà, en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution française, énoncé quelque chose comme : « La révolution, c'est tourner ! »

Une affirmation que l'on peut lui entendre répéter en boucle dans une des musiques composées par Hughes Le Bars pour son spectacle “1789… et nous” (http://www.bejart.ch/fr/1789-et-nous/oeuvres/377).

17 novembre, 2010 03:10  
Anonymous cécile a écrit...

Bonjour,
voir Lacan en 1968, à propos des évènements (je n'ai pas les réferences)

18 novembre, 2010 10:01  
Anonymous Cochonfucius a écrit...

Dans un roman de science-fiction des années 50, un extra-terrestre voit le cadran d'une horloge terrienne, et s'exclame, admiratif:

Vous recyclez le temps!

20 novembre, 2010 17:08  
Blogger Agnès a écrit...

Bonjour,
ce qui est drôle tout de même, c'est que, en astronomie, la révolution correspond au tour complet, à 360 ° donc, qu'exécute un astre autour d'un autre, mais que, quand il s'agit d'un tour sur lui-même, à 360° aussi, on parle de rotation.
La révolution de la Terre est d'un an, sa rotation de 24h.
Cordialement
Agnès
http://doutagogo.com

07 décembre, 2010 06:31  
Blogger pièce détachée a écrit...

C. Lagarde affecte peut-être d'ignorer la polysémie des mots, mais surtout, leur histoire, ce qui lui permet de choisir le sens le moins courant : l'«étymologique» (i.e., le plus ancien qui soit attesté et/ou reconstruit). C'est l'un des procédés favoris de la mauvaise foi.

On apprend ça au berceau en philologie classique : fermez les dictionnaires ! L'étymologie d'un mot ne donne jamais son sens dans le texte.

J'arrive un peu tard... Billets et commentaires, c'est toujours aussi bien ici.

06 janvier, 2011 19:10  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Pièce détachée> Excellente remarque... Merci d'être passé(e) -- et non, ce n'est jamais trop tard : j'espère que ce blog n'est pas un de ces machins éphémères pour zappeurs pressés !

06 janvier, 2011 19:20  

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