Jean Véronis
Aix-en-Provence
(France)


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mardi, octobre 23, 2007

Télé: Femmes de présidents

Hélène Risser m'a demandé de faire une (petite) mise en perspective historique pour l'émission de ce soir sur les femmes de présidents (Déshabillons-les sur Public Sénat). A dire vrai, les « premières dames », comme il est convenu de les appeler, posent un problème au linguiste : elles sont muettes. A part, peut-être, Bernadette Chirac, qui a un peu parlé sur la fin, elles sont restées dans l'ombre et dans la discrétion. Même Cécilia : on a beaucoup parlé d'elle, mais rares sont les archives où on l'entend, et je ne suis pas sûr que les Français connaissent le son de sa voix...

Le public croit sans doute que la situation de première dame de france est enviable : les ors, les fastes, les dîners avec les grands de ce monde... Pourtant, toutes ont exprimé la solitude et la souffrance qu'elles ont ressenties à l'Elysée. Claude Pompidou appelait l'Elysée la « maison du malheur ». Pas étonnant que Cécila ait paniqué.

*

En essayant de rassembler mes souvenirs, je me suis aperçu qu'il y avait finalement trois images qui m'ont marqué depuis que je regarde la télévision. La première remonte fort loin. J'étais un petit garçon en culottes courtes. La petite lucarne (une seule chaîne) trônait comme un autel au milieu du salon. Je me souviens distinctement de ces images du couple Kennedy arrivant en France (1961) (cliquer pour voir la vidéo) :



Ces images avaient frappé la France entière. Le lendemain, ma mère, les voisines, toutes les commères du quartier n'avaient de mots que pour s'extasier de la beauté, de la jeunesse de Jackie. Il faut dire que les images étaient cruelles. D'un côté un couple présidentiel âgé (Charles de Gaulle était né en 1890, sa femme au tournant du siècle), de l'autre, un couple jeune et glamour. Cruel contraste que celui de « Tante Yvonne » comme on l'appelait affectueusement, avec ses manteaux en grosse laine noire et ses toques en astrakan, aux côtés de la belle Jackie, 32 ans, habillée par Chanel, Givenchy et Oleg Cassini... La France découvrait, tout étonnée, qu'on pouvait être politique et people (on ne disait pas encore comme ça). L'image était forte, puisque plus d'un demi-siècle après, on nous ressort encore la comparaison de Cécilia avec Jackie... La différence, tout de même, c'est que les Kennedy avaient la classe. Les Sarkozy, c'est plutôt le royaume du mauvais goût, façon « la vérité si je mens », Rolex et gourmette en or, Bigard et Mireille Mathieu...

Malgré tout, que voulez-vous, je la regrette, Tante Yvonne. Elle ne s'est jamais ni de près ni de loin mélée des affaires de la France, et il n'y a jamais eu ce curieux mélange des genres qu'on a connu plus tard. Et savez-vous qu'à l'Elysée elle mettait un point d'honneur à payer la nourriture du couple de leurs propres deniers ? On est bien loin des « frais de bouche » et autres dérives monarchiques qu'on a connues par la suite... Elle n'aimait pas cette vie. Elle tremblait, son petit sac à main sur les genoux, à chaque apparition du grand Charles, s'attendant à le voir assassiné sous ses yeux (et ça a bien failli). Parlant de l'Elysée, elle écrira plus tard à sa nièce : « Je plains celle qui m'a succédé dans ce musée... ».

Avec le recul, je lis ces images d'archives différemment. L'extraordinaire engouement du public pour le couple américain commençait à faire apparaître une soif de jeunesse et de renouvellement, qui va aller crescendo, jusqu'en 68. De Gaulle apparaîtra alors usé et fatigué : il avouera qu'il n'a pas compris ce qui se passait.

*

La deuxième image que j'ai choisie est une séquence culte. Les voeux des Giscard en 1975. A mourir de rire. « Et je crois qu'Anne-Aymone veut aussi vous adresser ses voeux... ».




Les images sont cruelles là aussi. La pauvre Anne-Aymone, incroyablement coincée, débite son texte d'une voix monocorde. On a de la peine pour elle... D'ailleurs, elle paraît elle-même au bord des larmes. En tout cas, on sent qu'elle s'ennuie mortellement dans le rôle, et qu'elle aimerait être n'importe où sauf là. Un jour qu'on l'interviewait et qu'on lui demandait ce dont elle pourrait bien avoir envie maintenant qu'elle était première dame, elle a répondu tout de go : « De ne plus l'être... ». Ca en dit long.

Ces images illustrent magnifiquement pour moi le rendez-vous raté de Giscard avec la modernité tant attendue. Il avait essayé : la remontée des Champs-Elysées à pied, la photo officielle par Jacques-Henri Lartigue (tout de même moins ringarde que celle de Sarkozy !), etc. Mais cette image terrible des voeux, en quelques minutes casse tout. Elle révèle le décalage terrible entre les bonnes intentions et leur nature profonde d'aristos coincés (on a appelé Anne-Aymone la « Reine de France »...).

*
Dernière image étonnante, celle des obsèques de François Mitterrand, où la France entière découvre pour la première fois Danielle Mitterrand et Mazarine côte à côte. Je crois d'ailleurs qu'elles-mêmes se découvraient plus ou moins. Cette image de Danielle pleine de gentillesse dans le regard, tendant un bouquet de roses à Mazarine, m'a beaucoup frappé.



Que de couleuvres elle a dû avaler, Danielle... Et pourtant elle a toujours été digne, discrète, respectant le contrat passé avec son mari. Le contraste avec le couple Sarkozy est frappant. Alors que ce dernier nous étale sa vie privée sur écran cathodique et papier glacé, François Mitterrand a cloisonné vie privée et vie publique comme des compartiments étanches de sous-marin nucléraire. Au point d'utiliser, même, les services secrets et les deniers de l'Etat pour faire régner le secret sur sa double vie... Changements d'époque, changements de style.

*

Ce soir, 18h45, dans Déshabillons-les sur Public Sénat (sauf évenement imprévu dans l'actualité).

Rediffusions :
  • Vendredi 26 Octobre - 04h30
  • Vendredi 26 Octobre - 22h00
  • Samedi 27 Octobre - 05h30
  • Samedi 27 Octobre - 23h55
  • Dimanche 28 Octobre - 19h55
  • Lundi 29 Octobre - 04h00
  • Mercredi 31 Octobre - 14h00
  • Dimanche 4 Novembre - 12h00
Voir la vidéo :


11 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour Mr Véronis,

Merci d'avoir mis les vidéos. Cela permet de se faire une bonne idée de l'évolution des usages.

Personnellement je préfère le style de Mme de Gaulle ou de Mme Pompidou, au "glamour" de Mme Kennedy, ou au "m'as-tu-vue" de Mme Sarkozy. Ces dernières n'ont peut-être pas beaucoup parlé, mais se sont beaucoup (trop) montrées, à mon goût.

Que diriez-vous de Mme Laura Bush ?

25 octobre, 2007 11:16  
Blogger all a écrit...

Bien ou mal habillées, bavardes ou taciturnes, nos premières dames ont toujours eu le rôle de potiche.
Suiveuses du prez à l'étranger, pourvoyeuses de fonds aux bonnes oeuvres, garantes des moeurs et du bon gout français elles choisissent le bouquet sur la table des gueuletons officiels de la république et les cadeaux à faire aux hôtes étrangers... Mais personne ne peut supporter ça ! Cette fonction ne peut qu'entrainer souffrance et langueur à l'usage.
*Exeption pour Danièle Mitterand qui a voulu jouer à la pasionaria socialiste (par ex. en allant voir les Kurdes du PKK), mais qui avait une vie politique antérieure à l'élection de son mari.

25 octobre, 2007 12:48  
Anonymous Anonyme a écrit...

C'est pas de la télévision. Cette mise en scène sommaire, académique, à l'évidence mal contrôlée par l'Elysée. C'est autre chose.

On dirait, sur la forme du discours, une intention de prière telle qu'elle est débitée à la messe. Avec la lecture des évangiles, c'est à cette école-ci que le couple Giscard a probablement appris la prise de parole en public.

Et sur les moyens de la forme, c'est du téléphone, pas de la télévision.

Fin XIXème puis début XXème lorsque le téléphone arrive dans les foyers de la bourgeoisie, il est l'instrument des domestiques. Le maître et la maîtresse de maison mettent à distance le monde qui commence à devenir anonyme par le biais de la technique. Quand ça sonne, on ne sait pas qui est au bout du fil.

Sortir de l'entre-soit dans l'intimité du foyers apparait comme obscène.

Donc la bourgeoisie a dressé un pare-feu entre elle et le combiné. Avec l'automatisation des tâches ménagère, le personnel de maison s'est réduit et la bourgeoisie s'est emparée du combiné.

Ben là, ça donne la même impression. Il y a cette intimité : la mise en scène du couple, l'anonymat de la foule des français qui regarde tout ça. De l'autre côté, le Président qui se trémousse, ne sait quoi faire de ses guiboles et surtout les regards en biais d'Anne-Aymone qui cherche l'acquiescement d'un conseiller d'un technicien pendant son petit speech. Ce qu'on lui fait subir semble un véritable viol. Ces regards suppliants en disent long. "Je ne suis pas à ma place, c'est vous qui avez écrit ce petit laïus, c'est à vous de le lire, je ne suis pas de ce monde-là".

Giscard, c'est pas l'aristocratie, c'est la bourgeoisie qui découvre avec effroi et gourmandise la modernité.

25 octobre, 2007 13:37  
Anonymous Anonyme a écrit...

A propos du téléphone, je me souviens d'une réplique dans la Gloire de mon Père de Pagnol, où le beau-frère explique qu'il ne veut pas du téléphone, car il ne veut pas d'un serviteur qui le sonne...

25 octobre, 2007 14:18  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Françoise> Mmes de Gaulle et Pompidou sont aussi mes préférées. Sobres, réservées, elle ne se sont jamais mêlé des affaires qui n'étaient pas les leurs... Les Sarkozy se sont exhibés de façon assez indécente (y compris leur fils Louis). Curieusement le retour de flamme après la première rupture (où Cécilia s'est retrouvée avec son amant en une de Paris Match) ne leur a pas suffit. Sarkozy a promis : j'ai compris la leçon, plus jamais, et aussitôt ils convoquaient les journalistes en Guyane ou à Venise...

J'ai l'impression que Cécilia est comme un papillon. La lumière l'attire de façon irrésistible, et peut la tuer en même temps. La différence avec le papillon, c'est qu'elle, elle sait que ça peut la tuer. C'est peut-être ce qui l'a faite craquer...

Quant à Laura Bush, je ne la connais pas très bien. A dire vrai j'ai un peu du mal avec l'Amérique profonde... Mais j'ai l'impression qu'elle a tout de même plus d'humour que son mari !

25 octobre, 2007 17:33  
Blogger Jean Véronis a écrit...

All> Danielle Mitterrand avait effectivement des opinions politiques... qui mettaient parfois le Quay d'orsay dans l'embarras. Sn soutien à Castro n'avait pas été simple à gérer ! Mais certains disent que Mitterrand était bien content. Lui qui finalement a fait une politique de centre droit (surtout à partir de 1988 et de l'ouverture -- si déjà !), était peut-être bien content d'avoir une sorte de caution de gauche...

25 octobre, 2007 17:44  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Tom> La communication de Giscard a été l'une des pires... Avant, les homme politiques ne savaient pas utiliser la télévision, qui était un objet nouveau, mais d'une certaine manière, il y avait une certaine fraîcheur. Je me rappelle ces images étonnantes de De Gaulle sautant sur sa chaise en joignant le geste à la parole : "On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! " ou bien le célèbre 'est-ce qu'à 67 ans je vais commencer une carrière de dictateur?"... Que la caméra soit là ou pas, il s'en foutait.

Avec Giscard a commencé le souci de la communication contrôlée. Tellement controlée, qu'on avait l'impression qu'ils avaient un balai dans le c... !

25 octobre, 2007 17:49  
Anonymous Anonyme a écrit...

Je crois que c'est Lecanuet qui avait initié la communication contrôlée avec une affiche de 1965 où on voyait pour la première fois un homme politique... sourire. D'ailleurs, il était appelé le Kennedy français.

30 octobre, 2007 16:58  
Anonymous Anonyme a écrit...

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces lettres anonymes reçues par Cécilia ou ce qui aurait été négocié derrière son dos en Lybie et aurait accéléré son départ ?
La journaliste Christine Clerc palait en sous-entendu ! ...

05 novembre, 2007 15:01  
Blogger Unknown a écrit...

Bonjour

Pour mon site http://www.nectardunet.com/ je me permets de vous emprunter un extrait de votre billet. Votre blog et le lien seront évidemment indiqués.
Si pb, ou questions, écrivez-moi.
Merci et bravo pour votre blog !

aude

14 novembre, 2007 19:55  
Anonymous Anonyme a écrit...

je suis dans l'impossibilité de télécharger la vidéo...
(document not found)
si vous pouviez m'aider!

merci d'avance

16 novembre, 2007 06:22  

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Video: Le sport et la politique

Je me suis amusé à calculer le nombre de vidéos portant les tags foot (ou football) et rugby sur Dailymotion (pages françaises). Pas de doute, le foot est plus populaire que le rugby !



Les courbes reflètent la fréquence relative, semaine par semaine, par rapport à la totalité des vidéos (comme je l'avais expliqué ici). On voit que le tag rugby au plus fort de la coupe du monde de rugby n'atteint même pas le niveau moyen du tag foot... Le pic de la coupe du monde de football (juillet 2006) était trois fois plus important !

La comparaison avec la politique est assez intéressante également : même au plus fort de la campagne les vidéos politiques sont restées à un niveau assez modeste par rapport au foot... Même notre hyperprésident, qui écrase tous ses concurrents en termes de tags (voir ici), n'est jamais arrivé au niveau de la coupe du monde de foot.

Ca relativise, finalement...

4 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

Et foot + grosse-voiture + belle-nana, ça donne quoi ?
A mon avis, des hyperbeaufs à la hauteur de leur hyperprésident...
Je sais, je sais, je suis hypersnob, mais on ne se refait pas.

Laurent.

23 octobre, 2007 18:43  
Anonymous Anonyme a écrit...

Pourquoi intervenez vous si peu dans l'émission tv deshabillons les.

j'espérais à chaque fois une vraie séquence animée par vous sur vos (et nos...) sujets de prédilection!

Cette émission est pour l'instant sympathique mais très imparfaite: par exemple nous aimerions qu'H Risser rebondissent sur ce que disent les invités quand c'est pertinent au lieu de suivre obstinément le fil et en particulier nous passer les pré enregistrements de commentateurs souvent peu intéressants
je serai quand même devant mon poste pour la prochaine émission..

25 octobre, 2007 07:21  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bah... ce n'est pas moi qui réalise l'émission... Mais il est vrai qu'il y a beaucoup d'invités, beaucoup de sujets, et donc ça fait peu de temps pour chacun. Dans la dernière émission j'ai particulièrement peu parlé, il est vrai, parce qu'on a débordé complètment l'horaire, et on a décidé au ontage de couper ma chronique (qui était à la fin). J'espère que l'émission va trouver son format au fur et à mesure...

25 octobre, 2007 09:05  
Blogger Jeff a écrit...

Il y a peut-être une explication simple: les pages "en Français" de dailymotion ne sont pas des pages "françaises", mais aussi Belges, Suisses, Québecoises, Ouest-Africaines (bof), etc.

Si tout ces gens-là vont, comme les Français, parler de foot (mais moins de rugby, qui est plus joué en pays anglophones de toutes façons), il ne vont en revanche pas tellement parler des élections en France ... pas plus que les Français ne parlent des élections suisses ou belges (c'est à dire un peu, mais pas trop).

Avez-vous un moyen de voir ça ? Savez-vous quel proportion des "pages" francophones sont en fait Françaises ?

D'autre part, question de béotien, comment dailymotion classifie-t-il les pages par langue ? Est-il possible que certaines soit mal référencées, et que des pages non-Françaises se soient glissées dans votre bdd ?

JF

26 octobre, 2007 12:00  

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jeudi, octobre 18, 2007

Video: La campagne sur Dailymotion (3)

Après les petites considérations méthodologiques des billets précédents (ici et ici), voici le top 24 des vidéos politiques les plus vues sur Dailymotion. Pour rendre la chose lisible, je me suis fabriqué un petit jukebox perso (promenez la souris et cliquez où bon vous semble...) :






NoDateVuesTitre
15/07/062163101Le Vrai Sarkozy
29/06/071193721Sarkozy ivre au G8
315/02/071118798Segolene - Le serment - Villepinte
421/12/06845366Segolene - Débat participatif Alsace
59/06/07837549Non Sarkozy n'était pas Ivre- Résumé discussion Poutine
68/11/06792109Profs: Ségolène en off
731/12/06789421Segolene - Voeux 2007
828/11/06709284Segolene - Pacte de Bondy
99/01/07628341Nicolas&Segolene - Les musclés
1020/11/06559425Segolene - 20 Heures - TF1
112/05/07540969Gerard Miller analyse Sarkozy
1226/04/07511121Manif de droite
134/01/07487980Segolene - Voeux aux francais
148/12/06487392Segolene -France 2- BCE
1510/06/07477519Sarko bourré ridiculise France.G8. Pire que Ségogo
1625/01/07441051Segolene - Reportage - Face au logement
1725/04/07437253Sarkozy Human Bomb
1822/10/06427042Florence Foresti en Cécilia Sarkozy
1914/12/06406326Segolene - Votez ! Avec Cali
2025/02/07401405Segolene - Exclusif - reportage Rennes
2128/10/06390852Social Supa Crew
229/06/07392926Sarkozy bourré après un entretien avec Pout
2317/12/06333762Segolene - Ripostes
2424/04/07322373La France d'après



On remarquera que les deux vidéos les plus vues ne sont pas des vidéos de la campagne. La première du classement est Le Vrai Sarkozy, qui date de l'été 2006, et la deuxième est le fameux Sarkozy ivre au G8, qui date d'après l'élection. La vidéo la plus vue de la période électorale est donc le Serment de Villepinte de Ségolène Royal, qui, il est vrai, fut sans doute son moment de plus grande bravitude oratoire. Les autres vidéos marquantes de la campagne arrivent plus loin : 6e pour Profs: Ségolène en off et 24e pour La France d'après.

Je trouve ces résultats étonnants. Ces deux dernières vidéos ont fait le tour des boîtes mails, et je me demande si on peut trouver un internaute qui ne les aurait pas vues... Comment expliquer que les vœux, le pacte de Bondy et des reportages assez obscurs soient aussi bien placés dans le classement ?

J'ai comme un doute... On avait pas mal parlé des vidéos de Marie-George Buffet, qui au mois de février dernier caracolaient d'un coup dans le top 10, avec plus d'un demi-million de vues (voir article ici). Cela sentait la fraude au clic à plein nez (quoi de plus simple qu'un petit robot cliqueur ? quelques lignes de code et le tour est joué...). Dailymotion, à l'époque, avait démenti, mais que pouvaient-ils faire d'autre? (voir les vidéos en question ici — je les ai exclues de mon étude).

Je me demande si on n'a pas un phénomène du même type du côté de la Ségosphère, qui serait passé inaperçu dans la masse des vidéos. Et il est quand même moins outré que la soudaine émergence des vidéos du PCF : peut-être juste un coup de pouce charitable... Un autre indice suspect se trouve dans la répartition chronologique des vues (dont je parlais hier). L'allure générale des courbes consiste en pics très importants environnés d'un calme relatif. Cela résulte du comportement en « longue traîne » des vidéos, qui suivent une loi de puissance. Quelques-unes deviennent des « hits », mais la grande majorité a une audience faible voir quasi nulle. Or, bizarrement, ce n'est pas le comportement qu'on observe dans la période en question pour les vidéos de Ségolène Royal. On a une quantité de vidéos moyennement vues, qui se cumulent dans une sorte de plateau :



Effet dû à la structure de la Ségophère à cette période ? Fraude au clic, discrète mais efficace ? Nous n'en saurons probablement jamais rien, mais c'est tout de même étrange... Comme par hasard le plateau s'interrompt au moment précis où l'affaire des vidéos Buffet sort dans la presse et où (sans doute) Dailymotion se met à adopter des mesures anti-robots drastiques.

PS: Ma préférée : la Manif de droite. Un vrai plaisir...

2 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

La Manif de droite fait rire, bien plus que les Manifs de gauche qu'on voit ces jours-ci...

19 octobre, 2007 15:03  
Anonymous Anonyme a écrit...

"Jésus revient, avec Jean-Pierre Raffarin"
C'est décidé, j'arrête la (les) drogue(s), et j'me met aux "manifs de droite" ;-)

25 octobre, 2007 13:23  

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mercredi, octobre 17, 2007

Video: La campagne sur Dailymotion (2)

Suite de ma petite enquête sur les vidéos et les tags de campagne (début ici)... Quelles sont les vidéos les plus vues concernant Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal sur Dailymotion ? On peut évidemment utiliser le moteur de recherche du site (en réglant le menu déroulant sur « les + vues »). Par exemple, pour le mot clé Sarkozy, on obtient le résultat suivant :



On reconnaît dans le top 3 : Le vrai Sarkozy, Sarkozy ivre au G8 et sa réponse : Non, Sarkozy n'était pas ivre au G8. Mais après, les choses se gâtent : on observe immédiatement les difficultés mentionnées dans le précédent billet (en particulier dans les commentaires). Le moteur retourne Ségolène et les profs, bien que la vidéo ne porte pas sur Sarkozy, mais simplement parce que Sarkozy a été donné comme tag. On pourrait sans doute discuter. Il y a un rapport quelque part avec Sarkozy. Mais un peu plus loin, on a une séquence de moto (John G-Ryders) qui n'a strictement rien à voir avec notre sympathique hyperprésident. Simplement, l'internaute malin qui a téléchargé cette vidéo a mis Sarkozy dans sa liste de tags (au milieu de 505 autres !). Le clip Sinik ClaSh bOoba ki pass ala star ac (sic) est aussi hors sujet, bien entendu, et relève du même procédé (là ce sont seulement 114 tags qui ont été utilisés...).

On voit là un usage pervers et bien connu des tags, que l'on pourrait appeler tag squatting : essayer de faire remonter artificiellement des vidéos dans le classement à l'aide de tags populaires. Les listes que vous pouvez consulter sous les deux vidéos parasites ci-dessus sont d'ailleurs intéressantes (kiss, lapin pour l'une, mosquée, chienne, etc. pour l'autre...). Il y aurait une sociologie du tag à faire, mais c'est un autre sujet. Evidemment, Dailymotion essaie de lutter contre le phénomène, mais ce n'est pas simple (encore qu'il y ait de petites choses faciles qui pourraient énormément nettoyer la base, comme diviser la pertinence par le nombre de tags, ce qui calmerait vite les ardeurs ! — mais bon, je ne vais pas donner trop de conseils gratuits ;-).

Par ailleurs, le moteur de Dailymotion (et c'est la même chose chez les concurrents) est assez rustique, et on ne peut pas obtenir une image chronologique claire de l'audience vidéo sur un thème donné. Pendant la campagne, Rémi Douine et André Gunthert ont essayé de mettre en place un vidéomètre, mais l'approche n'était pas évidente, et demandait pas mal de travail manuel pour contourner le problème du bruit dans les tags (voir ici).

Je me suis amusé à mettre en place une stratégie différente et entièrement automatique (sur laquelle je ne donnerai pas d'informations, sorry : le sujet est sensible et ces informations pourraient être très mal utilisées). Je ne prétends pas fournir un vidéomètre (il faudrait plus de travail !), mais simplement, si possible, faire un peu avancer la réflexion méthodologique et la compréhension de cet objet bizarre que sont les tags.

Voici le nombre de vues cumulées pour chacun des tags Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen (ou de leur variantes, Sarko, Ségo, etc.).




Cette image est intéressante car elle fait apparaître des pics qui n'existaient pas dans l'image du nombre de vidéos (billet précédent). On reconnaît en particulier les pics correspondant au best-of de Sarkozy, Le vrai Sarkozy et Sarkozy ivre au G8. La situation est plus confuse pour Ségolène Royal. A part les deux pics spectaculaires ci-dessus, sa courbe est à peu près parallèle à celle des vidéos tagguées Sarkozy. C'est l'effet de l'utilisation pernicieuse des tags. Sarkozy est un mot-clé « vendeur», même pour les militants de gauche, qui n'hésitent pas à affubler leur candidate préférée des oripeaux du sinistre ennemi... Pas d'espoir : les vidéos les plus vues sur Ségolène Royal (les profs, etc.) sont aussi tagguées Sarkozy. C'est moins le cas pour la myriade de petites vidéos déposées quotidiennement par les vidéastes de la Ségosphère et donc l'image de « bruit Dailymotionnesque » (qui porte sur un grand nombre de vidéos — billet précédent) n'est peut-être pas complètement biaisée).

Quoi qu'il en soit, j'ai fait une petite expérience simple. Laisser tomber purement et simplement les tags, et n'utiliser que les titres. J'obtiens alors l'image suivante :




Vous voyez qu'elle est bien meilleure. On y reconnaît les principales vidéos qui ont enthousiasmé ou amusé la France entière.

Cette petite manip révèle un comportement intéressant des internautes. S'ils n'hésitent pas à pervertir les tags, ils rechignent visiblement à polluer les titres... Donc, pour améliorer la pertinence il faut pondérer plus fortement les mots du titre que les tags. Évidemment, lorsque les squatteurs auront compris cela, ils adapteront leur stratégie. Le glaive et le bouclier... Mais alors que restera-t-il d'autre aux sites de partage pour indexer proprement leur vidéos ? L'avenir n'est peut-être pas très rose pour eux...

1 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

Je n'ai jamais aimé le principe des tags. voilà qui me conforte dans mon idée!

19 octobre, 2007 21:06  

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mardi, octobre 16, 2007

Video: La campagne sur Dailymotion (1)

La campagne présidentielle 2007 a été la première où la vidéo a pris une telle importance. On se souvient bien sûr de la vidéo sur les profs de Ségolène Royal :


ou celle du "Vrai Sarkozy" :



Mais au-delà de ces « hits » visionnés par la France entière, ce sont des milliers de vidéos que militants et simples citoyens ont déposées quotidiennement sur les sites de partage tels que Dailymotion.

Cela faisait un moment que cela m'intriguait, mais je viens seulement de trouver le temps de le faire : j'ai calculé le nombre de vidéos déposées quotidiennement sur Dailymotion concernant chacun des candidats, ou plus exactement, de vidéos qui portent les tags Sarkozy (ou Sarko), Royal (ou Ségo, Ségolène), Bayrou, Le Pen (ou ces mots dans le titre). Le graphique ci-dessous donne la fréquence des vidéos Dailymotion portant ces tags depuis le début 2006 :


Ces fréquences sont des fréquences relatives, c'est-à-dire, si vous voulez, le pourcentage, semaine par semaine, de vidéos portant chacun des tags par rapport à l'ensemble des vidéos de Dailymotion. Cela permet d'éviter les fluctuations qui s'appliquent à l'ensemble du site Dailymotion (progression globale du nombre de vidéos déposées, légère diminution pendant les vacances, etc.). L'échelle est arbitraire (la hauteur du graphique ne correspond pas à 100%), car je ne souhaite pas divulguer des informations sensibles, qui permettraient de deviner la taille et les flux de Dailymotion. Ce n'est pas la peine de fournir de la matière à leurs concurrents (pour la même raison, je ne donnerai pas d'indications sur les techniques que j'ai utilisées)...

On voit sur le graphique la progression constante des vidéos pendant la campagne, suivie d'une véritable frénésie dans les deux ou trois dernières semaines. La candidate socialiste a pratiquement toujours été en retrait de son concurrent, malgré l'activisme de la Ségophère. Rien ne dit d'ailleurs dans ces chiffres que les vidéos pour l'un ou pour l'autre leur soient favorables : le seul moment où Ségolène Royal a pris le dessus, c'est en novembre 2006, au moment de la vidéo sur les profs...

On peut calculer une « unité de bruit dailymotionnesque » (UBD) pour quantifier la présence de chacun des candidats de manière synthétique. La seule petite difficulté vient du fait que certaines vidéos portent les tags de plusieurs candidats à la fois (par exemple celles du débat Royal/Sarkozy). Qu'à cela ne tienne : si deux candidats sont présents, on attribue à chacun 0,5 point pour cette vidéo. Si trois sont présents, 0,33 point. Etc.

Voici donc le résultat pour la période du 1/1/2006 au 6/5/2007. On voit que Nicolas Sarkozy se taille la part du lion avec 50 % d'UBD, tandis que Ségolène Royal n'atteint que 35% :



Après l'élection, Nicolas Sarkozy écrase tout le reste, sur Dailymotion comme sur tous les médias, comme le montre le graphique ci-dessous (période du 7/5/2007 au 15/10/2007). L'érosion semble surtout se faire au détriment de Ségolène Royal qui passe de 35% d'UBD à 19%. François Bayrou et Jean-Marie Le Pen restent à des niveaux, certes faibles, mais à peu près stables :



Reste à savoir, parmi ces vidéos, celles qui ont été les plus vues. Et justement, le nombre de vidéos visionnées pour chacun de candidats donne également une image très intéressante. Ce sera l'objet de la deuxième partie de ce billet.

En tout cas, on voit que l'omniprésidence de Nicolas Sarkozy ne touche pas que les médias classiques ! On se plaint de la télé (on appelle au CSA, etc.), mais finalement, on reproduit la même chose nous-mêmes sur le Web. À méditer...




Lire la suite

  • La campagne sur Dailymotion (2) - très bientôt...

14 Commentaires:

Blogger Quentin Ruyant a écrit...

C'est marrant on dirait que le nombre de vidéo à l'approche du premier tour correspond grosso modo au score des candidats...

16 octobre, 2007 14:34  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Quentin> Effectivement, et c'est quelque chose que j'avais aussi noté dans la presse écrite (voir ici pour le premier tour et ici pour le second). Et là, on ne peut pas dire que c'est un complot des méchants médias...

16 octobre, 2007 14:40  
Anonymous Anonyme a écrit...

Merci de partager vos recherches sur le net, c’est passionnant!
Connaissez-vous ceci : http://www.ted.com/index.php/talks/view/id/144 ? Et le site dont il est question : http://www.wefeelfine.org
Je pense que cela pourrait vous intéresser….

encore merci!

16 octobre, 2007 15:02  
Anonymous Anonyme a écrit...

Il y a aussi un élément important dans ces vidéos, c'est leur caractère positif ou négatif. Pourquoi est-ce qu'on le poste? L'omniprésence sarkozienne est-elle le fait de ses supporters ou de ses détracteurs? C'est là la grosse différence sur entre les medias classiques et le web. Les medias prétendent l'objectivité, le web a une tendance à revendiquer la subjectivité. Mais je ne vois guère comment quantifier ça.

16 octobre, 2007 15:03  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Sophie> Merci pour les liens ! je ne connaissais pas. je me reconnais assez dans ce que dit Johanathan Harris au début: je ne suis pas intéressé à raconter ma propre histoire, j'essaie plutôt de construire des outils qui permettent aux gens d'explorer le monde et de raconter leur propre histoire, ou quelque chose dans ce genre...

16 octobre, 2007 15:29  
Blogger Jean Véronis a écrit...

esperlipopette> Effectivement, il y a deux grands types de vidéos :les vidéos militantes (ségosphère, etc.) et les vidéos critiques ou satiriques (peut-être les plus vues, d'ailleurs...). Difficile de départager par des moyens automatiques !

A noter que dans la presse c'est la même chose : ce sont Libration et l'Humanité qui ont le plus parlé de Sarkozy. Pas pour en dire du bien, j'imagine...

16 octobre, 2007 15:31  
Anonymous Anonyme a écrit...

Eh oui, Mr Veronis, et j'ai le sentiment que votre blog n'échappe pas à la loi du genre, on ne compte plus les articles sur notre cher président ;)

16 octobre, 2007 15:43  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Lds> Oui, oui : c'est tout à fait vrai. On est piégés. Qu'on en dise du mal ou du bien, on en parle...

16 octobre, 2007 15:45  
Anonymous Anonyme a écrit...

Le système des étiquettes est quand même un peu vicié à la base : cela devrait être une description objective du contenu, mais le militant d'un parti va aussi placer l'étiquette du parti adverse afin de parasiter ses échanges. On peut supposer que l'étiquette Sarkozy est plus souvent occupée par des non-sarkozystes que les étiquettes des autres candidats. Pourquoi ? Parce qu'il était déjà en première position et que les opposants ont multiplié sa présence apparente, cela même sans que la vidéo ou le billet étiqueté soient vraiment en rapport avec lui. En revanche, un militant UMP aura moins intérêt de placer une étiquette Bayrou ou Le Pen : il ne tient pas à renforcer leur présence sur la Toile puisque leur place est déjà mineure. Il faut encore tenir compte de brouillages marginaux : j'avais observé que certains blogueurs ou vlogueurs utilisaient les étiquettes les plus populaires du moment, même si le contenu n'avait aucun rapport avec mettons Sarkozy, le football ou Paris Hilton. Mais dans ce dernier cas, cela me semble peu influer sur les résultats.

16 octobre, 2007 19:08  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Dominique> Oui, le système des étiquettes, ou tags, est vicié. Dans quelle mesure ? C'est bien difficile à évaluer...

16 octobre, 2007 21:58  
Anonymous Anonyme a écrit...

Encore des observations fort intéressantes. Merci, Jean Véronis. Toutefois, comme le fait remarquer esperlipopette, le caractère positif ou négatif de ces vidéos a un impact qu'il conviendrait d'examiner. Je ne suis pas certain que l'on puisse appliquer aux vidéos les techniques que vous appliquiez à la presse pendant la campagne présidentielle.

Au passage, je me permets une remarque sur votre méthode : si vous parveniez à la perfectionner et à l'appliquer à des mouvements boursiers, vous auriez intérêt à la faire breveter, parce qu'à mon avis, nombre de cabinets d'analyse vous ferait un pont d'or pour disposer alors de vos analyses...

17 octobre, 2007 16:15  
Blogger Jean Véronis a écrit...

L'hérétique> Oui, vos remarques à tous deux sont pertinentes, mais il n'y a guère de moyen automatique (facile du moins) pour séparer le positif du négatif. D'où mon utilisation de la notion de "bruit" vidéomatique. Comme le bruit, ce n'est pas toujours plaisant... Mais je ne vous suis pas par rapport à la presse: on avait exactement le même phénomène. Les journaux qui parlaient le pus de Sarkozy n'étaient pas ceux qui lui étaient a priori favorables (Libé, L'Huma). Mais il est vrai que là on avait un méta-tag : le titre du journal !

Quant à la bourse, ma foi, j'aime bien l'argent, mais pas au point de m'emmm... la vie. Votre remarque est d'autant plus judicieuse que je connais d'anciens collègues à moi (aux Etats-Unis) qui se sont recyclés exactement dans ce domaine !

17 octobre, 2007 16:27  
Anonymous Anonyme a écrit...

Tiens ! concernant Bayrou, il apparaît pratiquement en 2ème semaine de janvier. Sans doute en partie un effet induit par les sondages et le buzz (impliquant un "tag hostile" sur des vidéos qui ne le concernent pas, en particulier celles en faveur d'autres candidats) - mais la progression est bien plus forte que sur d'autres indicateurs comme presse2007 ou les blogs (voir graphique blogpulse archivé sur http://demsf.free.fr/C2030179614/E20070527204500/index.html ). Une raison spécifique possible : il y a eu dans l'équipe de campagne, à partir de début janvier à peu près, un stagiaire (Sébastien Noisiez) qui s'est occupé, à peu près à un quart de temps, des vidéos sur dailymotion, youtube et kewego. Bravo Sébastien :-) !

19 octobre, 2007 18:39  
Anonymous Anonyme a écrit...

Petit rétrolien manuel vers France démocrate http://www.francedemocrate.info/spip.php?breve229

19 octobre, 2007 22:05  

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vendredi, octobre 12, 2007

Télé: La politique et le sport

Cette semaine dans Déshabillons-les (Public Sénat), décryptage de la frénésie sportive qui gagne les politiques : la manière dont ils se mettent en scène (évolution des pratiques depuis 30 ans avec un retour en images en partenariat avec l'INA, le ski de Valéry Giscard d'Estaing, le jogging de Nicolas Sarkozy...), la manière dont ils parlent du sport...





Le dossier est précédé d'un sujet initial sur le mot rigueur. On avait aussi enregistré une chronique où je commentais l'utilisation du pathos par Sarkozy avec la lettre de Guy Môquet, mais on a tellement débordé en plateau sur le dossier Sport qu'il a fallu zapper la chronique au montage (il faut dire qu'on était une sacrée équipe de bavards). On la ressortira peut-être une prochaine fois. A voir. Ou bien je ferai quelque chose par écrit sur le blog...

Et pour finir, la grille de la chaîne a été chamboulée hier soir (où devait avoir lieu la première diffusion) à cause de l'audition de la ministre de l'économie et des Finances, Christine Lagarde, par la commission des finances du Sénat, sur l'affaire EADS. Les aléas de la télé...

Rediffusions :
  • Vendredi 12 Octobre - 04h30
  • Vendredi 12 Octobre - 14h00
  • Vendredi 12 Octobre - 21h55
  • Samedi 13 Octobre - 05h30
  • Samedi 13 Octobre - 23h55
  • Dimanche 14 Octobre - 19h55
  • Lundi 15 Octobre - 04h00
  • Lundi 15 Octobre - 10h35
  • Mardi 16 Octobre - 12h00
  • Dimanche 21 Octobre - 12h00
  • Mardi 30 Octobre - 18h45
  • Mercredi 31 Octobre - 04h30
Voir la fiche de l'émission. La chaîne me dit qu'à partir de fin octobre, le site va être complétement rénové et qu'il sera possible de voir les émissions en ligne...

3 Commentaires:

Blogger Unknown a écrit...

Les aléas d'une bonne télé pas trop calibrée où l'on peut déplacer les émissions en fonction de l'actualité. Les images d'archives étaient très amusantes. Giscard sur fond blanc m'ont rappelé les images de Depardon sur le même Giscard le soir de son élection seul, si terriblement seul. Les commentateurs ont tendance à surinterpréter le travail des journalistes mais ne leur arrive-t-il pas de dire tout simplement la vérité d'un personnage? Un peu comme sur ces images étonnantes de François Mitterrand jouant au baby foot, se prétant aux médias quelques secondes (avec naturel et gentillesse, sans apprets) avant de leur signifier sa différence, sa distance d'un geste des deux mains?

15 octobre, 2007 13:29  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour,
Juste par curiosite, ou est justement passee le post sur Guy Moquet?
aixtal.blogspot.com/2007/10/tl-guy-mquet-et-lexploitation-du-pathos.html
Blogger me renvoie un 404...
Merci.

15 octobre, 2007 17:14  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Bioalexx> C'est le même, dont j'ai changé le titre, puisqu'il n'y a pas eu de place pour la chronique, finalement.

15 octobre, 2007 17:19  

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vendredi, octobre 05, 2007

Sarko: Moi, je (3)

Dernier volet de cette étude sur le narcissisme sarkozyen (voir début ici et ici)... Un autre facteur entre également en jeu pour compléter notre perception des personnes dans le discours. Les pronoms, c’est un peu une lapalissade, se combinent avec des verbes... Dire « je veux que » ou « il faut que » n’est pas équivalent du point de vue communicationnel. Si l’on examine les affinités entre les candidats et les « verbes modaux », vouloir, falloir, pouvoir et devoir, qui servent à exprimer le rapport entre le locuteur et son énoncé, on obtient l'analyse factorielle ci-dessous (à nouveau, plus les bulles sont grandes plus l'élément est fréquent ; plus elles sont proches, plus les éléments sont similaires) :


Verbes modaux

On voit que Sarkozy veut, tandis que pour Ségolène Royal on doit et pour François Bayrou on peut (ou, souvent, on ne peut pas ou on ne peut plus) et il faut, formule qu’il partage avec Jean-Marie Le Pen. Ce dernier reste à nouveau à l’écart du système rhétorique des autres candidats. Il est ailleurs. Son discours n’explique pas ce qu’il veut faire, ni ce qu’on peut ou doit faire. Sa posture politique est construite sur la dénonciation de l’existant (de l’ « établissement » et du « système »).
Quelques exemples typiques...

François Bayrou

Il faut que la France prenne un autre chemin.
Il faut que l'Etat soit légitime.
Il faut que l'Europe soit l'affaire des citoyens européens
On ne peut pas continuer comme cela.
On ne peut plus continuer dans la guerre civile ridicule et sourde d’une moitié du pays contre l’autre.
On ne peut laisser l’Université en l’état actuel.

Ségolène Royal

La France doit aimer tous ses enfants, d’où qu’ils viennent, où qu’ils aient grandi, dans la diversité de leurs talents.
Le peuple doit se saisir de notre projet présidentiel.
La puissance publique doit assumer ses responsabilités.
L'inventivité des entrepreneurs doit être reconnue, mais la dignité du travail doit être respectée.
La France doit travailler plus en donnant d’abord du travail à tous.

Jean-Marie Le Pen

Oui, il faut rompre, changer !
Il faut dire la vérité aux Français.
Il faut avoir le courage de regarder les réalités en face.
Il faut le dire, la France ne sait plus mettre de limite, ni aux enfants, ni à l'immigration, ni au commerce.
Pour que le peuple s'en sorte, il faut sortir les sortants.

Nicolas Sarkozy

Je veux remettre la politique à l’endroit.
Je veux tourner le dos à une politique qui explique que ce qui est nécessaire est impossible.
Je veux regarder en face la question de l’immigration.
Je veux rendre au travail sa valeur morale et sa capacité d’émancipation.
Je veux rendre au travailleur la première place dans la société.
Au final, les chiffres confirment donc (si on les prend intelligemment), le caractère éminemment autocentré du discours sarkozyien. Monopolisation du je dans l’interlocution, modalisation basée sur l’expression de la volonté : la formule je veux (dont on pourrait sans doute tirer quelques fils psychanalytiques...) condense toute son attitude discursive. Il l’utilise 3 fois plus que François Bayrou et Ségolène Royal, et 164 fois plus que Jean-Marie Le Pen, mais la formule est quasiment absente des discours de ce dernier :


« Je veux »

Au cours de son discours d’intronisation du 14 janvier 2007 à la porte de Versailles, Nicolas Sarkozy a martelé 27 fois « Je veux être le Président ». Au total, il a prononcé 147 fois pendant la campagne cette phrase magique, qui résume apparemment le vœu qu'il avait formé, dit-on, depuis son plus jeune âge...

N'y a-t-il pas quelque chose d'enfantin, d'ailleurs, dans cette répétition obsessionnelle des je veux, comme un enfant qui trépigne en réclamant son jouet ? Le jouet, il l'a eu, le 6 mai, et pourtant il continue à s'agiter comme un lapin Duracell de la politique, pour reprendre l'expression du Guardian. Mais là, je passe la main à d'autres. La psychanalyse, ça n'est pas mon truc.

Discours de Nicolas Sarkozy à la Porte de Versailles (14 janvier 2007)

Je veux être le Président d'une République qui dira aux jeunes : « Vous voulez être reconnus comme des citoyens à part entière dès que vous devenez majeurs... »
Je veux être le Président d'une République qui dit à la jeunesse : « Tu reçois beaucoup, tu dois donner aussi de toi-même.... »
Je veux être le Président d'une France qui remettra le travailleur au coeur de la société.
Je veux être le Président de l'augmentation du pouvoir d'achat.
Je veux être le Président du peuple qui a bien compris que les RTT ne servent à rien si on n'a pas de quoi payer des vacances à ses enfants.
Je veux être le Président de tous ces Français qui pensent que l'assistanat est dégradant pour la personne humaine.
Je veux être le Président qui s'efforcera de moraliser le capitalisme...
Je veux être le Président qui va remettre la morale au coeur de la politique.

etc. (voir liste complète ici)


Voir aussi


19 Commentaires:

Anonymous Anonyme a écrit...

Il me paraît difficile de tirer des conclusions de fréquences sur les modaux pouvoir et devoir sans prendre en compte le jeu des négations et des personnes et essayer de trier modalités déontiques ou épistémiques.

Il serait intéressant de croiser aussi avec savoir.

Vous nous proposez ça un de ces jours ?

05 octobre, 2007 09:23  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Oui, la négation est importante : on le voit avec Bayrou (adepte du on ne peut plus (accepter ça, etc.). La relation verbe modal personne est importante aussi, mais un peu moins dans ce cas précis parce ce que falloir et automatiquement impersonnel, et il a peu de je peux. Ca joue sans doute surtout sur vouloir, pour lequel on trouve aussi des les Français veulent, etc. A affiner, donc ! Et effectivement, il faudrait aller creuser du côté de savoir, croire, penser...

Donc il me faut travailler plus (mais je crois que je ne gagnerai pas plus...).

05 octobre, 2007 09:30  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour Mr Véronis,

Bravo encore une fois.

« Je veux être le Président », est maintenant remplacé par « Je suis élu » ou « J'ai été élu ». Il n'y a pas un discours, une interview, un point de presse où il ne le dit pas au moins une fois, me semble-t-il. « Je veux (ci ou ça)» reste aussi bien présent.

"le caractère éminemment autocentré du discours sarkozyien"... S'il n'y avait que le discours qui soit "auto-centré"...

Merci à vous de ces recherches vraiment passionnantes.

05 octobre, 2007 11:36  
Blogger Vicnent a écrit...

Billet magistral et ô combien éclairant.

Je me souviens, quand j'étais plus jeune, (évidemment, pas quand j'étais plus agé :-) qu'on me disait : "quand on veut on peut et quand on peut on doit". Inconsciemment, il doit y avoir la relation : "quand on veut, on fait" (puisqu'on doit le faire).

Finalement, Royal s'est posé sur "un devoir", qui est à mon sens plus au niveau de la moral que de l'action. Ça a du sens avec le reste du personnage (ordre juste etc...).

Quant à Bayrou, il n'a fait que constater (il faut). Comme tout le monde ; sauf que lui briguait un mandat : son "il faut" a-t-il sonné comme un aveu d'impuissance ?

Il n'y en a qu'un finalement qui a dit "je" et "vouloir". Et étonnamment, c'est lui qui a gagné.

05 octobre, 2007 14:30  
Anonymous Anonyme a écrit...

Peut-on intégrer une variable oubliée, il me semble, la part des nègres qui écrivent ces discours. En quelle mesure sarkozy leur a dit d'écrire "je veux" et dans quelle mesure, ils l'ont fait de leur propre chef. APrès tout, si j'ai bien compris, "je veux être le président" peut aussi être un(e?) anaphore

05 octobre, 2007 19:28  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Richard> Oui, c'est bien une anaphore ! Et c'est du Guaino. J'ai justement travaillé aussi en séparant Guaino des autres plumes. "Vouloir" est beaucoup plus présent chez Guaino que chez les autres, comme la plupart des caractéristiques marquantes du discours sarkozien.

05 octobre, 2007 19:45  
Blogger Alain a écrit...

Je découvre votre blogue. Il est très bien et le contenu aussi, surtout.
Très intéressant, merci pour l'information.

www.mybonjourquebec.com

05 octobre, 2007 20:34  
Blogger Otir a écrit...

Jean Véronis, merci encore pour cette série passionnante, une de plus !

J'aimerais commenter avec ce que j'espère ne sera pas totalement hors sujet, de là où je suis (lectrice, non spécialiste du sujet), en réaction et association à ce que j'ai lu :

bien que vous vous attachiez au discours et en fassiez l'analyse systématique, puisque vous vous consacrez aux "technologies du Langage", peut-on complètement passer à l'as les autres composantes du langage, à savoir le langage corporel et l'intonation ?

J'ai souvenir que ces composantes entraient pour un certain pourcentage dans la définition du langage, et j'avoue, en ce qui me concerne, que c'est une proportion qui me suffit très souvent pour percevoir des choses non nécessairement "rationnelles" comme on peut se raccrocher avec le discours (dans ce qu'il a de "figeable" avec l'écrit et avec l'analyse des mots).

En ce qui concerne "l'hyper-président" et son "duracellisme" frénétique, je suis sûre que le mouvement qu'il imprime littéralement (c'est à dire physiquement) nous affecte de façon encore plus puissante que ses discours.

Il conviendrait peut-être d'en faire l'analyse, car les codes du langage "muet" sont très importants, et beaucoup plus manipulatoires encore.

Merci de m'avoir laissé exprimer mon ressenti sur ce sujet.

05 octobre, 2007 20:53  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Otir> Vous avez complètement raison. Il n'y a pas encore beaucoup de "technologies" pour l'analyse du langage corporel et de l'intonation (encore que des choses commencent à exister dans les labos : j'ai moi-même travaillé pas mal sur l'analyse automatique de l'intonation). Mais on peut faire des analyses "à l'ancienne" : j'avais longuement analysé la gestuelle de Sarkozy dans un film pour la Chaîne parlementaire (Sarkozy le pragmatique) : sa gestuelle a totalement changé pendant la campagne (plus de gestes agressifs, etc.).

05 octobre, 2007 21:05  
Anonymous Anonyme a écrit...

Hormis la part gaino, est ce que le discours sarkozy a changé radicalement avant la présidentielle ou est-ce la marque d'une évolution consciente ou inconsciente du personnage ou alors est-ce une continuité ? Ensuite, une question que je me pose, n'y a-t-il pas une volonté de rupture aussi face au langage chiraquien ? Un chirac perçu comme l'homme de l'immobilisme ?

06 octobre, 2007 08:41  
Anonymous Anonyme a écrit...

Merci pour vos excellents commentaires.

Votre citation Je veux être le président répétée moult fois dans le discours de la Porte de Versailles accompagnée du commentaire "Duracell" apparaîtrait un peu moins agressive ou irrespectueuse si vous y aviez ajouté le mot qui suit : de ou qui!

06 octobre, 2007 09:13  
Anonymous Anonyme a écrit...

A propos d'intonation, je suis exaspéré par la diction des présentateurs radio et télévision, manifestement entraînés à accentuer à tort et à travers les syllabes initiales.

Auriez-vous une piste permettant de tracer l'origine de cette pratique ?

06 octobre, 2007 12:49  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Alain> C'est quelque chose qui existe depuis longtemps en français, puisque le phénomène a été noté par Scherk dès 1912. Il semble remonter à la deuxième moitié du XIXè. Le phénomène a été longtemps nié en français, ou décrit comme limité à certains groupes sociaux ("jeunes parisiens cultivés", Gill 1936) ou à certaines variétés régionales (de Dauzat, 1936).

Mon collègue Albert Di Cristo (également prof à Aix) a beaucoup étudié la question. Il semblerait que ce qui était l'exception devienne progressivement de plus en plus fréquent, voire une nouvelle norme. En tout cas, la stricte oxytonie décrite par les anciens a d'ores et déjà disparu. C'est un des points sur lequel le français est en train d'évoluer sous nos yeux...

Scherk, O. (1912), Uber den französischen Akzent, Berlin: Schmersow, Kirchhain.
Gill, A. (1936), "Remarques sur l’accent tonique en français contemporain", in: Le Français Moderne,
4, 311-318.
Di Cristo, A. (1999), "Vers une modélisation de l’accentuation en français (première partie)", in:
Journal of French language studies, 9-2, 143-163.
Dauzat, A. (1936), "Commentaires de l’article de Gill, 1936: Remarques sur l’accent tonique en
français contemporain", in: Le Français Moderne, 4, 316-317.

06 octobre, 2007 13:46  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bravo pour ces analyses ! Le langage a toujours eu le don de me passionner, même si j'ai choisi une autre voie universitaire (histoire).

A quand une étude sémiologique des discours de campagne de 2007 ? Pour l'instant, vous avez fait une étude des procédés rhétoriques du langage ; mais il resterait encore à faire une analyse du contenu même du discours.

Je pense qu'on aurait beaucoup d'heureuses surprises (le thème de la vague chez Le Pen par exemple). Nos hommes politiques entretiennent des rapports étranges avec certains mots...

Excellent blog, je l'ajoute dans mon blogroll ;-)

Julien

09 octobre, 2007 07:17  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bravo une fois de plus.
je référence dans France démocrate…
http://www.francedemocrate.info/spip.php?breve163

09 octobre, 2007 17:17  
Anonymous Anonyme a écrit...

Ou comment Guaino ne prends pas toujours des gants pour faire de belles phrases ...

http://www.lefigaro.fr/politique/20071009.WWW000000341_pour_bhl_henri_guaino_est_raciste.html

09 octobre, 2007 18:24  
Blogger MonElysee a écrit...

ça y est. Le mot est lancé. Narcisisme. Non mais quand même. j'en aurais supporté des qualificatifs... Et je vous rapelle que moi aussi, je suis un technicien du langage avec mon art de la réthorique, Monsieur Véronis. Je suis un sophiste expert, moi (damned, je viens de me trahir avec ce petit mot de trois lettres ....)

10 octobre, 2007 21:09  
Anonymous Anonyme a écrit...

Je redécouvre avec plaisir un talent rare (à vrai dire, je cherchais à retrouver votre site universitaire sur les statistiques dans le cadre d'un tout autre projet...)

Une petite chose m'interpelle dans les analyses et les commentaires.

J'ai le sentiment que les personnes (Sarkozy mais aussi d'autres) prennent un peu le pas sur le discours qui, si je vous comprends bien, est le véritable objet de vos réflexions.

Du coup, nous pourrions au bout du compte nous tromper de question, à mon sens.

Ce que Nicolas Sarkozy dit et comment il le dit, ma foi, n'aurait aucun intérêt si en disant ce qu'il dit de la manière dont il le dit, l'homme n'avait pas obtenu la majorité des suffrages.

Vos analyses nous renseignent donc, dans un premier temps, sur les contenus et dans un deuxième, sur les préférences de l'audience auxquels ces contenus s'adressent.

Le producteur d'un discours serait en effet totalement transparent en l'absence d'un électorat qui veut entendre ce discours.

Dire "je veux" semble donc avoir été mieux accueilli que "nous devons" ou que "il faut".

Je pense que cela nous renseigne sur nous, ou du moins sur la majorité d'entre nous, bien plus que sur Nicolas Sarkozy.

J'estime que, dans cette perspective, votre analyse devient plus pertinente encore et qu'elle n'a vraiment pas besoin, contrairement à certaines suggestions, d'aller au-delà des deux mots "je veux".

Ils disent "moi, je veux pour moi..." et résonnent agréablement chez tous ceux qui veulent des choses pour eux-mêmes.

Si en martelant "je veux", un homme sans grandes qualités devient président, si nous lui préférons celle qui nous dit ce que "nous devons" et celui qui signale ce que "il faut"...

C'est que nous sommes devenus majoritairement des égocentriques arrogants et affairistes.

Est-il réconfortant d'accabler le messager ?

Sans doute...

Mais c'est aussi lui faire beaucoup d'honneur.

:-)

09 janvier, 2008 09:27  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour,
je découvre votre blog ce matin, et j'ai déjà lu 6 ou 7 billets !

C'est très agréable de lire des textes bien écrits, pertinants et pédagogiques !

Ca fera un lien de plus vers ce blog ;)
Bonne continuation

10 janvier, 2008 13:49  

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mercredi, octobre 03, 2007

Sarko: Moi, je (2)

Je disais hier (ici) que Nicolas Sarkozy n'utilisait finalement pas plus le pronom je que Ségolène Royal ou François Bayrou... Pourtant son discours paraît fortement autocentré — je ne suis pas le premier à le remarquer! Continuons donc l'enquête.

Tout d’abord, les personnes s’opposent et se contrastent les unes par rapport aux autres. Le je, qui marque l’implication personnelle de l’orateur, s’oppose au nous et au vous collectifs. La grammaire scolaire nous a appris qu’il y avait trois personnes en français (je, tu, il/elle) ou six (avec les pluriels nous, vous, ils/elles), mais cette division, morphologique, reflète mal les catégories conceptuelles de la communication. Je/nous/vous (le tu n’apparaît pas dans les discours) sont les personnes de l’interlocution, c’est-à-dire qu’elles mettent en prise directe l’orateur et ses auditeurs, tandis que il(s)/elle(s) représentent une personne tierce, une personne de délocution, hors du champ de la situation de communication que constitue l’acte de discours.

Si l’on prend en compte les proportions relatives de ces trois pronoms de l’interlocution, je, nous, vous chez les principaux candidats, l’image se modifie radicalement. Ainsi, par exemple, Ségolène Royal utilise je un peu plus souvent que Nicolas Sarkozy dans l’absolu, mais celui-ci utilise moins de verbes aux formes de l’interlocution. En revanche, lorsqu’il le fait, c’est le je qui est de très loin prépondérant. Le nous et le vous apparaissent peu dans son discours, et c’est certainement en très grande partie ce qui créé le sentiment d’égotisme qui se dégage de son discours. L’interlocution, c’est moi, pourrait-on dire dans son cas.

Je pourrais vous montrer des tableaux de chiffres, mais c'est peut-être plus parlant de visualiser ces affinités de façon graphique à l’aide d’une carte, par une méthode appelée analyse factorielle des correspondances (voir explication dans le livre de mes collègues Lebart et Salem cité-dessous et gratuitement téléchargeable).



En gros (en très gros...), plus les bulles sont grandes plus l'élément est fréquent ; plus elles sont proches, plus les éléments sont similaires.

On voit que Ségolène Royal se caractérise, quant à elle, non par l’utilisation du je, mais par celle du vous, ce qui correspond assez bien au côté « participatif » de sa campagne tandis que François Bayrou affectionne le nous, de façon quelque peu paradoxale, puisque le nous est souvent perçu dans l'inconscient collectif comme la forme prototypique du discours de gauche (« nous les travailleurs, les socialistes, les communistes, etc. »).

Enfin, Jean-Marie Le Pen se distingue à nouveau de ses concurrents, en n’utilisant qu’assez peu les personnes de l’interlocution. Il affectionne la délocution. Il parle des autres : le système, qu’il dénonce, ses concurrents, qui mentent, les Français (le « peuple ») qu’il fait parler à travers sa bouche...

Nous continuerons cette petite enquête demain avec un regard du côté des verbes, mais on voit en tout cas que l'on pourrait conclure un certain nombre de bêtises en prenant les résultats quantitatifs de façon trop superficielle. Le je est bien omniprésent dans le discours de Nicolas Sarkozy, à condition de regarder au bon endroit...


Lire la suite

Voir aussi


Pour en savoir plus

Lebart, L. & Salem, A. (1994). Statistique Textuelle, Dunod, 344 p. [Epuisé, mais gratuitement téléchargeable ici.]

16 Commentaires:

Blogger Unknown a écrit...

Bon, c'est une analyse très intéressante mais honnêtement je n'ai rien compris à votre graphique : comment le lit-on ? à quoi correspondent les abscisses/ordonnées ?

03 octobre, 2007 13:00  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Ah voilà... C'est un peu le problème de ces cartes. C'est pour ça que je ne les utilise guère. je vais rajouter un semblant d'explication dans le texte.

03 octobre, 2007 13:32  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bravo ! Analyse très intéressante, qui met des chiffres sur des impressions inconscients (entre parenthèses, quelle machine que le cerveau, capable de parvenir intuitivement à ces conclusions, sans mesure aucune - mais c'est prouvé scientifiquement, maintenant !)

03 octobre, 2007 16:30  
Anonymous Anonyme a écrit...

Avez-vous la possibilité de différencier entre les nous exclusifs ("nous autres") et inclusifs ("moi, nous et vous")? Est-ce qu'une majorité de nous opposables ne donnerait pas une tout autre teneur à un discours politique que le nous volontaire pour "vivre ensemble"?

03 octobre, 2007 17:19  
Blogger Jean Véronis a écrit...

JM> Malheureusement, on touche là aux limites de ce qu'on peut automatiser. Il faudrait aller voir à la main, ce qui est un travail de Titan (et encore, je ne suis pas sûr qu'on puisse décider à tout coup...).

03 octobre, 2007 17:23  
Anonymous Anonyme a écrit...

Distinguer les "nous" est non seulement un travail de titan mais un travail quasi impossible. L'étendue du référé du "nous" est souvent indécidable. Par exemple dans un discours gouvernemental, le 'nous" peut renvoyer au gouvernement, au système politique, au peuple, à la nation, à la patrie, au monde occidental, à l'humanité, etc. L'ambiguité sert aussi au discours qui peut ainsi être entendu de plusieurs manières.

(Cf. Les déclarations gouvernementales belges, thèse de doctorat, Paris III, 1997, Jean-Claude Deroubaix)

03 octobre, 2007 18:06  
Anonymous Anonyme a écrit...

Avez vous compté les "on", qui sont utilisé dans le langage courant que notre cher président affectionne tant ?

03 octobre, 2007 19:03  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Rilax> Non, parce que le "on" = "nous" n'est pas utilisé dans les discours (assez formels tout de même). Mais il est vrai que Sarkozy l'affectionne à l'oral...

03 octobre, 2007 19:48  
Blogger Rachida a écrit...

je découvre par le biais de rale blog... et j'adope. J'peux mettre un lien sur mon blog (qui n'a rien de très intéressant pour vous)?
Aussi, ne pas oublier que demain 04/10 c'est silence blog: "Free Burma"... enfin, évidemment, vous faites comme vou'l'voul'...

03 octobre, 2007 22:48  
Anonymous Anonyme a écrit...

j'ai envoyé un commentaire sur le 1 et 2 et je ne le retrouve pas. S'est perdu en route ou j'ai pas bien manipulé la technique !

03 octobre, 2007 23:10  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour,

l'analyse linguistique est intéressante. Mais je crois qu'il faut la pousser au risque de tomber dans la stratégie sous-jacente à ce même langage.

Le "Je" à côté du nous a pour habitude de fonder une autorité sur les masses ou la population. C'est simple me direz-vous mais tellement simple que souvent on oublie.

Deuxième point stratégique, j'usage du "je" a pour objectif de centrer sur un figure symbolique, en l'occurence le président, toutes opinions contraire. Que l'on soit pour ou contre, on va dire c'est Sarkozy. On en arrive finallement a surestimé don poids. En effet, en termes de rapport de force, le chef de l'Etat est le repsentant d'une structure, et de classes. D'ailleurs la notion de classe n'est jamais aussi pertinente que quand la droite gouverne, pour analyser leur idéologie en tout cas, comme mode d'agir. Ce qu'il faudrait, je crois, pour éviter ce piège, c'est agrandir un peu la perspective en voyant un peu les cibles, le principe de rerpésentativité. On peut même le faire à partir de l'analyse je crois. En effet, tout l'enjeu est de neutraliser le fait que le principe de représentativité de la majorité est complètement biaisé dans cette politique.

A +

04 octobre, 2007 12:40  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour Mr Véronis,

Pensez-vous que "Je" et "Moi, je" aient la même signification dans un discours ? Les comptabilisez-vous ensemble ?

Parce qu'il me semble bien, à la lecture des discours, que "Moi, je" revient autant sinon plus que "Je" tout seul.

04 octobre, 2007 13:06  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Françoise> Non, je n'ai pas compté les moi... Il faudrait d'ailleurs aussi inclure me, ma, mon, mes, mien,. Le pb avec les Moi, je c'est qui les rajoutait souvent en improvisant par rapport à la version écrite. Dans l'idéal, il faudrait tou reprendre et noter ce qu'il a vraiment dit. Dur, dur...

04 octobre, 2007 19:09  
Anonymous Anonyme a écrit...

Quid des présidents précédents ? Ce serait intéressant de comparer... non ? :-)

05 octobre, 2007 19:31  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Christophe> Aargh... Il faudrait que je recrute !

05 octobre, 2007 19:46  
Anonymous Anonyme a écrit...

C'est vrai qu'on ne se rend pas vraiment compte du travail nécessaire pour arriver à ces analyses... Merci de les partager avec nous en tout cas !

05 octobre, 2007 20:19  

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mardi, octobre 02, 2007

Sourds: La Marseillaise en LSF

Vous avez sans doute vu ces images étonnantes de la Marseillaise « chantée » en LSF (Langue des Signes Française) au début du match de rugby France-Géorgie. Intéressante initiative, même si, bien entendu il y a d'autres réponses possibles au problème de la surdité (voir par exemple le commentaire d'Anne-Laure sur un précédent billet). Mais on ne sensibilisera jamais assez, à mon avis, l'ensemble de la population au problème du handicap sous toutes ses formes. Donc bravo.


Loïc, un de mes étudiants qui termine actuellement sa thèse sur la synthèse de la LSF sous forme d'avatar 3D, me signale qu'il y a eu un reportage dans Sept à huit dimanche dernier sur la conception de cette étonnante Marseillaise. Très intéressant. C'est ici sur le site de TF1.

Libellés :


1 Commentaires:

Blogger rouge a écrit...

Bonjour

Vous trouverez sur universcience-vod.fr est la plate-forme des vidéos scientifiques de la majorité des producteurs français plus de 50 films en LSF , par exemple

http://www.universcience-vod.fr/media/1145/le-climat--que-faire--.html?spage=8&search=lsf


http://www.universcience-vod.fr/media/1191/seuls-dans-l-univers--.html?spage=5&search=lsf


et de nombreux films de prévention à la sexualité pour les enfants par exemple
http://www.universcience-vod.fr/media/1186/fais-gaffe---c-est-quoi-les-dangers-d-internet--.html?spage=3&search=lsf

03 juillet, 2010 16:53  

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Sarko : Moi, je (1)

On m’a demandé de détailler ma chronique de l’autre jour sur Public Sénat. Pourquoi pas ? Le prolongement de la télé par le blog n’est peut-être pas inintéressant. Quoi qu’on fasse, la télé est toujours un format court par rapport au texte et à l’écrit. Je n’ai pas à me plaindre du temps accordé à ma chronique, 7 à 8 minutes, ce qui est plutôt long dans le genre, mais malgré tout, il est vrai que cela ne donne guère le loisir d’entrer dans les détails. Les voici donc.

Le point de départ de ma réflexion est l’ « hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy, que l’on trouve décrite (ou dénoncée) un peu partout dans les médias —le Guardian le traitait même de « lapin Duracell » de la politique. Pour le linguiste, il est intéressant de savoir comment cette hyperprésidence se traduit dans le discours. On pense évidemment tout de suite à l’utilisation du pronom de la première personne... J’avais fait remarquer (ici) la présence intensive du pronom je dans son discours d’intronisation, le 14 janvier à la porte de Versailles. Ce jour-là, Nicolas Sarkozy était en forme : un je toutes les 17 secondes, un quart de ses phrases commençant par ce mot... La campagne est maintenant terminée, et nous pouvons faire des calculs et des comparaisons plus précis.

Sur l’ensemble de ses discours de campagne, Nicolas Sarkozy utilise le pronom je environ 17 fois pour 1000 mots. C’est beaucoup : le général de Gaulle, dont on a pourtant, à l’époque, beaucoup critiqué la vision personnelle du pouvoir, utilisait le pronom je environ 7 fois pour 1000 mots dans ses discours. Mais pour être tout à fait juste, il nous faut aller plus loin dans l’analyse. Mon collègue Damon Mayaffre (dont j’ai déjà parlé ici) a fait remarquer que le discours politique s’est fortement personnalisé dans les dernières décennies : Georges Pompidou utilise je 12 fois pour 1000 mots, Valéry Giscard d’Estaing 15 fois, et François Mitterrand bat tous les records d’égotisme avec 24 je pour 1000 mots, et même jusqu’à 26 dans la dernière année de son règne (1994-1995). Jacques Chirac revient à un niveau légèrement plus humble de 18 pour 1000. Mesuré à l’aune du pronom je, le narcissisme sarkozien est donc relatif.



Au demeurant, Ségolène Royal n’est pas en reste, puisque celle qu’on a parfois présentée comme la fille spirituelle de Mitterrand a utilisé je 18 fois pour 1000 mots pendant la campagne, battant donc d’une courte tête son rival. François Bayrou utilise lui aussi je environ 17 fois pour 1000 mots, c’est-à-dire à peu près autant que Nicolas Sarkozy. En comparaison, Jean-Marie Le Pen apparaît d’une incroyable modestie, puisqu’il utilise le pronom de la première personne seulement un peu plus de 4 fois pour 1000 mots, moins que le général de Gaulle et moins que les orateurs de la IIIe République. L’image du leader charismatique et le culte de la personnalité dont le président du Front national fait (faisait ?) l’objet ne se reflète donc pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, dans sa propre mise en avant dans ses propos, pas plus que le pouvoir personnel reproché au général de Gaulle ne s’illustrait dans les siens (là s’arrête évidemment la comparaison).



D’où vient alors cette impression d’égotisme extrême qui se dégage du discours de Nicolas Sarkozy, qu’ont notée la plupart des commentateurs ? Il nous faut pousser encore plus loin l’analyse, car les mots apparaissent rarement tout seuls, et l’impact que produit chacun dépend largement de son contexte et de ses voisins. Nous verrons dans la suite de ce billet que des facteurs cachés changent radicalement la donne...


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9 Commentaires:

Blogger François a écrit...

Argh! La suite! La suite! Je devine un peu, mais j'adore vous lire. D'autant plus que, n'ayant pas la télévision, je ne peux suivre vos chroniques sur Public Sénat. A bientôt.

02 octobre, 2007 09:33  
Anonymous Anonyme a écrit...

Vous êtes-vous intéressé à l'emploi du "nous" en lieu et place du "je" ? Mon impression est que certains politiciens en sont plus friands que les autres. Mais peut-être est-ce négligeable.

02 octobre, 2007 12:47  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Anonyme> Eh eh... C'est justement le thème de la suite.

02 octobre, 2007 12:51  
Anonymous Anonyme a écrit...

Comment, cher Jean?
Des histogrammes sans explicitation de la valeur centrale représentée: est-ce une moyenne? une médiane? un mode?
Et pas de mention de la dispersion de cette valeur? Je suppose que vos bases de discours contiennent plus de 1000 mots par individu. Que cette valeur (quelle qu'elle soit) doit bien varier plus ou moins suivant vos échantillons de 1000 mots - ou me trompé-je complètement?
Sinon, comment dès lors, sans ces informations, peut-on comparer ces valeurs?

02 octobre, 2007 14:06  
Blogger Jean Véronis a écrit...

Fero> Il me semblait que la légende était claire : il s'agit des fréquences relatives pour 1000 mots. On pourrait ajouter de l'information sur la dispersion, écart-type ou autre, mais est-ce bien nécessaire dans le cadre d'un billet grand-public ? cette information n'amène d'ailleurs pas grand-chose dans ce cas précis.

02 octobre, 2007 14:16  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bonjour,

merci beaucoup pour ce site extremement interessant ! Juste une petite remarque concernant Le Pen : peut-etre n'utilise-t-il pas "je" autant que les autres, mais il me semble qu'il lui arrive bien plus souvent que ses competiteurs de parler de lui a la troisieme personne. Ce qui est une mise en avant encore plus grande que s'il disait "je" a mon avis : serait-il possible de compter le nombre de "Le Pen" dans ses discours ?

Enfin si ca se trouve je me trompe completement...

07 novembre, 2007 20:51  
Anonymous Anonyme a écrit...

Moi, je
Bonjour,
Le journal belge "Le Soir" titre ce samedi 29-12-2007 en grand: "Moi, je..."
avant de consacrer les pages 2 et 3 à l'"égocratie".
On y compte combien de fois en une demi-heure Mme Milquet ou MM Di Rupo ou Reynders
commencent leurs phrases par les mots "moi je..."
Pour Ségolène Royal, ajoute le journal, qui je suppose s'est inspiré de votre blog, c'est toutes les 24 secondes que le " je " revient,
pour Sarkozy c'est toutes les 17 secondes.
Mais il n'y a pas que le monde politique qui souffre de cet égocentrisme.
Asseyez-vous à une table entre collègues ou dans un petit groupe dans une réunion-coktail.
Observez l'art de la conversation. Chacun coupe la parole à l'autre en commençant sa phrase par "moi je".
C'est cette observation que j'avais déjà faite de longue date qui m'a inspiré la chanson :
"moi je, moi je, moi je..." parue sur le CD "Best of Paul Bienbon Mens sana" interprété par Robert Delhauteur
sorti de presse le 8 septembre 2006
et dont les grands médias ont reçu un exemplaire par mon service de presse.
Si vous ne le possédez pas, il est encore très facile de vous le procurer ne serait-ce qu'en m'envoyant un mail en retour.
Dans la chanson, j'y glisse par ironie 83 fois en 3 minutes les mots "moi je...".
A vous offrir sans faute si vous connaissez quelqu'un souffrant de ce petit défaut...
Paul Bienbon
Tél 00 322.521.60.79.
Ci-dessous les paroles, pour votre édification .

Titre: Moi je, moi je, moi je…

paroles: Paul Bienbon A II 8911
musique + interprétation: Robert Delhauteur
extrait du CD "Best of Paul Bienbon Mens sana"
en vente 15 € notamment chez Disco 2000, 4 rue du formanoir à 1070 Bruxelles
ou chez l'auteur (00 322 521.60.79)

13.02.2006 n° Sabam 058852450

Moi je (8 fois)
Moi je me me
Moi je moi moi je me me
Moi je me je je
Moi je me moi moi
Moi moi.
Mon ego sum…
…Mon nombril…
…Mon nombril à moi…

Maman nous a appris
À écouter,
À nous donner pour vous
Telle autre nous a appris
Qu’on pouvait dire : « Vous » :
« Et vous, comment allez vous ?
« Que faites-vous ?
« Que devenez-vous ?
« Racontez-nous ! »

Moi je (6 fois)
Moi je moi moi
Je me moi je me me
Moi je moi moi
Je me me moi
Je me je je moi
Je me moi moi
Moi
Mon ego sum…
…Mon nombril…
…Mon nombril à moi…

Si le « moi » convient
Au théâtre, au cinéma
Dans le roman, dans la chanson
Il doit s’effacer
Dans la vie et la conversation
Au profit du vous
Au profit du vous.

Moi je (6 fois)
Moi je moi moi
Je me moi je me me
Moi je moi moi je me me
Moi je me je je
Moi je me moi moi
Moi.
Mon ego sum…
…Mon nombril…
…Mon nombril à moi…

Si le « moi » convient
Au théâtre, au cinéma
Dans le roman, dans la chanson
Il doit s’effacer
Dans la vie et la conversation
Au profit du vous
Au profit du vous.

Moi je (6 fois)
Moi je moi moi
Je me moi je me me
Moi je moi moi je me me
Moi je me moi je je
Moi je me moi moi
Mon ego sum…
…Mon nombril…
…Mon nombril à moi.

Écouter et donner sa vie pour vous...

31 décembre, 2007 18:42  
Anonymous Anonyme a écrit...

A propos de la rhétorique de Sarkozy une nouvelle analyse - lire ici :
http://comingoust.canalblog.com/archives/2008/02/10/7899501.html

A bientot...

10 février, 2008 18:04  
Anonymous didi-lapierre a écrit...

Interessant ces "études" mais il me semble que les rois disaient "NOUS" et que ça n'empéchait pas leur pouvoir absolu. Et se cacher derniere la volonté supposée d'un groupe ou d'un comité pour faire croire à une puissance plus démocratique par l'expression collective, ne dispense pas d'avoir influencé l'ensemble du groupe. On l'a vu avec Mitterand au congrès où il a pris le pouvoir du parti socialiste, on le voyait dans la lutte des partis pour la présidence du conseil (3eme puis 4eme rep.) et la présidence (lire les mémoires de Vincent Auriol, c'est édifiant). La somme de présence du mot "reve" ou révé, dans une période doit aussi se mesurer au rapport du nombre de mots total d'un discours, voir nombre de discours contenant le mot par rapport aux autres sur la même période.

25 décembre, 2011 19:51  

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